Honorer Pleinement ce qui est Là

Au départ de l’écriture de ce texte, j’avais écrit comme titre « Le fusil de Tchekhov ». Ceci aurait été un bien étrange titre pour un groupe parlant de Spiritualité. J’expliciterai, à la fin de l’écriture, le pourquoi de ce titre initial qui a inspiré le présent texte. Comme dans beaucoup de choses, il est parfois nécessaire de ne pas s’arrêter à la première impression. Ainsi, j’ai adapté le titre pour retenir celui qui est présent.

Dans toute existence, je sais que rien n’est posé là « par hasard ». Ce qui entre dans mon histoire appelle souvent une suite, une conséquence, une réalisation, rarement une conclusion même si, mentalement, j’ai parfois l’impression que c’est la fin d’un chemin. Ainsi, ignorer ces présences, ces signes, ces messages, c’est laisser ma Vie incomplète. Y répondre, c’est lui donner sa Cohérence.

C’est comme quand je lis un message et que je n’y réponds pas. Je me dis que je verrai plus tard, que j’aurai le temps plus tard, que je prendrai le temps plus tard. Et, parfois, ce plus tard ne vient pas car il est trop tard. Alors, le message reste là, discret, silencieux, semblant perdu dans les limbes de mon temps.

Pourtant, il continue d’exister dans un coin de mon esprit sans que j’en aie conscience. Il est comme une porte entrouverte qui laisse passer un courant d’air. Ou comme cette tasse laissée sur la table après le café du matin. Je passe devant plusieurs fois, je l’oublie (in)volontairement, et, en même temps, elle finit toujours par se mettre en évidence à mon regard perdu dans autre chose, par « réclamer » d’être prise, lavée, remise à sa place. Rien ne disparaît vraiment tant que cela n’a pas été accueilli totalement sans jugement (cette phrase aurait pu être aussi le titre du présent texte).

Un regard échangé dans la rue peut devenir une rencontre ou rester une possibilité éteinte. Une idée griffonnée sur un coin de papier peut devenir une œuvre ou jaunir lentement dans un tiroir. Même les silences ont une direction. Ils peuvent apaiser ou creuser une distance selon qu’ils sont habités ou qu’ils sont fuis.

La Vie ressemble à une pièce où chaque détail compte. Une clé posée sur une table n’est pas seulement un objet, elle suggère qu’il y a une porte en réponse à cette clé. Une pluie soudaine n’est pas nécessairement un désagrément, elle invite à s’abriter, à ralentir, à sentir l’instant. Chaque chose appelle un geste, chaque instant une réponse, même minime, même insignifiant aux yeux des autres. Et dans cet enchaînement discret de réponses se tisse la trame de ma Cohérence Intérieure.

Souvent, ce n’est pas le manque d’occasions, de propositions, d’invitations qui m’égare. C’est plutôt l’habitude de ne pas aller jusqu’au bout de ce qui se présente. J’accumule des commencements comme des projets esquissés, des élans retenus, des discussions inachevées, des échanges interrompus. Comme des graines jamais mises en terre, elles finissent par s’endormir sans jamais fleurir. Jamais fleurir parce que le jardinier que je suis n’a pas pris le temps d’y prêter son attention. Pourtant, je sais que mes graines demandent à s’épanouir, à s’offrir.

Ainsi dès que je commence à honorer ce qui est là, vraiment là, déjà là, quelque chose se révèle, s’aligne. Répondre à un message, terminer un mouvement, dire une parole attendue même maladroite, ce sont de petites clôtures qui ferment des cercles invisibles. Et chaque cercle fermé libère une énergie nouvelle. C’est comme si ma Vie cessait de se disperser pour enfin circuler.

Alors, peu à peu, une autre manière d’habiter le monde apparaît. Je deviens attentif à ce qui surgit. Je deviens réceptif à ce que mon Âme, ma Conscience Supérieure propose. J’apprends à reconnaître ces signes discrets comme une intuition insistante, une rencontre qui revient, un détail qui accroche mes sens. Rien de spectaculaire, rien d’extraordinaire. Simplement une continuité qui se dessine.

La Paix ne vient pas de tout comprendre, ni de tout maîtriser, simplement de ne plus laisser les choses en suspens. Peu importe le temps que cela prend. Honorer ce qui est là, Humblement, Pleinement, Totalement, Intégralement. Comme si chaque instant est une invitation à répondre à une promesse qui attend d’être tenue.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : David K Jones – 2026 – Scenes From The Dreaming Room)

P.S. : Comme je l’avais indiqué au début de ce texte, le titre initial était « Le fusil de Tchekhov ». Le “fusil de Tchekhov” est un principe narratif formulé par Anton Tchekhov. Il signifie que tout élément introduit dans une histoire doit avoir une utilité. Par exemple, si un fusil apparaît dans une scène, il doit jouer un rôle important plus tard. Sinon, il ne devrait pas être mentionné. En résumé : rien n’est montré sans raison et tout ce qui est montré doit servir l’histoire.

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