Pic-Épeiche
Quand je me promène en forêt, j’apprécie tout ce qui m’entoure, tout ce que je traverse, tout ce qui me traverse. Il y a un élément qui m’attire systématiquement, quand c’est la saison adéquate, c’est le pic-épeiche. Ce n’est pas la vue de l’oiseau, c’est son tambourinage qui capte le plus mon attention. D’ailleurs je ne le vois pas ce pic-épeiche car son appel est, si je peux m’exprimer ainsi, multi-diffusé.
Le pic-épeiche tambourine dès le printemps. Ce tambourinage lui permet de communiquer, notamment pour faire savoir qu’il est toujours célibataire. Il peut donner de 5 à 20 coups de bec par seconde, et ce 5 à 6 fois par minute, jusqu’à 600 fois par jour pour un mâle non accouplé !
Ce tambourinage ne doit pas être confondu avec le martèlement émis lorsque le pic-épeiche travaille un tronc ou une branche à la recherche de nourriture ou pour forer sa loge. Ce bruit est irrégulier et beaucoup moins puissant que le tambourinage. Ce son du travail peut être émis toute l’année.
Voilà qui est dit, ou plutôt écrit, et Merci à la Ligue pour la Protection des Oiseaux pour les « détails ».
En lisant sur ce tambourinage, je me suis rappelé que lorsque je fais des retraites dans une abbaye, c’est bien lors de mes balades en forêt que je l’entends. Cependant, pour la première fois, cette année, je l’entends également près de chez moi. En effet, au sud de la maison, à 500 m à vol d’oiseau (c’est le cas de le dire), il y a 2 bois. La différence entre un bois et une forêt tient principalement à leur taille. Le bois est plus petit qu’une forêt.
Toujours est-il que ce matin-là, en ouvrant la porte-fenêtre, mon attention est attirée par le tambourinage de ce pic-épeiche. Je me suis posé la question :
« Pourquoi est-ce que ce tambourinage m’attire autant ? ».
J’ai entendu une multitude de sons, de chants, et, aussi, des bruits de voitures au loin, parfois même le train dans la vallée quand le vent souffle en direction de la maison.
Alors oui, pourquoi est-ce que ce son de tambourinage attire plus mon attention.
Je pourrais dire que c’est parce qu’il sort du lot. Oui, pourquoi pas ?
Je pourrais dire que c’est parce qu’il est présent à intervalle plus ou moins régulier. Oui, pourquoi pas ?
En fait, dès que je l’entends pour la première fois de la journée, mon attention est focalisée sur lui.
Non pas que les autres sons disparaissent, simplement qu’il m’interpelle d’une certaine façon.
Âmie Lectrice, Âmi lecteur, tu me diras que tout ceci est bien beau. Que ce peut être intéressant. En même temps, que tu es sur un groupe parlant de Spiritualité et que cette introduction n’a pas l’air très spirituelle.
Ce tambourinage ouvre une porte chez moi (en me relisant, je souris parce que j’entendu « toc-toc » dans ma tête). C’est comme si le bois, la forêt, me (re)faisait découvrir une pulsation, une vibration, une fréquence. Comme s’il y avait un Cœur caché et que, soudainement, je l’entendais battre.
Chaque coup, chaque battement résonne, traverse l’air et vient frapper, en moi, quelque chose de plus ancien que mes pensées. En fait, ce ne sont même pas mes pensées, c’est être là sans être là. Un peu comme un moment suspendu. Quand je reviens à moi, je ne sais pas où je suis allé. C’est comme si la nature m’invitait à m’arrêter. Je m’arrête sans me questionner.
Avec ce martèlement, je prends conscience que les autres chants me bercent et que celui-ci me réveille. Il ne cherche pas à plaire, il affirme. Il ne se disperse pas, il insiste. Comme une parole essentielle répétée jusqu’à ce que je cesse enfin de passer à côté.
Je comprends alors que mon attention ne choisit pas au hasard. Elle est appelée là où quelque chose en moi reconnaît sa propre nécessité. Ce tambourinage devient un rappel. Sous le foisonnement des voix, il existe une note plus profonde, une cadence intérieure que je tends, parfois, à oublier.
Je ferme les yeux et la musique du pic-épeiche devient mon propre rythme. Comme si chaque coup venait fissurer les couches inutiles, écorcer mes distractions, pour atteindre un bois plus vivant, plus vrai. Je me sens traversé par cette énergie simple, directe, qui est une invitation à revenir à l’essentiel.
Quand je rouvre les yeux, rien n’a changé et, pourtant, tout est différent. Les chants reprennent leur place et, en même temps, ils ne me dispersent plus. Je sais maintenant qu’au milieu de la multitude, il y a toujours un appel singulier, une vibration qui me cherche.
Et si j’écoute vraiment, ce n’est pas seulement le pic-épeiche que j’entends.
C’est Moi qui me retrouve.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Crippled Black Phoenix – 2026 – Sceaduhelm)

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