L’Art de Ne Rien Posséder
(sous-titre : La Liberté de l’Œuvre Accompli)

Il arrive, souvent, que soient confondues les étapes visibles avec la destination réelle. C’est comme si chaque porte franchie garantissait une autre porte encore plus grande. Cependant, la « réalité » avance autrement, silencieusement, sans promesse de continuité.

Un exemple, c’est quand j’écris un texte dont je ne connais pas la fin. Parfois, c’est l’inverse, je connais la fin et pas le début. D’autres fois, ce sont des bribes avec lesquelles je « brode » un texte. Je suis comme un tisserand qui a quelques fils et, en même temps, dont la trame n’est pas encore définie, trouvée, visible.

Ainsi, pour moi, achever un texte n’est pas une arrivée en soi. C’est seulement une forme qui se referme sur elle-même. C’est comme une graine qui tombe dans la terre sans certitude de devenir arbre. Il peut être publié, posé dans la lumière des regards, comme une pierre laissée au bord d’un chemin. Être exposé ne signifie pas être rencontré. Il y a des mots qui traversent les foules sans jamais toucher une seule Conscience. Ce sont comme des oiseaux passant trop haut dans le ciel pour être remarqués.

Et, quand un texte est lu, même attentivement, cela ne veut pas dire qu’il est apprécié, aimé. Il peut glisser dans l’esprit comme une pluie fine sur une vitre, perçue sans être accueillie. L’Amour d’une lectrice, d’un lecteur est un autre mystère, indépendant du soin apporté à l’écriture. C’est comme si chaque Cœur possédait son propre langage secret, inaccessible à l’Auteur.

Même apprécié, même aimé, un texte n’est pas encore en « sécurité ». L’Amour ne garantit ni la reconnaissance, ni la diffusion. Il peut rester discret, partagé dans l’intimité de quelques regards, comme une Lumière tenue à l’abri du vent.

Et, quand bien même, il rencontrerait le succès, ce succès lui-même n’ouvre aucune porte vers une abondance de quelle que sorte que ce soit. Il peut briller, un instant, comme une surface d’eau au soleil sans pour autant transformer la profondeur du rivage. Le destin, lui, suit d’autres courants, parfois indifférents à la clarté de ce qui a été créé.

Ainsi, chaque étape est un monde en soi, sans passage automatique vers la suivante. Rien ne s’enchaîne vraiment, excepté dans les attentes. Et peut-être que la Liberté commence, ici, dans la reconnaissance que chaque chose existe pleinement sans avoir besoin de prouver la suivante.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Anneke Van Giersbergen – 2026 – La Mort)

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