L’Art Sacré de Ne Pas Savoir

Je ne pensais pas que j’allais écrire un nouveau texte en commençant par l’Art Sacré. Décidément, cette notion d’Art Sacré s’invite, de plus en plus, dans ma Vie. Pourtant, quand j’écris « Art Sacré », ceci me semble souvent un peu pompeux, un peu pédant voire un peu prétentieux. « Vous savez, moi, je fais dans l’Art Sacré » (je vous laisse deviner avec quelle voix j’ai prononcé cette phrase). Bon, avant d’aller plus loin dans le présent texte, que représente, pour moi, cet Art Sacré.

Je pourrais résumer ceci en : « L’Art Sacré est l’art de rendre la Présence visible à travers la manière d’Être, de Créer et de Traverser l’Existence ». Est-ce que ceci fait avancer le Schmilblick 1️⃣ ? Je vais un peu plus loin.

Pour moi, chacun·e fait de l’Art Sacré sans nécessairement le savoir. Ceci me fait penser à Monsieur Jourdain dans la pièce « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière : « Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : ‘Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour’ ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment ».

Revenons à nos moutons 2️⃣, si je puis m’exprimer ainsi. L’Art Sacré représente la manière de Vivre, de Créer et d’Agir avec une Qualité de Présence qui révèle le Sens profond des choses ordinaires. Ceci n’a rien à voir avec une pratique religieuse. C’est plus une Attitude Intérieure. Celle qui transforme un geste, une parole, un silence, une œuvre, en Espace de Conscience, de Beauté, de Bonté, de Bienveillance et de Vérité.

Ainsi, l’Art Sacré ne cherche pas à impressionner. Il cherche à aligner l’Intention, l’Attention et l’Action. Il naît lorsque j’agis avec Humilité, Authenticité, lorsque j’Écoute profondément, lorsque je Crée sans me couper de ce qui est Vivant en Moi et autour de Moi. Comme dirait mon Frère Léon : « Wow ».

Je sais que beaucoup de personnes aimeraient recevoir une carte du futur, une sorte de phare déjà allumé qui indiquerait les récifs à éviter et les ports où accoster. Certain·e·s croient que l’incertitude est le véritable problème alors ils/elles cherchent des signes, des réponses, des garanties. Pourtant, la Vie fonctionne en dépassant la simple prévision. La Vie ne cherche pas à informer. Elle cherche à transformer. Pas transformer en quelque chose d’autre, en quelqu’un d’autre, simplement, à Être Soi.

J’imagine un potier devant une motte d’argile. Si l’argile pouvait parler, elle demanderait, peut-être, à connaître à l’avance la forme qu’elle deviendra. Elle pourrait se dire : « Serai-je un vase, une coupe, une assiette, un bol ou bien un simple objet abstrait ? ». Elle pourrait répondre : « J’aimerais tant être une coupe pour accueillir sans jamais retenir ». C’est le point de vue de l’argile. L’Art Sacré du potier ne se trouve pas dans une explication donnée avant le façonnage. Il se révèle à travers la pression des mains, les passages sur le tour, l’eau utilisée, les ajustements, parfois même les à-coups sur le plateau d’entraînement. Ainsi, ce n’est qu’en traversant le processus que l’argile découvre ce qu’elle porte en elle.

Je peux dire que je ressemble, parfois, à cette argile. J’ai voulu et, de temps en temps, je veux encore savoir si mes « efforts » portent leurs fruits, si mes choix sont les « bons » même si je fais toujours les choix justes, si mes « échecs » auraient pu être évités. Je sais que certaines compréhensions ne peuvent naître qu’au contact directe de l’Expérience. Comme une graine qui ne peut apprendre ce qu’est la Lumière en restant conservée dans le sachet où elle est. Pour connaître le soleil, elle doit accepter l’obscurité de la terre, la pression du sol, l’incertitude de la germination. Ce qui semblait être un obstacle devient alors le passage même vers son accomplissement.

Il y a encore quelques années, je me disais que mes réussites étaient présentes parce que j’ai beaucoup travaillé. Je les attribuais, naturellement, au résultat de mes efforts. Si je ne comprenais pas, je me disais, parfois, que c’était de la chance, un coup de bol, le destin et même la synchronicité. Pourtant, lorsque que j’échouais, il y avait toujours, parfois, sans en prendre Conscience, une autre porte qui s’ouvrait. Ceci n’effaçait pas « l’échec ». L’échec interrompt les certitudes, ralentit les automatismes. D’une certaine façon, il oblige à regarder plus profondément. Il devient, parfois, un miroir que la réussite n’aurait jamais placé devant Moi.

La Conscience grandit, se déploie, s’épanouit, souvent de cette manière. Non comme un livre dont je tournerai les pages à l’avance, plutôt comme une fresque qui n’apparaît que lorsque je recule après avoir posé des milliers de petites touches de couleur. Chaque événement, même incompris, même non accepté sur le moment, participe à une image plus vaste. Ce qui semblait être une « erreur » peut devenir un trait essentiel du dessin final.

J’ai passé une grande partie de mon Existence à croire que la sécurité naîtra de la certitude. Pourtant, l’Âme connaît une autre Vérité. Le marin n’apprend pas la mer en étudiant uniquement des cartes. Il apprend aussi grâce aux courants imprévus, aux vents changeants, aux nuits où les étoiles disparaissent derrière les nuages. Ce n’est pas malgré l’incertitude qu’il devient navigateur, c’est à travers elle.

Ainsi, ce que j’ai appelé, précédemment, « coup de bol » contient peut-être deux dimensions. Une parce qu’une part du mystère échappe toujours aux calculs aussi savants soient-ils. L’autre parce que rien de ce qui m’arrive n’est totalement stérile lorsque j’accepte d’en recevoir l’enseignement. Le « hasard » apparent devient alors semblable à une fenêtre qui s’ouvre soudain dans un mur que je croyais infranchissable.

L’inconnu n’est donc pas seulement l’absence d’une réponse. Il est un atelier invisible où la vie façonne silencieusement mon regard. Il est ce qui inquiète l’esprit qui veut maîtriser et aussi ce qui nourrit l’Être cherchant à grandir. L’Être ne poursuit pas la connaissance. Il poursuit la « maturation » 3️⃣. Il ne demande pas : « Que va-t-il arriver ? ». Il murmure : « Que suis-je en train de devenir à travers ce qui arrive ? ».

Et peut-être qu’au terme du Chemin, le plus grand cadeau n’est pas de connaître l’avenir avant qu’il se présente. C’est d’avoir été transformé par le Voyage qui m’y a conduit.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Michel Pepe – 2020 – Lumière des anges)

1️⃣ : Le Schmilblick est un objet imaginaire créé par l’humoriste Pierre Dac dans les années 1950. Selon son concepteur, cet objet ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout car il est « rigoureusement intégral » (Merci Wikipedia) ;

2️⃣ : voir « https://www.francaisavecpierre.com/revenons-a-nos-moutons/ » pour l’origine de l’expression ;

3️⃣ : Judicaël donnait la signification de l’acronyme AMOUR : « Acceptation Maturée de l’Oeuvre de UR ».

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