L’Immortalité Symbolique

Je suis abonné au magazine Zèbre (indomptable & farouchement libre). Dans le « Zèbre 5 », il y a une interview de Monique Pinçon-Charlot 1️⃣. Le titre de l’interview est : « L’oligarchie prédatrice – Quand le pouvoir détruit le vivant ». Au-delà de l’intérêt des questions posées par Anne Gillet 2️⃣ et les réponses données, il y a l’expression qui a donné le titre du présent texte : « L’Immortalité Symbolique ».

Cette expression est résumée par « Le roi est mort, vive le roi ». En d’autres termes, le roi est mort donc c’est fini pour lui en tant que Corps, et, en même temps, la continuité « dynastique » continue que ce soit par une lignée de sang ou par une lignée d’affinités « politiques » ou autres.

J’ai appris, très tôt, que mon corps physique était destiné à disparaître. Très tôt, peut-être trop tôt, j’ai refusé de croire que toute mon existence puisse s’achever dans le silence. J’ai écrit « trop tôt » car l’enfance et même l’adolescence ne sont pas destinées, à mon sens, à s’intéresser à la disparation du corps. En même temps, c’est mon Chemin de le vivre ainsi.

Je sais qu’il y a des personnes, l’histoire est là pour le montrer, qui cherchent de continuer à vivre au-delà d’eux-mêmes. Il suffit de voir que certaines personnes veulent, même de leur vivant, que leur nom, leur visage, leur corps, soit un symbole sur un billet de banque, sur une statue, sur un bâtiment (ceci me rappelle quelqu’un).

C’est ainsi que vient cette notion d’immortalité symbolique qu’elle soit « consciente » ou non. Pourquoi est-ce que j’écris « consciente ou non » ? Combien de rues portent le nom de personnes qui n’ont rien demandé et dont la plupart des gens ne savent pas ou plus qui elles ont été. Des personnes qui ne savent même pas que leur nom sont inscrits sur des plaques sur des murs, dans des parcs. Je sais que c’est le choix d’autres pour leur rendre un hommage à leur participation dans leurs œuvres. Dans ce cas, c’est l’immortalité symbolique « inconsciente » car elle n’a pas été voulue du temps de leur vivant.

Pour l’immortalité symbolique « consciente », c’est la trace que quelqu’un veut laisser dans le monde, dans les cœurs, dans les mémoires, dans les œuvres de son Vivant. C’est d’une certaine façon, la reconnaissance de ce qui a été apporté. Est-ce uniquement de la reconnaissance « désintéressée » ou, simplement, une question d’appropriation, de propriétés « intellectuelles » ? Je n’ai pas la réponse.

Par contre, ce que je sais, c’est qu’un arbre ne survit pas grâce à une seule feuille. Les feuilles tombent chaque automne. L’arbre demeure parce qu’il transmet sa vie à travers ses racines, ses graines ainsi que les jeunes pousses qui naissent autour de lui. L’Être HUmain agit souvent de la même manière. Un parent se prolonge dans les valeurs qu’il transmet à ses enfants ou, en tout cas, qu’il essaie de transmettre. Un enseignant continue de vivre dans les connaissances qu’il a éveillées chez ses élèves. Un·e artiste demeure dans l’émotion que son œuvre offre un ressenti même après son départ. Même un simple sourire offert à un·e inconnu·e peut produire des cercles invisibles qui se propagent bien au-delà de ce qui peut être imaginé.

Dans la transmission, ce ne sont pas nécessairement les grandes réalisations qui traversent le Temps. Les montagnes sont façonnées par d’infimes gouttes d’eau. Une grand-mère qui transmet une recette familiale, un parent qui transmet sa connaissance des plantes, un·e ami qui écoute sans juger, un·e voisin·e qui prend soin des autres participent, elles et eux, aussi à cette forme de continuité. Ils deviennent des Semeurs dont les récoltes apparaîtront, parfois, bien après leur passage.

Ainsi, d’un point de vue humain, l’immortalité symbolique répond à un besoin profond de sens. Elle rappelle que la Vie ne se résume pas à sa durée plutôt à son rayonnement. Une bougie n’éclaire pas parce qu’elle brûle longtemps. Elle éclaire parce qu’elle partage sa Lumière. Certain·e·s traversent des siècles sans laisser de trace tandis que d’autres, en quelques années seulement, marquent durablement les Consciences.

Comme je l’écris souvent, c’est l’introduction. Quand j’écris, c’est surtout l’approche spirituelle qui m’anime. Non pas que je rejette mon HUmanité, simplement que je suis plus qu’un Corps.

Ainsi, la perspective spirituelle ouvre une autre dimension. Elle suggère que ce qui survit n’est pas seulement le souvenir que les autres gardent de vous, de moi. Elle invite à voir chaque Être comme une vague à la surface d’un océan infini. La vague naît, s’anime, s’élève, sous la lumière du soleil, sous un ciel couvert, sous une tempête, puis retourne à l’eau. Si elle s’identifie uniquement à sa forme, elle peut « craindre » sa disparition. En même temps, si elle reconnaît qu’elle est avant tout l’océan lui-même alors rien d’essentiel ne peut être perdu.

En gardant cette vision de la vague, l’immortalité symbolique devient le reflet visible d’une réalité invisible. Les gestes d’Amour, de compassion, de partage, d’échange, de solidarité, ne sont pas, seulement, des souvenirs conservés dans la mémoire humaine, ils sont l’expression d’une dimension plus vaste de la Conscience continuant de circuler à travers la Vie. C’est comme le parfum d’une fleur demeurant dans l’air après que la fleur se soit fanée, la qualité de chaque Présence continuera à imprégner le Monde.

J’ai souvent pris comme exemple l’image de la flamme d’une bougie. Lorsque j’allume une bougie à partir d’une autre, la première ne perd rien de sa Lumière. De la même manière, chaque acte de bonté, de partage, d’écoute, allume d’autres flammes. Une parole juste inspire une autre parole juste. Un geste de paix engendre, parfois, une paix plus grande. Ce qui semblait limité à une existence individuelle devient alors une chaîne de Lumière traversant les générations.

Je ne suis pas, seulement, l’auteur et l’acteur de ma Vie, je suis aussi le Passeur d’un héritage invisible. Chaque pensée bienveillante, chaque acte d’aide, chaque instant de Présence consciente dépose une graine dans le jardin du Monde. Certaines germeront demain, d’autres dans cent ans. Peu importe. Le semeur n’est pas toujours celui qui voit la récolte.

La question qui se pose n’est pas « Comment devenir immortel ? ». Ce serait plutôt « Quelle qualité de Présence vais-je offrir au Temps qui m’est donné ? ». Lorsque la Vie est vécue avec profondeur, Amour et Conscience, elle cesse d’être enfermée dans les limites d’une date de naissance et d’une date de départ. Elle devient semblable à une rivière qui disparaît à l’horizon sans jamais cesser d’alimenter l’océan. Et, dans ce mouvement, quelque chose de Moi continue de voyager, non comme un corps qui refuse la fin, simplement comme une Lumière qui se transmet de flamme en flamme, de Cœur en Cœur, bien après que mes pas se soient effacés du chemin.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Neural Dawn – 2026 – Teleportation Room 7)

1️⃣ : Monique Pinçon-Charlot, née Monique Charlot le 15 mai 1946 à Saint-Étienne, est une sociologue française et militante politique. Elle est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au Centre de sociologie urbaine, jusqu’à son départ à la retraite en 2007. Durant toute sa carrière, elle travaille en collaboration principale avec son mari Michel Pinçon, également sociologue. Ensemble, ils écrivent la majeure partie de leurs ouvrages qui traitent des classes supérieures de la société (en particulier de la grande bourgeoisie parisienne), à travers des concepts tels que la ségrégation urbaine, l’homogamie ou encore la reproduction sociale ;

2️⃣ : Rédactrice en Chef de Zèbre.

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2 réponses à « L’Immortalité Symbolique »

  1. Anonyme

    J’apprécie « Quelle qualité de Présence vais-je offrir au Temps qui m’est donné ?« 

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  2. Anonyme

    J’apprécie : « Quelle qualité de Présence vais-je offrir au Temps qui m’est donné ?« 

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