Vocaction
Oui, oui, je sais, ce mot « vocaction » n’existe pas dans le dictionnaire. C’est une contraction de « vocation » et de « action ». Je pensais l’avoir inventé et, en même temps, j’ai trouvé ce terme sur des sites néerlandophones et même un site français indiquant « Acteur du développement de la performance et de la compétitivité des entreprises industrielles par le développement de l’Excellence Opérationnelle » (Bigre !).
Toujours est-il que lors de mes visites en maison de repos (ehpad) en tant que bénévole/volontaire, je rencontre les mêmes résidents. Ce sont surtout des personnes qui n’ont pas de visites. J’ai vite constaté que je reçois autant que je donne.
Parmi les résidents, il y a cet homme qui perd, peu à peu, la vue. Ses yeux se ferment au monde visible et, en même temps, quelque chose en lui s’ouvre davantage. C’est comme si l’obscurité extérieure éclairait un espace intérieur plus vaste. Il aime philosopher et, sans surprises, moi aussi. Chaque rencontre devient un rendez-vous avec une question, presque un rituel. Il commence toujours de la même manière : « Qu’est-ce que vous pensez de… ? ».
Un jour, il me demande ce que je pense de la perte de vocations chez les jeunes. Sa question ne tombe pas de nulle part. La semaine précédente, je lui avais parlé de ma retraite en abbaye. Cinq moniales à l’Abbaye de Cordemois 1️⃣. Cinq seulement. Cinq comme les doigts d’une main qui se referme, doucement, inexorablement, sur une époque qui s’efface. La plus jeune a quarante-quatre ans. Son chemin avait commencé ailleurs. Elle était dans la restauration de tableaux avant de bifurquer vers le Silence et la Prière. C’est devenu sa vocation.
Face à sa question, je me sens d’abord démuni. Que répondre ? Que puis-je vraiment en dire ? Je plonge alors, en moi, dans mes propres souvenirs. Je revois l’enfant que j’étais, puis l’adolescent, avançant dans un parcours religieux tracé par d’autres. Je suivais ce que mes parents, surtout ma Maman, avaient choisi pour moi. Le baptême, la petite communion, la grande communion, la profession de foi étaient des passages obligés. J’y allais, sans élan profond, sans cette étincelle intérieure que, maintenant, j’appelle FOI. Ma profession de foi, je l’ai faite pour les cadeaux et non pour une rencontre avec le Sacré. À ce moment-là de ma vie, la religion était un cadre, aucunement un appel.
Alors non, je n’ai jamais ressenti de vocation au sens traditionnel. Je n’ai jamais entendu cet appel clair à devenir prêtre ou moine. Et pourtant, il y a, en moi, une intuition plus ancienne, plus diffuse. C’est comme une mémoire qui me murmure que j’ai déjà emprunté ces chemins, dans d’autres temps, d’autres formes d’Existence. Je ne peux pas le prouver même si je le ressens avec une étrange familiarité comme on reconnaît un lieu sans y être jamais allé. Judicaël/François, Anne-Marie et les Êtres de Lumière, Sylvain aussi m’en avaient déjà parlé, à demi-mots, lors de canalisations.
Ainsi, avec les années, ma compréhension a changé. Je ne vois plus la vocation comme une obligation ni comme une voie imposée de l’extérieur. Je la perçois comme un appel intime. Est-ce la voix de Dieu ? Celle de l’Âme ? De la Conscience Supérieure (L’Esprit qui s’est présenté sous le nom de « Shichea ») ? Les mots importent peu finalement. Ce qui compte, c’est cette sensation d’être appelé à quelque chose qui me dépasse et, en même temps, me correspond profondément sur mon actuel chemin de Vie.
Je réalise alors que la vocation ne disparaît pas vraiment, elle se transforme. Peut-être que les formes traditionnelles s’effacent, que les monastères se vident, pourtant l’élan intérieur, lui, trouve d’autres chemins. Certain·e·s seront appelé·e·s à servir dans le silence d’un cloître, d’autres dans le tumulte du monde, dans des gestes simples, dans une Présence offerte, dans une écoute attentive comme celle que je vis avec cet homme qui perd la vue et, qui paradoxalement, m’aide à voir plus clair.
En lui répondant, je comprends que la vocation n’est pas seulement une fonction ou un acte religieux. Elle est une Expérience Spirituelle 2️⃣, une manière d’habiter sa Vie avec Conscience. Elle est ce moment où je cesse de suivre uniquement les chemins tracés par d’autres pour écouter ce qui, en Moi, cherche à (re)naître.
Et peut-être que, ce jour-là, dans cette chambre tranquille, entre ses questions et mes silences, ma propre vocation s’exprimait déjà, simplement : « Être là, Présent, Ouvert, à l’Écoute, au seuil de Moi-même et de l’Autre ».
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Salva – 2026 – Music From Salvatore)
1️⃣ : voir le texte « Pluie du Matin n’arrête pas le Pèlerin » ;
2️⃣ : Pierre-Teilhard de Chardin disait : « Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle. Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine ».

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