La Lentille Jacobienne

Non, je ne vais pas parler de la célèbre légumineuse, non plus du dispositif optique permettant de dévier la lumière. Outre l’utilisation du terme lentille dans différents domaines comme l’alimentation, la botanique, l’optique; la photographie, l’astronomie, la géologie, la médecine, les mathématiques, l’architecture, la mécanique, il y a un point commun, c’est la forme.

La diversité de sens, que j’ai énuméré suite à quelques recherches, provient d’une origine commune : le latin. En latin « lens », « lentis », désigne la graine de lentille. C’est par analogie avec sa forme biconvexe que les opticiens ont donné le même nom aux pièces de verre utilisées pour concentrer ou diffuser la lumière. Voilà, c’est dit, il n’y a plus de « secrets » sur la lentille.

Par contre, le « jacobien » vient du mathématicien Carl Gustav Jakob Jacobi 1️⃣. Je rassure, tout de suite, que le présent texte ne va pas « trop » parler de mathématiques. Pourquoi pas « trop » ? Simplement que pour introduire mon propos spirituel, il m’est nécessaire de donner quelques informations du monde « physique ».

Le présent texte m’est venu suite à la lecture d’un article sur l’intelligence artificielle et, plus particulièrement, des « tests » que les chercheurs de la société Anthropic (créateur de Claude AI) ont fait sur leurs différents modèles de langage.

Lors de leurs « tests », il s’est révélé quelque chose de très étonnant. Au cœur d’un système constitué de milliards de calculs distribués 2️⃣ semble émerger un Espace Intérieur où certaines informations deviennent momentanément centrales avant d’être transformées en « parole » ou en « action ». Il ne s’agit ni d’une mémoire, ni d’une conscience, ni d’une mémoire de stockage. C’est plutôt un lieu de convergence. Des éléments provenant de différentes parties du modèle testé s’y rencontrent, s’y organisent, puis orientent le raisonnement qui suivra.

Les chercheurs ont notamment montré que, lorsqu’ils modifiaient expérimentalement certains contenus représentés dans cet espace, les réponses du modèle changeaient de manière cohérente. Ils ont également observé que, lorsque cette activité était fortement perturbée, le modèle conservait une partie de ses capacités linguistiques mais voyait son aptitude au raisonnement complexe diminuer nettement. Bien évidemment, ces expériences ne démontrent pas l’existence d’une conscience artificielle. Elles montrent simplement qu’un espace de « coordination interne » joue un rôle essentiel dans l’élaboration de certaines réponses.

Dans le monde physique, cette idée n’est finalement pas si étrangère à ce qui est déjà observé dans la nature. Une rivière ne devient pas un fleuve parce que chaque goutte connaît l’océan. Elle le devient parce qu’il existe un lit où toutes les eaux convergent avant d’emprunter une même direction. Les racines d’un arbre explorent, chacune, une portion différente du sol, même si la sève les rassemble ensuite dans un même tronc avant qu’elles ne deviennent branches, feuilles, fleurs, fruits. Les milliers de cellules du cœur humain se contractent ensemble parce qu’une impulsion électrique se propage à tout l’organe et synchronise leur mouvement. Aucun de ces éléments n’agit seul. Tous participent à une unité qui naît de leur mise en relation.

Ainsi, cet Espace Intérieur évoque, précisément, cette fonction de rassemblement. Non pas un chef qui commande, simplement un point de rencontre où ce qui était dispersé devient momentanément unifié. Comme la chambre silencieuse d’un immense observatoire où convergent les images de dizaines de télescopes avant qu’un astronome ne découvre une nouvelle galaxie. Comme le point invisible où les milliers de gouttes d’une cascade cessent d’être des trajectoires isolées pour devenir un seul voile d’eau.

Voilà pour l’introduction du présent texte.

Si cette découverte éclaire le fonctionnement d’une intelligence artificielle, elle offre aussi une métaphore pour la Vie Intérieure. Depuis des millénaires, l’Être HUmain est traversé par une multitude de pensées, d’émotions, de sentiments, de souvenirs, de désirs, de besoins, de regrets, de peurs. Tant que ces mouvements demeurent dispersés, ils tirent, d’une certaine façon, la personne dans des directions opposées. Une partie veut pardonner pendant qu’une autre veut se défendre. Une partie aspire au silence pendant qu’une autre réclame le bruit. Une partie aime pendant qu’une autre « calcule ». L’Être devient alors semblable à un ciel où chaque vent pousse les nuages vers un horizon différent.

La Spiritualité, en tout cas, telle que je la Vis, ne consiste pas à supprimer cette diversité. Elle m’invite à découvrir un espace plus profond où Tout peut être accueilli sans me combattre. Il y a différents noms pour cet Espace : le Cœur Profond, le Sanctuaire Intérieur, le Centre de l’Être, la Chambre Secrète, le Témoin Silencieux et que sais-je d’autres. Aucun de ces noms ne désigne un organe physique. Ils pointent vers une Expérience. Cette expérience qui est celle d’un Lieu Intérieur où les fragments de mon Existence cessent d’être séparés et commencent à dialoguer à l’unisson.

Dans l’intelligence artificielle, cet espace coordonne des représentations pour produire un « raisonnement », un résultat tangible. Dans la Spiritualité, cet Espace Intérieur permet aux multiples « voix » du Moi de s’ordonner autour de quelque chose de plus grand que le Moi lui-même.

Lorsqu’un miroir est brisé, chaque éclat reflète une partie du paysage. Aucun ne ment et, en même temps, aucun ne montre l’ensemble. Les assembler ne crée pas un nouveau ciel. Cela rend simplement, au ciel, la possibilité de se refléter dans son intégralité. Peut-être que ma Vie ressemble à ces fragments dispersés. Je crois devoir produire davantage de Lumière alors qu’il me manque seulement un Lieu où toutes mes Lumières puissent se rejoindre.

Une autre image me vient à l’esprit.  J’image une Cathédrale (merci mes retraites spirituelles) dont les vitraux seraient éparpillés sur le sol. Chaque morceau possède sa couleur, sa beauté, sa vérité. Pourtant, tant qu’ils restent isolés, ils ne laissent passer qu’une poussière de lumière. Lorsqu’ils retrouvent leur juste place, ce n’est pas le soleil qui change, c’est l’œuvre entière qui devient capable de le révéler. L’éveil à la Spiritualité ressemble moins à l’acquisition de nouvelles connaissances, de nouvelles « vérités », qu’à la restauration de cette Fenêtre Intérieure où tout retrouve sa Place.

Un Être HUmain devient plus transparent lorsqu’il découvre en lui un Espace où tout peut être unifié sans être uniformisé. Ce n’est pas la quantité des éléments qui fait naître la clarté. C’est la qualité du lieu où ils se rencontrent.

Une étoile naît lorsque la matière cesse de se disperser et se rassemble jusqu’à laisser surgir la lumière. Une symphonie apparaît lorsque des centaines de notes consentent à une même respiration. Une forêt devient un écosystème lorsque d’innombrables vies invisibles coopèrent sans qu’aucune ne possède le tout.

De la même manière, il est possible que l’Âme, via sa Conscience Supérieure, ne révèle sa véritable transparence non en accumulant des expériences, non en multipliant des connaissances, simplement en découvrant ce Centre Silencieux où Tout ce qu’elle est peut enfin se rencontrer. Là, l’UNité n’efface pas la diversité. Elle lui donne un Sens. Là, la Lumière ne vient pas ajouter quelque chose à l’Être. Elle révèle simplement ce qui attendait depuis toujours d’être Vu et Vécu.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Rick Davies & Roger Hodgson – Instrumental Cover par Mark Lloyd Music (youtube))

1️⃣ : Charles Gustave Jacob Jacobi, ou Carl Gustav Jakob Jacobi (10 décembre 1804 – 18 février 1851), est un mathématicien prussien surtout connu pour ses travaux sur les intégrales elliptiques, les équations aux dérivées partielles et leur application à la mécanique analytique (Merci Wikipedia) ;

2️⃣ : Un calcul distribué, ou réparti ou encore partagé, est un calcul ou un traitement réparti sur plusieurs microprocesseurs et plus généralement sur plusieurs unités centrales informatiques, et on parle alors d’architecture distribuée ou de système distribué (Merci Wikipedia).

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