La Spiritualité Ostentatoire

Récemment, j’ai vu le spectacle de Ricky Gervais intitulé « Mortality ».

C’était sur une plateforme vidéo. Le synopsis est : « Ricky Gervais évoque sans pincettes la vie, la mort et l’état du monde dans un stand-up qui n’esquive aucun sujet, pas même sa propre mortalité ».

En ce début d’année, je ne vais pas parler de la vie, de la mort ou de l’état du monde. Non. Je fais référence à ce spectacle car, à un moment, il prononce les mots « vertu ostentatoire ».

Une bonne nouvelle pour bien commencer cette année, je reviens à l’étymologie des mots. Si ! Si ! Je précise que tout ce que je vais écrire sur les étymologies des mots est un recoupement de différentes sources (WikiPedia, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, Dictionnaire de l’Académie Française).

Je commencer par « Vertu ». Ce mot vient du latin « Virtus », dérivé de « Vir », signifiant « Homme ». « Homme » pris dans le sens de force vitale, de vigueur, de courage, d’énergie. Donc, à l’origine, en d’autres mots, « Virtus » désigne la force intérieure, le courage au combat, la capacité à tenir debout, la résistance, l’endurance.

Chez les Romains, la « Vertu » est une qualité d’être, une puissance intérieure qui permet d’agir, justement, sans forcément être vue ou reconnue. Avec le temps, notamment sous l’influence du christianisme et de la philosophie morale, le mot évolue vers une disposition à faire le bien, une droiture intérieure, une cohérence entre ce que l’on est, ce que l’on pense et ce que l’on fait. Je peux également écrire une cohérence entre ce QUE JE SUIS, CE QUE JE PENSE et CE QUE JE FAIS.

Étymologiquement, la « Vertu » n’a pas besoin de regard extérieur. Elle existe par elle-même.

Je poursuis avec « Ostentatoire ». Ce mot vient du latin « Ostentare », dérivé de « Ostendere », signifiant montrer avec insistance, exhiber, mettre en évidence de manière volontaire. Ainsi, ce qui est ostentatoire est fait pour être vu.

En même temps, dans notre époque actuelle, il y a une connotation, négative je dirais, c’est ce qui est exagérément montré, ce qui cherche à attirer l’attention, ce qui vise une reconnaissance extérieure. Donc, l’ostentation n’est pas neutre. Elle suppose une intention de visibilité et ce, parfois, au détriment de la sincérité.

Ainsi, il y a une sorte d’antagonisme entre « Vertu » et « Ostentatoire ». D’un côté, quelque chose qui n’a pas besoin de regard extérieur car elle se suffit à elle-même. De l’autre, quelque chose qui a besoin de se montrer car, implicitement, elle ne se suffit pas à elle-même.

Après cette introduction étymologique, vous avez constaté que le titre de ce texte n’est pas « Vertu Ostentatoire » mais « Spiritualité Ostentatoire ». Et, à ce moment de l’écriture, je me rends compte que je n’ai jamais cherché l’étymologie du mot « Spiritualité ». J’ai fait une recherche sur les ~1500 pages de mon document central et, effectivement, je n’ai jamais fait référence à son étymologie. Voici un oubli vite réparé (après bientôt 4 ans, il était temps).

« Spiritualité » vient du latin « Spiritualitas », dérivé de « Spiritualis », lui-même issu de « Spiritus ». « Spiritus » signifie d’abord le souffle, la respiration, l’air en mouvement. Il désigne ce qui anime, ce qui met en vie. Par extension, « Spiritus » en est venu à signifier la Vie Intérieure, l’Âme, l’Esprit et ce, par opposition, à la matière (« Corpus » : le corps).

À l’origine, le Spirituel n’est pas quelque chose de « désincarné ». C’est quelque chose qui fait respirer, qui anime l’Être.

Parler de Spiritualité revient donc à parler de ce qui donne souffle à l’Existence, ce qui anime intérieurement un Être Humain, ce qui relie la Conscience à quelque chose de plus grand qu’elle-même sans nécessairement le nommer. « In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti » (Au nom du Père, et du fils, et du Saint-Esprit).

En ce sens, la Spiritualité n’est pas une fuite du monde. Elle est une façon d’habiter la Vie avec Sens, Profondeur, Présence (mon maître-mot pour cette année).

Et, naturellement, j’en viens à la Spiritualité Ostentatoire.

C’est une Spiritualité qui se montre, qui s’exprime à voix haute, qui se filme, qui se met en scène, qui s’habille de symboles, de mots sacrés, de gestes visibles, de musiques même. Une spiritualité qui se donne à voir, à être entendue.

Par nature, elle n’est ni « fausse » ni « vraie ». Elle est une forme et toute forme porte, en elle, une intention (secrète ?). La Spiritualité Ostentatoire naît souvent d’un élan sincère. Celui de vouloir partager une découverte intérieure,
de témoigner d’un chemin qui a soulagé, éclairé, sauvé parfois (j’en sais quelque chose). Lorsqu’un Être a touché une Paix Nouvelle, il est humain qu’il souhaite la rendre visible. Visible comme on allume une lanterne pour celles et ceux qui marchent « encore » dans la nuit.

Dans ce sens, l’ostentation peut devenir transmission. Un signe posé sur le chemin. Une parole qui rassure. Un rituel partagé qui rappelle que nous ne sommes pas seul·e·s. Les traditions, les chants, les prières, les intentions ont longtemps servi à rassembler, à donner un cadre à l’invisible, à rendre le Sacré habitable dans le monde des formes.

Cependant, la frontière est subtile. Car ce qui se montre peut doucement glisser de l’offrande vers l’affirmation, du témoignage vers la démonstration, de la Foi vécue vers la Foi affichée.

Lorsque la Spiritualité devient un décor voire un spectacle, elle risque de se détacher de l’Expérience Intérieure pour se nourrir du regard des autres. Le symbole remplace alors la Présence. Le discours remplace l’écoute. L’image remplace la transformation réelle.

Il arrive que l’ego, en quête de reconnaissance, se pare des vêtements du Sacré. Pas nécessairement par malveillance, principalement par confusion. Car l’ego aussi veut appartenir, se sentir choisi, éveillé, différent, porteur d’une vérité supérieure.

C’est là que la Spiritualité Ostentatoire peut se durcir, peut se noircir, peut passer de la Lumière à l’ombre. Quand elle cesse d’ouvrir et commence à séparer. Quand elle désigne ceux qui sont « éveillés » et ceux qui sont « endormis ». Quand elle installe une hiérarchie invisible entre les consciences jugées « pures », « élues », « aptes » et celles perçues comme « inférieures », « perdues », « inaptes ».

Dans ces glissements souvent silencieux, la Spiritualité peut devenir terrain de dérive. J’en ai parlé dans le texte « Le dévoiement de la Spiritualité ». Le besoin de sens se transforme en besoin de contrôle. La quête intérieure devient doctrine extérieure. La liberté de croire se change en obligation de suivre.

Le sectarisme ne naît pas toujours de la violence. Il naît souvent d’une certitude figée. D’une vérité qui ne doute plus. D’un groupe qui confond Unité et uniformité. D’un leader, parfois sincère au départ, qui finit par être plus écouté que la Voix Intérieure de Chacun·e.

La Spiritualité Ostentatoire, sous forme d’emprise, peut enfermer sous prétexte d’élever. Elle peut rassurer tout en déresponsabilisant. Elle peut promettre la Lumière en demandant l’abandon du Discernement.

Pourtant, il serait injuste de la rejeter en bloc. Car le Silence Absolu n’est pas toujours Sagesse. L’invisible n’est pas toujours plus pur que le visible. Certains ont besoin de formes pour entrer dans l’informe. De rites pour toucher l’indicible. De mots pour s’approcher du mystère.

La question n’est donc pas :
« Faut-il montrer sa Spiritualité ? »
Mais plutôt :
« Au service de quoi est-elle montrée ? »

Est-elle un pont ou un mur ? Invite-t-elle à l’autonomie intérieure ou crée-t-elle une dépendance ? Éveille-t-elle la Conscience ou flatte-t-elle l’Identité Spirituelle ?

Une Spiritualité Vivante reste poreuse, translucide. Elle ne se crispe pas. Elle accepte le doute comme compagnon de route. Elle n’a pas besoin de convaincre car elle sait que chaque Être marche à son propre rythme.

La Spiritualité la plus profonde n’est souvent pas celle qui brille le plus. Elle se reconnaît à la douceur qu’elle laisse derrière elle. À la capacité d’écoute. À l’humilité tranquille de celle ou celui qui est simplement en Chemin.

Lorsque la Spiritualité Ostentatoire se souvient qu’elle n’est qu’un doigt pointant la lune et non la lune, elle-même,
elle redevient Juste. Elle devient langage provisoire, outil de passage et non identité figée.

Alors, montrer n’est pas imposer. Parler n’est pas dominer. Partager n’est pas diviser. Rassembler n’est plus enfermer.

Et la Spiritualité, qu’elle soit visible ou discrète, retrouve son sens le plus simple et le plus exigeant : « Aider à devenir un peu plus Conscient, un peu plus Libre et autant Humain que Divin« .


(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Jana Dugal & Mike Rowland – 2000 – Symphony Of Light)

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