La Traversée des Océans
Récemment, j’ai lu cette phrase, une citation anonyme : « Ne traverse pas des océans pour quelqu’un qui ne traverserait même pas une flaque pour toi ». J’en comprends bien le sens. Elle se veut sage, prudente, presque protectrice. En filigrane, elle suggère qu’il faudrait donner seulement à la mesure de ce que l’on reçoit. Autrement dit, si je me donne de la peine pour quelqu’un qui, en retour, ne fait même pas l’effort de m’en accorder un peu, pourquoi devrais-je continuer à m’en soucier ? Comme si l’AMOUR était une balance de marché où chaque geste devait être pesé, équilibré et rendu.
« C’est pour offrir, Madame ? Il y en a un peu plus, je vous le mets ». « Oh ben non ! J’ai déjà assez donné ». Je plaisante bien évidemment et, en même temps, je n’en suis pas si éloigné. Pourtant le Cœur, lui, ne fonctionne pas ainsi.
Moi, je dis plutôt : « Vas-y ! Traverse les océans ! Vraiment. Traverse-les avec ton Cœur Ouvert, avec cette générosité un peu folle faisant, parfois, sourire les gens raisonnables. Aime sans retenir tes pas. Aime sans retenir tes gestes. Aime sans peur, sans manque, sans crainte de manquer. L’AMOUR n’est pas une réserve d’eau qui doit être rationnée. Plus Il circule, plus Il jaillit ».
Il suffit simplement d’observer la pluie. Elle tombe aussi bien sur les champs fertiles que sur les terres désolées. Elle ne se dit pas : « Je vais tomber ici parce que j’y serai plus utile et pas là où je le serai moins ». Elle ne choisit pas. Pourtant, quelque part, même sur ces terres apparemment stériles, des graines invisibles l’attendaient. Elles s’ouvrent, poussent et verdissent, un peu, le monde. Si la pluie avait décidé de ne tomber que là où la terre promettait déjà des fleurs, rien ne pousserait jamais ailleurs.
AIMER, c’est un peu comme ça. C’est arroser la Vie sans toujours savoir où naîtront les jardins, les oasis, les edens.
Je ne me leurre pas. Je ne me fais pas d’illusions. Je ne suis pas un doux rêveur. Bien sûr, certaines personnes ne traverseront jamais l’océan pour moi. Certaines ne franchiront même pas la petite flaque au bord du trottoir. Et, pendant un temps, ceci peut sembler injuste. Comme si l’élan que j’avais eu envers elles s’était perdu dans le vide.
Pourtant, je sais qu’en réalité, rien de ce qui est donné avec sincérité, avec intégrité, avec présence, ne disparaît. L’énergie du Cœur circule comme les rivières. Elle finit toujours, oui, toujours, par rejoindre quelque part un autre courant.
J’ai souvent constaté que ce qui est offert aujourd’hui revient, parfois, vers moi des années plus tard, à travers une autre personne, un autre visage, une autre histoire. Il ne s’agit pas de donner en espérant un retour. Simplement de reconnaître que l’équilibre existe. Il se crée dans l’invisible, dans les détours mystérieux de la Vie.
Alors je donne à ma juste mesure. Je donne comme on allume une bougie dans une pièce sombre. Non pas pour qu’une autre bougie s’allume aussitôt en face, simplement parce que la Lumière est faite pour être partagée.
Et puis, un jour, sans que je l’aie prévu, je rencontre quelqu’un. Quelqu’un qui, sans le savoir, marche à mon rythme. Quelqu’un qui avance vers moi pendant que j’avance vers lui, vers elle. Et soudain, je réalise que chacun·e traverse l’océan en même temps. Personne n’a compté les pas. Personne n’a mesuré la distance. Les gestes circulent naturellement. Naturellement comme deux rivières qui se rejoignent et deviennent un fleuve.
Et là, il se passe quelque chose de rare, de merveilleux, de Divin. Parce que ce n’est plus un AMOUR donné d’un côté et reçu de l’autre. C’est un courant partagé. Un équilibre qui ne se calcule pas. Un Miracle discret de la Vie. Et, dans ces moments-là, je sais que traverser tous ces océans en valait la peine.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Pink Floyd – 2014 – The Endless River)

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