Placebo

Loin de moi l’idée de parler du groupe de rock alternatif « Placebo » qui arrive en premier quand j’ai fait des recherches sur différents sites. Si je me réfère au dictionnaire Larousse : « Placebo : Préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d’un médicament pour son effet psychologique, dit ‘effet placebo’ ». Et dans le Robert : « Placebo : Substance sans principe actif mais dont la prise peut avoir un effet psychologique bénéfique sur le patient ».

En relisant le présent texte, je me dis qu’il manque quelques exemples de placebo autre que « médical ». L’été est là, le vin coule à flots. Est-ce que le vin de plus cher est le meilleur. J’ai lu que, lors d’expériences en neurosciences, le même vin a été servi à des participant·e·s, simplement en changeant l’étiquette de prix. Il semble que lorsqu’il est dit que le vin coûte cher, le centre du plaisir du cerveau s’active beaucoup plus. Les participant·e·s le jugent sincèrement meilleur.

Une autre ! Une autre ! Ok d’accord. Les boutons de passage piéton. De nombreux boutons aux feux de signalisation sont désactivés ou intégrés à un système informatique centralisé automatisé. Appuyer dessus ne change pas le cycle des feux, simplement le fait de poser le geste rend l’attente plus tolérable.

Une autre ! Une autre ! Bon, c’est la dernière. Le « faux » bon sommeil. Des chercheurs ont connecté des participant·e·s à de faux appareils de mesure après une nuit de sommeil. Les chercheurs ont menti à un groupe en leur disant qu’ils avaient eu un excellent sommeil paradoxal (très réparateur) alors que c’était faux. Ce groupe a obtenu des scores bien supérieurs aux tests d’attention et de mémoire par rapport à ceux à qui on avait dit qu’ils avaient mal dormi.

Cadeau pour les sportifs ! Les chaussures de course magiques. Donner à des coureurs amateurs des chaussures ordinaires en leur certifiant qu’il s’agit du tout dernier modèle ultra-technologique utilisé par les athlètes olympiques améliore souvent leur chrono et réduit leur sensation d’effort. La confiance accordée à l’outil réduit l’anxiété et optimise l’économie de course.

En résumé, l’effet placebo, c’est simplement de la neurobiologie. Notre cerveau sécrète de la dopamine (plaisir), des endorphines (anti-douleur) ou du cortisol (stress) non pas sur la base de la réalité brute, uniquement sur la base de ce qu’il s’attend à vivre. Comme quoi, c’est souvent une question de perspectives.

En fait, pourquoi est-ce que j’écris sur ce mot ? Récemment, j’ai lu « Placebo Domino in regione vivorum ». C’est une traduction latine du 114e Psaume de la Vulgate 1️⃣. Et, c’est là que, si je puis m’exprimer ainsi, que les romains s’empoignèrent 2️⃣.

En faisant quelques recherches, je découvre que la version hébreuse donne : « Je marcherai devant le Seigneur au pays des vivants ». Dit d’une autre façon, c’est comme une relation d’accompagnement, de compagnonnage, de marche physique avec la Dieu (peu importe le nom). La version grecque dit : « Je serai agréable devant le Seigneur, dans la région des vivants ». Ce n’est déjà plus la même signification. C’est une abstraction, morale s’il en est, évitant l’anthropomorphisme de la marche physique Divine. Et puis la version latine qui, elle, affirme : « Je plairai au Seigneur dans le pays des vivants ». Qu’est-ce que ça représente ? C’est une soumission dévote et une recherche de la Grâce Divine à travers une conduite agréable. Comme quoi, on peut faire dire ce que l’on veut et faire, surtout, croire ce que l’on veut en fonction des « intérêts » que certain·e·s veulent atteindre.

Après cette brève introduction, intéressante pour ma part, le mot « Placebo » porte, en lui, un étonnant voyage. Rien que l’introduction déjà. Si aujourd’hui, il évoque, surtout, ce qui apaise parce que l’on y croit. Il en est autrement dans le texte hébreu d’origine qui évoque moins le désir de plaire que celui de marcher, de cheminer, de déambuler en présence du Divin.

Cette différence est loin d’être anodine. Chercher à plaire regarde vers le regard de l’autre. Choisir de marcher regarde vers la direction du Cœur. L’un peut devenir une quête d’approbation. L’autre est une invitation à demeurer vivant, pas après pas, dans une relation authentique avec le Divin.

Je l’ai déjà écrit, combien de fois ai-je cru que ma Valeur dépendait de ma capacité à être irréprochable ? Être irréprochable aux yeux de qui ? De mes parents, de ma femme, de mes enfants, de mes ami·e·s, de l’état, de Dieu, de moi-même.

Pendant longtemps, je me suis appliqué à polir une image comme un miroir dont je voulais qu’il soit parfait. Quelle douce illusion ! Un miroir trop poli ne retient rien, il ne fait que renvoyer. Une terre, au contraire, accepte d’être travaillée, labourée. Ses sillons semblent des blessures et, en même temps, ce sont eux qui accueilleront la semence. L’Âme grandit davantage en acceptant d’être traversée qu’en cherchant à paraître parfaite.

Marcher, Cheminer, Déambuler avec Dieu, c’est avancer comme une rivière qui ne demande jamais la permission pour rejoindre la mer. Elle ne s’excuse pas de ses détours. Elle ne regrette pas les pierres qui ralentissent son cours. Chaque méandre devient une manière d’épouser le paysage. Ainsi en est-il de mon Existence. Mes hésitations, mes pauses, mes recommencements ne sont pas des erreurs de parcours. Tout ceci dessine précisément la carte de ma Présence.

L’arbre ne cherche pas à séduire le printemps. Il continue simplement à faire circuler la sève même lorsque ses branches semblent encore nues. Puis, un matin, les bourgeons apparaissent presque en silence. La vie intérieure suit la même loi. Ce n’est pas l’effort de plaire qui fait éclore la Lumière, c’est la fidélité discrète à ce qui grandit en profondeur. L’Être Spirituel, comme l’arbre, n’a pas besoin de séduire le monde. Il lui suffit d’habiter pleinement sa Propre Clarté, d’exprimer sa Propre Vision.

Peut-être est-ce là le véritable enseignement caché derrière ce mot si familier. La Paix ne naît pas lorsque je deviens « assez » méritant pour être aimé. Elle naît lorsque je cesse de courir après une approbation imaginaire et que j’accepte de marcher, simplement, dans le Royaume des Vivants.

Car le Royaume n’est peut-être pas un lieu où l’on est récompensé pour avoir plu. Il est cet espace intérieur où chaque pas posé avec sincérité, avec authenticité, avec humilité, avec bienveillance, devient déjà Intention puis Prière. Lorsque la marche devient Présence, la Vie elle-même cesse d’être une épreuve à réussir pour devenir un chemin à habiter.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Echorec – 2020 – The Island)

1️⃣ : On appelle par convention Vulgate la réunion des livres de la Bible, traduits en Latin pour la plupart à nouveaux frais par Jérôme de Stridon à la fin du IVe siècle; d’autres livres (surtout le Psautier et le Nouveau Testament) ont seulement été révisés par Jérôme à partir des traductions vieilles latines antérieures à Jérôme (Merci Wikipedia) ;

2️⃣ : L’expression « les Romains s’empoignèrent » n’a pas de fondement historique réel. Il s’agit d’un jeu de mots humoristique et absurde basé sur l’expression similaire plus connue « C’est ici que les Athéniens s’atteignirent » (synthèse IA).

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