Le Doux Leurre du Développement Personnel (v2)

J’ai déjà écrit, il y a quelques mois, un texte intitulé « Le Doux Leurre du Développement Personnel ». Ce qui m’incite, à nouveau, à écrire sur ce « sujet », ce sont les nouvelles rencontres que j’ai faites et, aussi, les publications ciblées, que dis-je, imposées, sur mon fil d’actualités de FB.

C’est pratique et ces pratiques, d’une certaine façon, « m’enferme », plutôt, veulent m’enfermer dans une sorte de schéma établi. C’est un peu comme si je disais que j’appréciais le chocolat noir et que je ne reçois que des publications sur le chocolat noir. Alors que j’apprécie aussi le chocolat au lait.

Et comme je m’intéresse à la « Spiritualité », je reçois des publications aussi bien sur la « Spiritualité » que sur les maîtres dit « spirituels ». Parfois, c’est intéressant, ça m’interpelle. Alors quand j’écris « ça m’interpelle », je veux dire par là, que c’est dans un sens ou dans un autre. Et forcément quand cette « interpellation » fait un écho que je qualifierai de « positif », je n’y trouve pas grand-chose à redire, parfois je dis que je suis en accord avec ce qui est dit ou écrit. Et aussi forcément quand cette « interpellation » fait un écho que je qualifierai de « négatif », j’y trouve, parfois, à redire et alors je le dis ou je l’écris.

Et quand je remets « en cause », généralement, je reçois, comment dire, une sorte de « volée de bois vert ». Je sais que je critique, que je juge (car j’émets bien un jugement et je le sais) alors il y a les « défenseurs » qui me disent que je n’ai rien compris aux « messages », que je devrai suivre l’enseignement proposé, que le « maître » est un sage, un merveilleux enseignant, qu’il est bon, vous l’avez compris « blabla et blabla » (encore un jugement).

Où est le discernement propre à Chacun·e ? Où se trouve la « frontière » entre l’accompagnement « réel » et la manipulation ? Le « développement personnel » est-il né d’un besoin « réel » ou d’un besoin « fabriqué » ? Est-il simplement un produit comme un autre ? Et qui dit « produit », dit « producteur » et « consommateur ».

Le présent texte est, d’une certaine manière, ma vision, et que ma vision, sur les « réponses » à mes questions.

Il y a environ 2 mois, j’ai rencontré une dame lors de mes visites à l’hôpital en tant que bénévole/volontaire. Elle me disait qu’elle prenait des anti-dépresseurs depuis 2 ans et que, récemment, elle a changé de « molécules ». Maintenant, elle avait des hallucinations. Qu’elle perdait tous ses repères. S’en est suivi un échange dont je ne partagerai pas la teneur. Cependant, quand elle m’a dit qu’elle perdait ses repères, cela a fait comme un « tilt ». Et c’est ce « tilt » qui me fait écrire le présent texte.

Car justement, le développement personnel est arrivé pour répondre à un besoin profond qui est issu de la perte de repères. Ce besoin est celui de comprendre sa souffrance, de donner un sens à sa vie, de sortir des schémas qui enferment, des blessures silencieuses, des existences vécues à moitié endormies.

Pourtant, il me semble qu’à l’origine, il y avait quelque chose de noble dans cette « approche ». Apprendre à se connaître, retrouver sa responsabilité intérieure, devenir plus conscient de ses pensées, de ses peurs, de ses émotions, de ses élans véritables. En même temps, peu après, cette recherche de soi est, parfois, devenue une industrie de l’oubli de soi. Et là, les « gourous » en tout genre l’ont bien compris. Il est très facile de manipuler les personnes quand elles sont dans un état de souffrance.

Ils/Elles promettent une version améliorée du « disciple », plus lumineuse, plus performante, plus alignée, plus magnétique, plus éveillée. « Suis-moi, je te montrerai le Chemin ! » dit le « gourou ». Je réponds : « Dès que quelqu’un me dit de le suivre, je recule de deux pas ». Comme si l’Être HUmain était devenu un produit à optimiser au lieu d’un mystère à rencontrer. Car beaucoup cherchent désormais à devenir quelqu’un avant même d’avoir appris à habiter pleinement ce qu’ils/elles sont déjà.

Alors les méthodes se multiplient. Les recettes. Les protocoles. Les maîtres. Les guides. Les initiés autoproclamés. Et plus les Êtres HUmains se sentent perdus intérieurement, plus ils deviennent vulnérables aux voix qui parlent avec certitude ou, en tout cas, ce qui ressemble à de la certitude. Car la certitude rassure. Même lorsqu’elle enferme.

« Vous savez moi, j’ai vécu telle ou telle expérience. Je suis passé par là. Je sais ce que cela fait. J’ai vécu la souffrance. Et comme je l’ai traversé, j’ai développé la méthode ‘Move Your Feet’ pour vous remettre en mouvement sur votre chemin. Cette méthode est applicable à toutes et à tous ». Bien que ce speech soit fictif, l’esprit y est. La graine de la manipulation est plantée. « Si lui/elle me dit qu’il a su traverser cette souffrance alors, avec sa méthode, je peux le faire aussi » (toujours dans l’esprit).

En poussant le bouchon un peu plus loin (Merci Maurice pour celles et ceux qui ont la référence), c’est comme si quelqu’un me proposait une méthode « miracle » pour faire un marathon alors que je n’ai jamais couru de ma vie. Je ne dis pas que ça ne peut pas marcher, simplement que ce n’est pas gagné d’avance. Alors je commencerai par courir sur 500 m, puis 1 km, 2 km, 5 km, 10 km, 20 km et puis 42.195 mètres. Et bien le développement personnel c’est un peu çà tout en sachant que, pour chaque distance, il faudra investir aussi bien du temps que beaucoup d’argent. Le développement personnel, c’est un business « juteux » 1️⃣.

Beaucoup ne suivent pas ces figures, ces mentors, ces « gourous » parce qu’ils sont sages. Ils les suivent parce qu’ils ont peur. Peur du vide. Peur de l’incertitude. Peur de devoir écouter leur propre silence. Il est parfois plus facile de recevoir une vérité toute faite que de traverser le long désert intérieur où aucune réponse immédiate n’existe.

Alors certains remettent leur pouvoir entre les mains d’autres personnes comme on remettrait son volant à quelqu’un promettant de connaître la route. Et, peu à peu, la conquête spirituelle devient dépendance affective. La recherche de conscience devient imitation. L’inspiration devient soumission.

Ce phénomène ne vient pas uniquement de la naïveté humaine. Il naît aussi d’une époque profondément déracinée.
Les anciens repères se sont effondrés. Les traditions (sans leurs dérives) ne parlent plus à beaucoup. Les religions ont, parfois, laissé, derrière elles, avec elles, de la culpabilité, de la rigidité. Les familles transmettent moins de sens qu’autrefois. Et, dans ce vide immense, l’Être humain cherche désespérément une direction.

Quand une société perd son centre intérieur, elle fabrique naturellement des « gourous ». Parce qu’un être qui ne sait plus entendre sa propre voix finit par idolâtrer celle qui parle le plus fort. Et ceci est valable dans un tas de domaines autres que la « Spiritualité ».

Le plus troublant, c’est que beaucoup de ces nouveaux « guides » ne sont pas forcément mal intentionnés au départ. Certains ont réellement traversé une blessure, une renaissance, une prise de conscience sincère. Mais l’ego spirituel est probablement l’un des plus difficiles à reconnaître. Il peut se cacher derrière des mots doux, derrière des sourires paisibles, derrière des discours sur l’Amour et la Lumière. Et, un jour, sans même s’en rendre compte, celle ou celui qui voulait simplement partager son expérience commence à avoir besoin d’être suivi, admiré, validé. Il ne transmet plus seulement une lumière. Il veut devenir la Lumière.

Alors apparaissent les dérives. La pensée unique. Les phrases simplistes répétées comme des mantras. Le refus du doute. L’illusion que toute souffrance serait causée par un mauvais « niveau vibratoire ». La culpabilisation de celles et ceux qui traversent la dépression, la colère, la fatigue, l’épuisement. Comme si Être HUmain devenait une « faute » spirituelle.

Pourtant la véritable « évolution intérieure » ne transforme pas les Êtres en moutons dociles. Elle les rend plus lucides, plus libres, plus vivants. Un vrai chemin spirituel ne demande pas que l’on s’abandonne à quelqu’un. Il invite au contraire à revenir vers sa propre conscience. Il ne crée pas de dépendance. Il redonne de l’autonomie intérieure.

Le problème n’est pas d’être guidé. Nous avons toutes et tous besoin, parfois, d’une main tendue, d’un regard extérieur, d’un éclaireur sur le chemin. Le problème commence lorsque le guide remplace la boussole intérieure.
Lorsqu’on cesse de ressentir par soi-même. Lorsqu’on répète des paroles qu’on n’a jamais réellement incarnées. Lorsqu’on préfère appartenir à un groupe plutôt que rencontrer sa vérité.

Car suivre un troupeau procure une sensation de sécurité. On n’a plus besoin de douter. Plus besoin de chercher. Plus besoin de porter seul le poids de son existence. Pourtant une conscience qui ne questionne plus s’endort, lentement, même sous des discours spirituels.

Peut-être que la véritable « maturité » intérieure commence quand Chacun·e ose écouter sans idolâtrer, apprendre sans se soumettre, recevoir sans se perdre.

Et peut-être que le plus grand guide n’est pas celui qui attire des foules. N’est-ce pas celle ou celui qui rappelle discrètement à chacun qu’aucune vérité vivante ne peut être empruntée entièrement à un autre ?

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Minimum Vital – 2025 – Le Royaume)

1️⃣ : Le marché mondial du développement personnel pèse environ 43,77 milliards de dollars en 2022. La même étude projette une croissance annuelle de 5,5 % jusqu’en 2030, ce qui porterait le secteur au-delà de 67 milliards de dollars à cette date. Aucun segment de l’économie de la santé mentale n’affiche une trajectoire comparable. (source « https://www.chronik.be/2026/05/11/40-milliards-zero-regulation-qui-vend-qui-achete/ »).

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