L’Arbre des Possibles
Après avoir écrit « L’Arbre aux Promesses Brisées », je reviens avec un autre Arbre. C’est « L’Arbre des Possibles ». Tout ce qui va suivre est parti d’une phrase, d’une citation de Raymond Queneau 1️⃣ : « Il y a deux sortes d’Arbres : les hêtres et les non-hêtres ». Quand je l’ai lue, elle m’a fait sourire. J’apprécie ce type d’humour un peu absurde jouant sur l’homophonie.
J’ai déjà souvent parlé des Arbres, écrit sur les Arbres. Je rappelle, si besoin est, que le nom que s’est donné ma Conscience Supérieure est « Shichea » qui signifie « Grand Arbre dans la Forêt » 2️⃣. Ainsi, Je Suis un Arbre en devenir dans une Forêt en Devenir.
Chaque pensée, que je sème, est une graine. Chaque rêve, que je vis, est un bourgeon frissonnant sous le vent de l’invisible. Il y a, en moi, des racines qui plongent dans l’insondable de la Terre, des branches qui s’élancent vers l’infini du Ciel, des feuilles qui frémissent sur la chaleur de l’été. Certains Arbres grandissent, d’autres dépérissent dans l’ombre des regrets. Pourtant, quel que soit son état, quel que soit sa Vie, la sève monte à chaque renouveau.
Dans l’histoire de l’Humanité, planter un Arbre a toujours été un acte hautement symbolique. Un acte chargé tout autant de sens personnel, culturel, sociétal que philosophique voire spirituel. Chaque civilisation, chaque époque a donné, à cet acte, une signification particulière. Cependant, à mon sens, toutes convergent vers une même idée. L’Arbre est un pont entre la Terre et le Ciel, un témoin du temps, un gardien de la mémoire, un messager d’espoir.
C’est une manière de dire au temps qui passe : « J’étais Ici. J’ai lutté. J’ai espéré. J’ai Aimé ». L’Arbre est mémoire. L’Arbre est promesse. J’ai planté des Arbres chez moi. Deux ont été plantés à la venue de mes enfants. C’était comme une offrande à leur naissance, à leur arrivée dans ce monde. Quelque part, je confiais à leurs racines, la mission de croître en même temps que l’Âme nouvelle. L’un et l’autre grandissaient ensemble, se fortifiaient au rythme des saisons. Quand l’enfant apprenait à marcher, l’Arbre s’élevait dans le ciel. Quand il trébuchait, le tronc portait en silence la trace des tempêtes.
Moi aussi, je suis né avec un Arbre, même si nul ne l’a planté. Il vit en moi, palpite sous ma peau comme un ancien secret. Il est fait de mes premiers émerveillements, de mes premières peurs. Il est cet Arbre du commencement, celui qui porte en lui l’Essence même de mon Être.
Pourtant, un jour, vient le temps de briser les racines qui entravent. Je dois choisir un Arbre à moi, un Arbre libre, un Arbre qui ne doit sa croissance qu’à mon propre élan. J’ai vu des hommes, des femmes s’accrocher à des forêts mortes, refuser d’abandonner l’ombre rassurante d’Arbres flétris. Chacun·e sait que la vie est un vent impérieux, impétueux qui souffle sur les branches. Il est nécessaire d’oser planter ailleurs, ailleurs que dans le sol qui m’a été désigné à ma naissance.
Alors, j’ai choisi de planter l’Arbre de mon indépendance dans un sol inconnu. Ses racines se nourrissent autant de mes doutes que de mon audace. Ses branches sont sculptées par mes choix. Chaque matin, je le contemple. Il me rappelle que la liberté est une croissance, un lent tissage entre ce que je reçois et ce que je deviens, ce que Je Suis.
Je n’ai rien inventé, les anciens savaient. Ils gravaient des noms sur l’écorce des chênes. Ils racontaient l’histoire des hommes, des femmes sous l’ombre bienveillante des oliviers. L’Arbre était le gardien des souvenirs, le dispensaire des Cœurs blessés, le dépositaire des Âmes.
En même temps, moi aussi, j’ai un Arbre de mémoire. Il pousse à l’intérieur de moi. Il est fait des voix disparues, des visages oubliés, des échos de celles et ceux qui ont marché avant moi. Quand le vent se lève, j’entends dans le bruissement de ses feuilles les récits du passé, les messages d’un futur potentiel. Pourtant, la mémoire n’est pas un sanctuaire figé. Il est nécessaire de l’entretenir, de l’aérer, de laisser la lumière se faufiler entre ses branches. Car un Arbre qui est enfermé meurt lentement. Je veux que mon Arbre de mémoire soit vivant, qu’il porte les fruits de mon savoir, qu’il nourrisse l’instant présent sans jamais se faner sous le poids du passé.
Et puis, au fur et à mesure de mon Existence, j’ai planté mon Arbre de la Liberté. Celui qui ne connaît ni clôtures, ni barrières, ni chaînes. Il est celui qui pousse ici où personne ne l’attend. Il est celui dont les racines traversent le temps sans jamais s’attarder. Je sais que je deviendrai cet Arbre. Un Arbre dont les branches ne cessent de s’élever. Un Arbre dont la cime touche les étoiles. Un Arbre qui danse avec le vent sans jamais courber l’échine.
Certain·e·s l’ont planté au nom de la révolte. Moi, je l’ai planté au nom de l’AMOUR. Chaque feuille, chaque bourgeon porte en lui le frisson du possible. J’ai planté, mon Arbre de Liberté, dans le sol sacré de mon imaginaire. En même temps, bien plus que le fait de planter mon Arbre, j’ai choisi de le cultiver, de l’entretenir. L’homme oublie parfois qu’un Arbre ne pousse pas seul. Il a besoin d’eau, de lumière, d’un sol qui respire.
De même, mes pensées, mes rêves, mon Esprit, ont besoin de soin. J’apprends à les arroser de silence, à les baigner de Lumière Intérieure. L’imaginaire est une forêt qui s’entretient. Sans lui, je me dessècherai. Sans lui, je perdrai cette étincelle qui fait de moi un Être Vivant et non une simple ombre errante.
Alors, chaque jour, je plante. Une idée, une vision, une prière muette. J’ancre dans l’invisible les racines d’un monde à venir.
Planter un Arbre, c’est poser un acte de Foi en l’A-Venir. C’est inscrire une trace qui dépasse ma propre Existence. C’est affirmer que quelque chose de vivant survivra. C’est un geste qui parle à la fois du passé, du présent, du futur.
Et Toi, quel Arbre plantes-tu aujourd’hui ?
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD (20250314-1))
(Illustration : Flux (Pro) suivant mes directives)
(Musique lors de l’écriture : Gabriel Albuquerque – 2022 – Universe)
1️⃣ : Raymond Queneau est un romancier, poète, dramaturge français, cofondateur du groupe littéraire Oulipo, né le 21 février 1903 au Havre et mort le 25 octobre 1976 à Paris 13ᵉ (merci WikiPedia) ;
2️⃣ : voir le texte » Créateurs – Créatrices ».

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