Au Nom de la Vérité ?

(sous-titre : Aletheia)

Avant d’aller plus loin dans le présent texte, j’ai cherché l’étymologie du mot « Vérité ». Je pourrais reprendre ici la version de différents dictionnaires en partant du latin « Veritas ». J’ai préféré reprendre l’approche grecque en me basant sur « Aletheia » (le sous-titre de ce texte).

L’étymologie de « Vérité » en grec ancien, « Aletheia » (ou « Alètheia ») vient de la construction « a-«  (privatif, signifiant « non » ou « sans ») et « léthé » (l’oubli, le retrait). Elle désigne littéralement le « non-caché », le « dévoilement » ou la « sortie de l’oubli », Contrairement à la vérité comme simple exactitude comme le terme « Veritas », l’Aletheia implique de mettre en lumière ce qui était ombragé 1️⃣.

J’apprécie cette approche de mettre en Lumière ce qui a été ombragé.

Dans l’histoire humaine, il y a toujours eu des choses étranges presque cachées aux yeux de toutes et tous et, en même temps, tellement présentes. Certaines choses semblent passer comme un souffle discret, presque invisible, et pourtant persistant, très persistant. Ainsi, les siècles s’écoulent dans le sablier du temps. Les empires se construisent, s’étendent puis s’effondrent. Les idéologies naissent, se transforment, évoluent, disparaissent, renaissent. Pourtant, certains mouvements, profondément ancrés, semblent ne jamais disparaître. Ils se déplacent. Ils changent de visage. Ils continuent d’agir dans l’ombre des grandes décisions.

Au début, le pouvoir était enraciné dans le Sacré. Il parlait le langage de Dieu (peu importe le nom), de la Vérité, d’une mission qui dépassait l’Homme. Des peuples entiers se levaient, portés par la conviction de servir quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Les guerres devenaient des croisades. Les conquêtes prenaient la forme d’un destin. La foi offrait à la violence une légitimité supérieure. Suivant les cultures, les pays, les continents, les mots variaient et, en même temps, l’essence demeurait. Les actions humaines se basaient sur un Fondement Absolu, le Divin ou plus exactement des « demandes » du Divin.

Puis, comme Charlie Chaplin pour les temps modernes, les sociétés se sont proclamées modernes, évoluées. Le politique s’est détaché du religieux. Les États se sont voulus laïcs. Beaucoup de personnes ont relégué les guerres sacrées au passé. Un nouveau langage est apparu, plus rationnel, plus technique, plus technocratique en apparence. On ne parlait plus de foi, mais de démocratie, de sécurité, de défense des valeurs. Les interventions deviennent des missions, les conflits, des opérations de protection et de libération.

Et pourtant, derrière ces mots renouvelés, quelque chose d’ancien semble persister. Autrefois, certains disaient : « Nous venons apporter la Vérité ». Aujourd’hui, on affirme : « Nous venons apporter la Démocratie ». Et au cœur de ces récits, ce sont encore des peuples entiers qui portent le poids des décisions prises ailleurs.

Les sociétés dites modernes se pensent affranchies des anciens dogmes. Elles sont maintenant guidées par la raison, l’analyse, l’intellect. En même temps, d’autres formes d’autorité se sont installées, plus discrètes, plus intrusives. Les nouveaux « textes sacrés » ne sont plus écrits en Langage Divin. Ils s’appellent croissances, productivités, consommations, marchés, indicateurs, ressources, rentabilités. Ils se présentent sous forme de données, de tableaux, de courbes, de modèles.

Aujourd’hui, c’est le langage technique qui s’impose comme une évidence. Il est interprété par des experts, des institutions, des analystes et, depuis quelques années, par des intelligences artificielles. L’Humain devient une donnée comme un numéro, une information. Et lorsque ces voix affirment qu’une décision est nécessaire, elle acquiert une force difficile à contester comme autrefois les paroles issues du Sacré.

Ainsi, les sociétés n’ont peut-être pas abandonné leurs croyances. Elles en ont simplement transformé le langage. Les symboles ont changé et, en même temps, la structure demeure, silencieuse, puissante, omniprésente.

Et au cœur de cette transformation, je me pose une question : « Quand une puissance affirme agir au nom d’une vérité absolue, religieuse hier, technocratique, idéologique, économique aujourd’hui. Qui a réellement le pouvoir de contester ce récit ? ».

La réponse, que je vais donner, ne représente pas un contre-pouvoir visible. Elle se situe ailleurs.

Celle ou Celui qui peut réellement contester ce récit est Celle ou Celui qui voit. Quand je parle de vision, ce n’est pas Celle ou Celui qui observe les faits. Je parle de Celle ou Celui qui perçoit, qui ressent les mécanismes invisibles derrière les mots. Celle ou Celui qui reconnaît qu’aucune vérité proclamée comme absolue ne peut contenir toute la réalité.

C’est la conscience (r)éveillée, libre des récits imposés, qui devient le véritable espace de contestation. Car le pouvoir des grandes narrations, des grands discours, des grands locuteurs, des grands manipulateurs repose sur l’adhésion intérieure. Elles vivent parce qu’on y croit, parce qu’on les accepte souvent sans les interroger. Dès lors, Celle ou Celui qui questionne sincèrement, qui doute sans cynisme, qui applique son discernement avec lucidité, commence déjà à rompre leur emprise.

Spirituellement, contester ne signifie pas forcément s’opposer frontalement, ni renverser par la force. Ceci signifie voir clair sans haine, accepter sans se soumettre, refuser intérieurement de confondre Langage et Vérité. Je sais qu’un mensonge répété mille fois peut ressembler à une vérité. En même temps, in fine, ce sera toujours un mensonge même s’il est cru.

Ainsi, contester, c’est un acte silencieux même s’il peut paraître radical.

Dans cette perspective, le Véritable Pouvoir appartient à une Conscience qui ne s’identifie ni aux dogmes anciens, ni aux certitudes modernes. Une Conscience capable de rester ouverte, d’accueillir aussi bien la simplicité que la complexité et de ne pas céder à la tentation de vérités trop évidentes.

Car ce n’est pas la puissance qui libère. C’est la lucidité.

Et peut-être que la réponse à la question que j’ai posée est  : « Ce n’est pas une autorité extérieure qui conteste le récit. C’est la Conscience en Chacun·e qui refuse de s’y abandonner entièrement ».

J’ajouterai, pour terminer le présent texte et faire référence au sous-titre de celui-ci, que Aletheia représente, pour moi, cette capacité à voir au-delà des récits dominants, qu’ils soient religieux hier ou technocratiques aujourd’hui. Elle n’appartient à aucun pouvoir. Elle apparaît là où il y a une Conscience prête à laisser tomber les voiles, les illusions.

En ce sens, Aletheia n’est pas une vérité qui est proclamée. C’est une Vérité qui se révèle à Celle ou Celui qui accepte de regarder sans se laisser aveugler.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Le Silence)

1️⃣ : Sources Wikipedia, Larousse.

Publié par

Categories: ,

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Ma Spiritualité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture