DEVS

Il y a quelques mois, j’ai revu la mini-série « Devs » 1️⃣. Que je l’ai regardé la première fois, en 2020, certains échanges, certains dialogues, certains messages ne m’avaient pas « parlé ». Avec ce second visionnage, et depuis la création de ce groupe il y a plus de quatre ans, je perçois un nouvel éclairage, une nouvelle vision, peut-être plus une acceptation qu’une nouvelle compréhension.

Avant d’aller plus, quelques mots sur la mini-série. DEVS est une mini-série qui explore une question aussi ancienne que l’humanité : « Sommes-nous réellement Libres ou notre Vie suit-elle un chemin déjà tracé ? ». À travers un ordinateur quantique capable de reconstituer le passé et de prédire le futur avec une précision absolue, la mini-série nous plonge dans un univers où chaque pensée, chaque émotion, chaque décision semblent être la conséquence inévitable de ce qui les a précédées. Ainsi, si tout est parfaitement déterminé par les lois de l’univers alors le libre arbitre ne serait qu’une illusion. Derrière son apparence de thriller scientifique, DEVS est avant tout une profonde méditation sur le destin, la conscience, la souffrance, le sens même de notre Existence.

J’ai déjà écrit certains textes sur le libre-arbitre, sur l’illusion même du libre-arbitre, sur la conscience, la souffrance, le sens que l’on donne à l’Existence. Et, en même temps, j’ai déjà écrit sur l’AMOUR, la JOIE.

À première vue, il peut sembler vertigineux d’imaginer que tout serait déjà écrit. Ce que beaucoup mentionnent sous la dénomination « Déterminisme ». Mon mental se révolte contre cette idée car il aime croire qu’il est l’auteur de chacun de mes choix. Il se raconte qu’il décide, qu’il contrôle, qu’il oriente ma Vie selon sa volonté. Pourtant, lorsque j’observe honnêtement mon expérience, je découvre que la plupart de mes pensées apparaissent spontanément. Je ne choisis pas la pensée qui surgit. Je ne décide pas de l’émotion qui monte en moi. Elles émergent avant même que le « moi » ne prétende les avoir produites.

Mon mental ressemble à un narrateur qui arrive toujours après les événements. Il explique, justifie, interprète, revendique une maîtrise qu’il n’a jamais réellement eue. Il construit l’histoire d’un personnage auquel il donne le nom de « moi ». Cette histoire devient mon identité. Je finis par croire que je suis ce personnage, avec son passé, ses blessures, ses projets, ses doutes, ses certitudes, ses peurs.

C’est précisément cette illusion que la série met en lumière sans jamais la nommer ainsi. Les personnages cherchent désespérément à modifier leur avenir et, en même temps, chacune de leurs tentatives semble déjà faire partie du chemin qu’ils voulaient éviter. Plus ils luttent contre ce qu’ils voient, plus ils participent à son accomplissement. Leur résistance devient elle-même une pièce du mécanisme.

Pour moi, cette approche est très intéressante car cette idée ouvre, en moi, une porte immense. Et si ma souffrance ne provenait pas des événements eux-mêmes. Si ma souffrance provenait de mon refus de ce qui est déjà en train de se vivre ? Mon ego veut sans cesse réécrire le scénario. Il compare le présent avec un futur imaginaire qu’il préférerait atteindre. Il juge, résiste, déchante, regrette, espère. Toute son énergie consiste à vouloir remplacer l’instant par un autre.

Pourtant la Vie ne fonctionne pas ainsi.

La Vie ne me demande jamais ma permission pour être ce qu’elle est. Elle se déploie, instant après instant, avec une Intelligence infiniment plus vaste que ma compréhension. Chaque rencontre, chaque perte, chaque joie, chaque silence participent d’un mouvement global que ma vision limitée ne peut embrasser.

Cependant, et ceci est très important à mes yeux, cela ne signifie pas que je sois une marionnette privée de toute responsabilité. Au contraire. La Véritable Liberté ne consiste peut-être pas à changer le cours des événements, uniquement à reconnaître depuis quel espace je les vis.

Lorsque je me crois séparé de la Vie, chaque circonstance devient une bataille. Je veux contrôler le fleuve. Je veux imposer sa direction à l’eau. Je m’épuise à retenir le courant avec mes mains.

Lorsque je reconnais que je suis le fleuve lui-même, quelque chose change profondément. Les événements continuent d’apparaître. Les décisions continuent d’être prises. Les paroles continuent d’être prononcées. En même temps, elles ne portent plus le poids d’un « moi » qui devrait tout réussir ou tout éviter. Elles deviennent simplement l’expression naturelle de la Vie qui se manifeste à travers cette forme momentanée que j’appelle ma « personne » ou mon « personnage ».

Le paradoxe est mag(nif)ique, n’est-il pas ? C’est précisément lorsque disparaît l’obsession de contrôler que surgit une Liberté beaucoup plus vaste. Une Liberté qui ne dépend plus des circonstances. Une Liberté, certes Intérieure, qui accueille aussi bien les victoires que les échecs, les certitudes que les doutes, les commencements que les fins.

Dans DEVS, les personnages cherchent à voir l’avenir pour se rassurer. Ils croient que connaître demain les délivrera de l’incertitude. Pourtant, plus ils voient, plus ils deviennent prisonniers de ce qu’ils voient.

Pour moi, la Conscience emprunte un chemin exactement inverse.
Je ne cherche plus à connaître demain. J’apprends à habiter pleinement aujourd’hui.
Je ne cherche plus à tout comprendre. J’apprends à faire confiance.
Je ne cherche plus à maîtriser le mystère. Je découvre que je suis moi-même ce mystère.

Car mon « (r)éveil » ne consiste pas à posséder toutes les réponses. Il consiste à reconnaître qu’avant chacune de mes pensées, avant chacune de mes émotions, avant chacun de mes gestes, avant chacune des histoires racontées par mon mental, demeure une Présence silencieuse qui observe sans juger.

Cette Présence n’est pas enfermée dans le temps. Elle n’est ni prisonnière de mon passé ni suspendue à mon avenir. Elle accueille chaque Instant comme une expression unique de l’Infini.

Peut-être est-ce là le véritable secret que DEVS laisse entrevoir sans pouvoir le formuler pleinement. Mon destin appartient au monde des formes et la Conscience qui les éclaire n’est soumise à aucun destin.

Mon personnage peut croire qu’il avance sur une route déjà tracée. La Conscience, elle, n’avance nulle part. Elle est l’espace immobile dans lequel toute route apparaît, disparaît, puis, laisse place au Silence.

Et lorsque cette évidence est reconnue, une Paix Profonde devient possible. Non parce que tout est enfin expliqué, simplement parce qu’il ne m’est plus nécessaire que tout le soit.

Ainsi, la question n’est plus : « Suis-Je libre de choisir mon chemin ? ».
La véritable question devient : « Qui suis-Je, avant même l’idée d’avoir un chemin à choisir ? ».

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Le Silence)

1️⃣ : Mini-série écrite, produite, réalisée par Alex Garland. Il est né le 26 mai 1970 à Londres. C’est un romancier, scénariste et réalisateur britannique (Merci Wikipedia).

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