Au seuil du Silence, la Vie Entière
(sous-titre : Fragments d’Éternité)
Hier, c’était mon anniversaire. J’ai eu soixante-cinq ans. Déjà, soixante-cinq ans que je suis sur cette Terre dans ma présente incarnation. Je regarde rarement en arrière pour voir le chemin parcouru. Un chemin qui est passé par des hautes montages et des vallées profondes. Un chemin avec des tours et détours. Un chemin semé de petits cailloux et de gros rochers. Un chemin avec des joies, de la JOIE immense. Un chemin avec des peines, de la peine incommensurable. Un chemin avec tout et son contraire. Un chemin que j’ai choisi sans savoir que c’était mon Âme, ma Conscience Supérieure qui avait choisi. Un chemin d’expériences pour incarner l’AMOUR.
Au commencement, j’ai vu le monde à travers les yeux de l’enfant que j’étais. Il y avait dans mon regard une lumière légère, insouciante. Une lumière qui brillait de mille feux. Le monde autour de moi était vaste, immense. En même temps, dans cette étendue qui allait bien plus loin que ma vision, je n’avais pas peur. Tout était promesse. Tout était possible. Les jours s’enchaînaient sans poids, sans mémoire comme si chaque instant naissait pour la première fois. Je courrais, je riais, je tombais, je pleurais, j’oubliais. Rien ne s’accrochait vraiment. En tout cas, c’est ce que je croyais.
Car déjà, sans le savoir, quelque chose s’imprimait. Un éclat de rire, une main serrée trop fort, une punition, une absence que je ne comprenais pas encore. Ces premières traces ne ressemblent pas à des souvenirs. Elles sont plus diffuses. Elles se sont installées en silence, quelque part au fond de moi, comme des graines invisibles.
Puis le temps avance, et avec lui, ma Conscience. Ce qui était léger devient plus dense. Je commençais à me souvenir pour de vrai. À attacher de l’importance. À aimer avec plus de force, à espérer avec plus d’attente et, parfois, à perdre. Alors sont apparus ces moments qui m’ont marqué, qui m’ont coupé le souffle, qui ont laissé une empreinte plus profonde que les autres.
Il y a des souvenirs qui ne s’effacent pas. Il y a des souvenirs qui ne veulent pas s’effacer. C’est un peu comme s’ils avaient été écrits avec une encre indélébile. Je pouvais fermer les yeux, prendre une autre route, tenter d’oublier, et pourtant, ils restaient là, toujours là, silencieux, présents. Pas vraiment vivants, pas tout à fait morts. Ils flottaient quelque part entre ce qui a été et ce qui ne sera plus jamais.
Avec les années, ils se sont multipliés. Ils dessinaient une sorte de constellation intérieure. Certains brillaient fort, d’autres à peine. En même temps, tous participaient à modeler ce que je suis devenu. Ce ne sont pas seulement des images du passé. Ce sont des fragments de moi-même. Des échantillons de ce que j’ai aimé, espéré, perdu, pardonné, et parfois même de ce qui m’a construit.
Et plus le chemin s’allongeait, plus ces fragments changeaient de texture. Ce qui faisait mal s’adoucit. Ce qui semblait immense devient simple. Les regrets se mêlent à la gratitude. Comme si le temps, doucement, polissait chacun de mes souvenirs pour en retirer la dureté et n’en garder que ma Vérité.
Arrivé au seuil de ma pension, je ne cours plus après les jours. Je les regarde passer avec une forme de Paix. Je sais que la Vie n’a jamais été faite pour être retenue, uniquement pour être traversée. Et, dans mon regard apaisé, les souvenirs ne sont plus des poids. Ils deviennent des compagnons.
Ils sont là, assis avec moi dans le Silence. Non pas pour me tirer en arrière, simplement pour me rappeler le chemin parcouru, la Vie traversée. Chaque JOIE, chaque blessure, chaque instant suspendu a laissé une trace qui, mise bout à bout, raconte mon Existence Entière.
Alors j’accepte, peut-être pour la première fois pleinement, que leur rôle n’était ni de revenir, ni de partir.
Ils étaient simplement là pour donner du relief à ma Vie. Pour transformer l’insouciance d’un enfant en sagesse d’un homme qui vieillit. Et à cet homme qui avance dans la Vie, je lui murmure, au moment où le temps se fait plus discret, que même brisés par les années, certains instants ont compté assez pour devenir Éternels en moi.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Billy Yfantis – 2026 – Reversed Universe)

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