L’Art d’Être dans l’Émerveillement
(sous-titre : Néoténie Spirituelle)

Avec le titre du présent texte, je me suis dit qu’il y avait une continuité d’écriture par rapport aux textes : « L’Art de Ne Pas Se Perdre dans la Foule » et « L’Art Sacré d’être Pleinement Présent ». D’une certaine façon, le chemin c’est de se retrouver, suivi d’être pleinement présent à Soi, suivi d’être dans l’Émerveillement.

En même temps, j’ai utilisé un sous-titre. Ce mot qui m’était inconnu comme beaucoup d’autres. Ainsi, quand ceci se présente, je passe par l’étymologie et une définition.

Le terme « néoténie » a été proposé par le biologiste Julius Kollmann dans plusieurs écrits en 1883. Le mot, juxtaposition du préfixe neos, « jeune », et de teinô, « je prolonge », signifie étymologiquement « maintien de la jeunesse ».

En biologie du développement, la néoténie décrit la conservation de caractéristiques juvéniles chez les adultes d’une espèce ou, pour un organisme encore au stade larvaire, le fait d’atteindre néanmoins la maturité sexuelle. Ces phénomènes sont plutôt observés chez des amphibiens et des insectes, pour lesquels on parle de pédogenèse.

Ce concept de néoténie a été appliqué à l’humain dans les années 1930 par Louis Bolk, un anatomiste hollandais, puis, plus récemment, par le fameux biologiste et anthropologue américain Stephen Jay Gould 1️⃣.

Bon, la biologie et moi, ça fait deux. Pour ma part, ce mot désigne le fait de conserver certaines caractéristiques de la jeunesse à l’âge adulte. Pour ma part, cette « particularité » ne se limite pas qu’au corps, qu’à l’enveloppe. Elle se manifeste, aussi, dans l’extraordinaire capacité de l’Être HUmain à apprendre, à s’adapter, à créer, à explorer, à expérimenter tout au long de la Vie.

Je (re)fais mon petit laïus habituel. Ce groupe parle de Spiritualité. Ainsi, la néoténie peut également être comprise comme une métaphore spirituelle. Et comme je l’ai écrit en titre du présent texte, c’est « L’Art d’Être dans l’Émerveillement ». Au départ, j’avais choisi « L’Art de ne pas perdre l’Émerveillement » puis « L’Art de rester dans l’Émerveillement ».

Le mot commun à tous ces titres est l’Émerveillement. Et qui dit Émerveillement, pense souvent à l’enfance. D’où la néoténie, cette capacité à Être dans l’Émerveillement. J’ai déjà souvent cité Judicaël qui disait : « Redevenez des Enfants ! ».

L’enfant ne regarde pas le monde comme un ensemble de choses déjà connues. Chaque rayon de soleil qui illumine une pièce, chaque feuille qui tombe, chaque reflet dans une flaque d’eau, chaque nuage qui traverse le ciel semble issu d’un mystère. L’émerveillement est son état naturel. Puis, peu à peu, en grandissant, l’habitude recouvre le réel comme une fine poussière. Ce qui était miracle devient banal. Ce qui était découverte devient routine. Ce qui était présence devient distraction.

En me référant à la néoténie, j’apporte un autre niveau, une autre perspective qui est la Néoténie Spirituelle. C’est la préservation de la faculté de rencontrer la Vie comme si elle n’était jamais complètement connue. Oh, je sais que les « puristes » pourraient me dire que la Vie n’est jamais complètement connue à l’avance et qu’il n’y a rien d’extraordinaire à cela.

Pourtant, l’Être HUmain ressemble, parfois, à un explorateur qui, après avoir dessiné quelques cartes, finit par croire que le monde entier est répertorié. Il y a un aphorisme célèbre publié par Alfred Korzybski : « La carte n’est pas le territoire ». En faisant mes recherches, l’aphorisme complet est : « Une carte n’est pas le territoire qu’elle représente, mais, si elle est juste, possède une structure similaire à ce territoire, ce qui justifie son utilité » 2️⃣.

Dans l’accueil des émotions, cet aphorisme dans sa version réduite à « La carte n’est pas le territoire » est souvent utilisé d’où son utilité. Tout comme la carte n’est pas le territoire, le mot n’est pas la chose et, en même temps, sans les mots la communication serait bien difficile.

Ainsi, la réalité demeure infiniment plus vaste que les descriptions. Derrière chaque certitude peut encore se cacher un autre horizon. L’émerveillement n’est pas l’ignorance. Il ne naît pas de l’absence de connaissances. Il apparaît lorsque le savoir cesse de fermer le regard. Le Sage ne s’émerveille pas moins que l’enfant. Il s’émerveille autrement. Là où l’enfant découvre pour la première fois, le Sage redécouvre sans cesse.

C’est comme un musicien qui a joué mille fois la même mélodie et qui, pourtant, continue d’entendre dans chaque interprétation une nuance nouvelle. Il demeure disponible à la surprise de son Art.

Cependant, beaucoup d’adultes finissent par remplacer les vitres transparentes de l’enfance par les murs épais des habitudes, des conventions voire, même, des traditions. Ils ne regardent plus le monde. Ils regardent leurs idées sur le monde. La Lumière est toujours présente et, en même temps, elle ne trouve plus d’ouverture pour entrer. Être dans l’Émerveillement, c’est continuer à ouvrir les volets de la Conscience, chaque matin, même s’ils « grincent » un peu.

Dans les relations avec les autres, l’Émerveillement est un rôle essentiel. Qui peut dire qu’il connaît celles et ceux qui l’entourent. Chaque Être est un univers en transformation. Lorsque le regard se fige, les personnes deviennent des personnages, des rôles. Lorsque le regard demeure vivant, elles redeviennent des mystères. Aimer, c’est peut-être conserver assez d’Émerveillement pour continuer à découvrir l’Autre au lieu de le réduire à ce que l’on croit savoir de lui.

L’habitude plante des clôtures. L’Émerveillement ouvre des sentiers. Chaque fois que j’observe un coucher de soleil sans chercher à le photographier, chaque fois que j’écoute réellement quelqu’un, chaque fois que je contemple un arbre, un caillou, une étoile, un simple instant de silence avec une attention neuve, quelque chose de mon enfance refleurit.

Préserver une qualité de regard, grandir sans devenir fermé, acquérir de l’expérience sans perdre la capacité d’être touché, gagner en profondeur sans renoncer à une certaine candeur, c’est aussi tout ceci l’Émerveillement.

La véritable Maturité n’est pas l’accumulation des réponses. Elle est la conservation de cette part de Moi qui demeure capable de s’étonner. L’Émerveillement est à l’Esprit ce que la Source est à la rivière. C’est ce qui permet de rester Vivant même après un long voyage.

La plus belle forme de jeunesse n’est pas celle du corps. C’est celle d’un regard continuant de rencontrer le Monde comme une révélation toujours recommencée.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Rone – 2026 – Megaptera (Original Soundtrack from the Movie the Musician and the Whale))

1️⃣ : source « https://shs.cairn.info/le-ftus-bebe-au-regard-de-la-psychanalyse–9782130800873-page-277?lang=fr » ;

2️⃣ : source « https://fr.wiktionary.org/wiki/la_carte_n%E2%80%99est_pas_le_territoire ».

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