L’Art Subtil du Non-Verbal

Le titre me semble un peu pompeux et, en même temps, j’assume.

Quand j’écris, avec l’aide d’un traitement de texte, je suis face à mon écran d’ordinateur portable. Au-delà d’utiliser ces moyens, ces outils pour l’écriture, il y a quelque chose de plus. Je suis comme dans une bulle.

J’écoute de la musique, avec ou sans paroles, en musique de fond. Je crée, quelque part, une atmosphère, une intention, quelque chose d’indicible 1️⃣ qui dépasse les mots. Je n’observe pas mes gestes, mes doigts qui tapotent le clavier, je ne prends pas conscience du positionnement de mes pieds, de mes jambes, de mes bras, de mes mains, de ma tête, en fait, de ma posture, de ma stature, de mon corps tout entier (sauf en ce moment). Parfois, je m’arrête d’écrire pour faire une recherche, pour faire une pause, pour faire autre chose. Il n’y a pas, chez moi, la recherche d’une sorte d’esthétique épurée, d’une sorte de mise en scène lors de l’écriture. Je laisse venir ce qui vient.

Me revient en mémoire un témoignage de mon Frère Léon lors d’un échange avec Judicaël. Même si c’est sorti du contexte de l’échange, Judicaël dit « À chaque instant, ce que tu dis, ce que tu fais, ce que tu ne dis pas et ne fais pas est juste ». Ainsi, je peux dire que « À chaque instant, ce que je dis, ce que j’écris, ce que j’entends, ce que je ressens, ce que je ne dis pas, ce que je n’écris pas, ce que je n’entends pas, ce que je ne ressens pas est juste. Tout est Parfait ».

Ainsi, je sais que mon corps a son propre langage qui est celui du « non-verbal ». Mon corps me parle et parle aux autres. J’ai suivi, il y a quelque temps, une formation avancée sur l’assertivité. Cette formation était très intéressante et m’a aidé dans différentes situations.

L’assertivité est cette capacité à exprimer ses pensées, sentiments, besoins de manière claire, directe, respectueuse, sans agressivité ni passivité. Dans le langage verbal, celui qui était le plus « appuyé » lors de la formation, elle se manifeste par des mots choisis avec soin, des phrases affirmatives, un ton de voix calme, posé sans être trop dans la fermeté. Elle recourt à l’utilisation de « Je » 2️⃣ pour prendre la responsabilité de ce qui est dit, de ce qui est exprimé, de ce qui est ressenti. Ces « formulations » évitent les reproches, les accusations, les jugements. Par exemple, « Je ressens », « Je préfère », « J’apprécie » aussi « J’accepte » et « Je sais », « Je reconnais ».

Comme le sujet du présent texte est le « non-verbal », le « non-dit », l’assertivité se traduit par une posture ouverte, détendue avec un contact visuel régulier. Quand je parle avec des personnes, je regarde souvent les yeux. Je sais que certain.e.s peuvent voir comme une sorte de porte d’entrée dans l’Âme des personnes. Pour moi, c’est simplement avoir un contact pour « indiquer » que je suis attentif à ce qui est dit. L’assertivité propose des gestes appuyant l’échange sans exagération. L’expression faciale, les « mimiques » sont posées aussi sans exagération.

Ensemble, ces éléments, verbaux et non-verbaux, communiquent un message de confiance en soi, de respect mutuel favorisant des interactions équilibrées, constructives, collaboratives.

Parfois, lors d’échanges, généralement avec des collègues, je regarde ma posture et leur posture. Je constate qu’il y a souvent une synchronicité dans les gestes. Ainsi, si je suis les bras croisés, je constate que l’autre croise les bras. Alors, dans ce moment-là, je joue à un « jeu ». Ceci peut paraître étrange comme « jeu » et, en même temps, il en dit long sur la relation, l’échange en cours. Ainsi, au lieu de rester les bras croisés, je change de posture et je constate que l’autre mime ma nouvelle posture.

J’ai récemment vu une vidéo explicitant une posture « spécifique » utilisée par les cadres de chez Apple et, en même temps, je suppose que beaucoup d’orateurs ont recours à cette posture. Cette posture est de se tenir debout, les pieds écartés à la largeur des épaules, les genoux légèrement fléchis. Le torse est penché un peu vers l’avant. Puis les orteils sont à placer vers l’extérieur, un peu comme des pieds légèrement en canard. Si, en plus, il y a une inclinaison vers l’avant, ceci donne l’impression d’être très impliqué. Cette position « globale » donne, a priori, de l’assurance suivant l’avis de certains chercheurs.

Ainsi suivant ces chercheurs, certaines positions comme cette posture ouverte à la Apple voire même la position assise, mains derrière la tête, pieds sur le bureau (qui fait encore çà en présence de ces collègues ?) réduiraient le niveau de cortisol (hormone associée au stress) et augmenteraient le niveau de testostérone. Oui mais ! Oui mais, on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres, aux statistiques en fonction du résultat que l’on souhaite atteindre. Je ne dis pas que toutes les statistiques sont « fausses », simplement qu’elles sont manipulables pour arriver à un but recherché.

Selon Connson Locke, professeure de gestion à la London School of Economics, la recherche a établi que certains signes non verbaux peuvent renforcer l’image de leader, le charisme des orateurs. Par exemple, établir un contact visuel, se tenir droit, occuper l’espace par la gestuelle, le mouvement, au lieu de se faire petit comme dans un enclos. J’ajoute également que les prédicateurs, les gourous sont des adeptes de la manipulation verbale et non-verbale par excellence.

Voici pour l’introduction, un peu longue, je le reconnais, du présent texte. Ainsi, dans ce non-verbal, dans ce silence rempli de sens, chaque mouvement, chaque choix visuel, chaque son, chaque absence de mots, porte un message. Ce n’est pas uniquement une stratégie de communication comme les grands orateurs le fond, c’est autant une philosophie qu’une manière d’être.

Le minimalisme devient une forme de contemplation, une invitation à ressentir au lieu de comprendre. Et moi, spectateur, je ne suis plus un simple consommateur. Je suis un protagoniste de cette expérience, investi d’une acceptation qui m’appartient en propre.

Le non-verbal s’adresse à moi sans m’imposer un cadre rigide. Il me laisse la liberté autant de m’y intéresser que de l’interpréter. La lumière qui effleure un produit, le rythme presque musical des présentations, les regards échangés entre les intervenants, tout ceci me parle dans une langue qui transcende les mots, une langue que je porte en moi depuis toujours.

Parfois, je me surprends à réfléchir au pourquoi suis-je réceptif à certains signaux ? Peut-être parce qu’ils sollicitent ce qu’il y a de plus fondamental en moi comme mes émotions, mon humanité. Ils éveillent un écho de quelque chose d’ancien, presque primal. Je sais qu’avant le langage, il y avait, comme interprétation, les gestes, les expressions, les silences bien avant de maîtriser les mots 3️⃣. Dans ce retour à l’essentiel, je me sens ancré, connecté à quelque chose de plus grand.

Pourtant, cette simplicité apparente cache une immense sophistication. Chaque détail est pensé, calibré pour produire un effet précis. Ce n’est pas un hasard si je ressens de la curiosité, de l’émerveillement voire une forme de « désir ». Le non-verbal, ici, agit comme un miroir. Il reflète mes aspirations, mes peurs, mes doutes, mes espoirs, mes rêves.

Ainsi, précédemment, j’ai utilisé le terme « manipulable ». Ce langage non-verbal, lorsqu’il est recherché, quelque part imposé, me questionne. Jusqu’où va l’influence de ce qui n’est pas dit ? Je remarque que dans le silence bienveillant d’une présentation, un espace se crée. Cet espace, c’est celui de l’imagination. Ce qui n’est pas explicitement formulé devient une toile blanche où je projette mes propres significations. C’est à la fois une forme de liberté et, en même temps, un risque.

Dans cette liberté d’interprétation, en même temps que je sens une puissance, je ressens aussi une subtilité. En me laissant combler les vides, ce langage oriente ma pensée sans que je m’en aperçoive. Par exemple, une image simple, épurée me parle de perfection, de pureté. Une pause avant une annonce crée une attente presque palpable, amplifiant mon émotion. Une musique douce, mélodieuse m’apaise et peut me rendre « docile ». Une odeur peut me rappeler une ambiance d’antan. Est-ce une manipulation ? Peut-être. Parfois oui, parfois non. Cependant, si je suis attentif 4️⃣, n’est-ce pas aussi une opportunité d’explorer ma propre capacité à ressentir ?

Je suis conscient que ce langage non-verbal peut être utilisé pour influencer, pour modeler mes perceptions sans que je m’en rende compte. Mais n’est-ce pas le cas de tous les langages qu’ils soient verbaux ou non ? Toute communication est une interaction entre celle/celui qui exprime et celle/celui qui reçoit. Cette interaction n’est jamais neutre. Je le sais d’autant plus avec mes textes dans ce que certain.e.s témoignent alors que je n’avais pas perçu, à l’écriture, la portée de mes publications.

Cependant, ce qui me « fascine » dans l’approche non-verbale, c’est son ambivalence. Elle peut être aussi bien une manipulation subtile qu’une révélation. Elle me montre ce que je porte déjà en moi. Lorsque je vois une lumière douce caresser la courbe d’un objet, je ne me contente pas de percevoir sa beauté. Je me souviens des lumières de l’aube, des ombres dansantes au crépuscule. Je connecte « l’objet » à mes expériences personnelles et, dans cet instant, il prend un sens plus profond.

Je me demande alors quelle est la responsabilité de celles et ceux qui maîtrisent ce langage ? Lorsqu’ils exploitent le non-verbal pour créer des émotions, des désirs, des récits silencieux, ont-ils conscience de l’impact qu’ils ont sur moi ? Cette technique peut-elle être utilisée à des fins plus nobles que la simple séduction comportementale voire commerciale ?

Le non-verbal pourrait devenir un outil puissant pour éduquer, pour éveiller des consciences. Il pourrait m’aider à mieux comprendre le monde, à me connecter à mes semblables, à percevoir la beauté dans les choses simples. Cependant s’il est utilisé sans éthique, il risque de me réduire à un simple réceptacle d’émotions programmées, une cible passive d’influences invisibles.

J’ai lu récemment une phrase de Ludwig Wittgenstein 5️⃣ : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». Je sais le sens de cette phrase car, comme je l’ai déjà écrit souvent, les mots sont limitatifs. Je sais que les expériences que je vis, que je relate sont « intraduisibles » par le langage car celui-ci est utilisé de manière spécifique. J’ai utilisé le terme « intraduisible » simplement pour exprimer que mes expériences me sont propres et aussi qu’elles sont relatives à un contexte, une époque, une culture, un moment, en fait, simplement à ma Vie dans sa globalité.

Ainsi, le non-verbal ne se tait pas. Il parle autrement. Il invite à une forme de dialogue intérieur, à une réflexion sur ce que je perçois, ce que je ressens. Ceci « exige » de moi une vigilance, une lucidité. Suis-je le créateur de mes interprétations ou simplement un spectateur manipulé ?

Le non-verbal n’est pas seulement une technique de communication. C’est une manière d’être au monde, une « esthétique » de la présence. En réduisant le superflu, il met en lumière l’essentiel. En me parlant sans mots, il m’invite à écouter autrement, à être plus attentif à ce qui m’entoure.

Je réalise que ce langage peut m’inspirer dans ma propre vie. Comment puis-je, moi aussi, communiquer de manière plus authentique, plus profonde ? Comment puis-je créer des espaces où le silence devient signifiant, où les gestes portent plus que des mots ? Ceci m’incite à repenser la manière dont je m’exprime, dont j’interagis avec les autres.

Ce que je retiens, c’est que le non-verbal est un langage universel, un langage de l’intime. Il me touche à un niveau qui dépasse les cultures, les langues, les frontières. Il me rappelle que je ne suis pas seul, que je partage avec chaque être humain une capacité à percevoir, à ressentir, à interpréter. Dans cette reconnaissance, je trouve une forme de réconfort, un sentiment d’appartenance.

En fin de compte, ce que le non-verbal me montre, c’est moi-même. Dans le silence des mots, je découvre une richesse insoupçonnée. C’est celle de mes propres émotions, de mes propres pensées. Et c’est peut-être ceci, le véritable pouvoir de ce langage. Il ne me dit pas quoi penser. Il me rappelle simplement que je pense, que je ressens, que je suis Vivant.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD (20250108-1))
(Illustration : Microsoft Designer suivant mes directives)
(Musique lors de l’écriture : The Gardening Club – 2024 – Another Country)

1️⃣ :  « Le silence triomphe lorsque les mots échouent à nommer l’indicible » (Dan Duchateau) ;

2️⃣ :  Dans le texte « La Chute des Cités Perdues et la Quête Spirituelle dans un Monde Égaré », j’écrivais : « Comme vous l’avez sûrement constaté, j’écris de plus en plus souvent en utilisant le ‘Je’. En utilisant le ‘Je’, Âmis Lecteurs, Âmies Lectrices, vous pouvez vous approprier le texte sans faire la translation du ‘Nous’, ‘Vous’ en ‘Je’. Cela peut sembler surprenant, bizarre, déroutant au départ et, en même temps, le ‘Je’ qui j’écris est celui que votre Âme va accepter. Peut-être que votre ego va avoir un peu de mal à accepter ce ‘mode’ d’écriture. Je suis convaincu qu’il s’adaptera à ce ‘Je’. Même si je connaissais la ‘technique’ quand je souhaite exprimer quelque chose à quelqu’un, notamment mes émotions, je n’avais pas perçu sa ‘puissance’ dans l’écriture de textes. C’est en (re)lisant ‘Le Pouvoir des Mots … qui me libèrent !’ de Jacques Martel que j’ai commencé à écrire des textes en ‘Je’ même si je l’avais déjà fait dans des textes antérieurs à cette (re)découverte » ;

3️⃣ :  voir le film « La Guerre du feu ». C’est un film d’aventures préhistorique et imaginaire franco-canadien réalisé par Jean-Jacques Annaud, sorti en 1981. C’est une adaptation du roman éponyme publié en 1909 par J.-H. Rosny aîné (merci Wikipedia) ;

4️⃣ :  voir le texte « Attention ! Attention ! Vous avez dit Attention ! » ;

5️⃣ :  Ludwig Josef Johann Wittgenstein, né à Vienne en Autriche le 26 avril 1889 et mort à Cambridge au Royaume-Uni le 29 avril 1951, est un philosophe, mathématicien, ingénieur, pédagogue et architecte de nationalité autrichienne, puis, à partir de 1939, britannique, ayant exploré de manière décisive certains domaines fondamentaux de la connaissance tels que la logique, les fondements des mathématiques et la philosophie du langage (merci Wikepedia).

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