Ce qui demeure Vivant !
Quand je rencontre quelqu’un, que je le connaisse ou non, je demande souvent : « Vous allez bien ? ». Beaucoup me répondent avec des réponses « toutes faites », des mots basiques, presqu’ordinaires, comme « ça va », « on fait aller », « il y a des jours avec et des jours sans », « pas trop mal », « comme un lundi », « ça pourrait être pire », « toujours debout ».
En fonction de l’intonation dans la réponse du « çà va », parfois je creuse un peu en disant : « Oh ! C’est un petit ‘çà va’ ». Alors, parfois, les personnes parlent un peu plus, rares sont celles qui se ferment comme une huître.
Et si je me posais la question à moi-même ou si quelqu’un me posait la question, qu’est-ce que je répondrai ? Généralement, je réponds : « Je vais bien ». Et dans ma tête, je reprends la citation attribuée à Sénèque : « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ».
En même temps, tout ceci est plus subtil qu’une « simple » réponse. Avec l’âge, j’ai cessé, peu à peu, d’habiter un corps triomphant. Un corps comme celui de mon adolescence ou de ma jeune vie d’adulte. Avec l’âge, mon corps devient davantage une maison ancienne qu’un palais neuf. Certaines marches grincent. Certaines fenêtres ferment moins bien. Le toit laisse parfois passer un peu de pluie. Pourtant, je continue d’y Vivre. J’y apprends même une autre forme de Présence.
Vieillir, ce n’est pas seulement perdre des forces. C’est découvrir que la Vie ne repose pas uniquement dans la puissance. Longtemps, j’ai cru que Vivre signifiait courir, bâtir, acquérir, conquérir, prouver. Puis vient un temps où l’Existence ressemble davantage à un jardin en fin d’été. Les fleurs y sont moins éclatantes qu’au printemps, et, en même temps, les parfums y deviennent plus profonds. La Lumière elle-même change. Elle ne cherche plus à éblouir. Elle cherche à révéler.
Certains matins, mon corps me rappelle discrètement le poids des années. Le temps inscrit sa calligraphie dans les articulations, dans la fatigue plus rapide, dans les silences plus fréquents. Pourtant, il y a une étrange Paix à ne plus exiger de soi l’utopie d’une éternelle jeunesse de corps. Comme un fleuve devenu large après avoir été torrent, mon Être apprend à naviguer autrement.
Alors, je deviens comme un livre. Un livre ouvert est parfois une fenêtre que l’âge ne peut refermer. Tant que les yeux peuvent encore suivre une phrase, tant qu’une pensée peut encore faire naître un frisson intérieur, quelque chose demeure infiniment Vivant. Lire, ce n’est pas fuir le monde. Lire, c’est continuer à converser avec Lui. Certains livres deviennent alors des compagnons silencieux. Ils ne guérissent pas les douleurs, pourtant ils élargissent la pièce intérieure dans laquelle elles résonnent.
Alors, je deviens comme une musique. La musique possède un mystère. Elle atteint des endroits de moi-même que ni les mots ni les raisonnements ne savent toucher. Une simple mélodie peut rouvrir un paysage oublié, rendre à mon Être une couleur ancienne, déposer un peu de Lumière dans une journée grise. Peut-être parce que la musique ressemble au souffle même de la Vie. Elle est invisible, insaisissable, et, en même temps, capable de traverser tout ce qui semblait immobile.
Avec les années, les joies changent de taille. Bien qu’elles deviennent plus discrètes, elles sont aussi plus vraies. Un rayon de soleil sur une table. Une page relue. Une voix aimée. Le silence après une musique. Le chant des oiseaux au matin. Ce ne sont plus des bonheurs qui cherchent à impressionner. Ce sont des Présences qui consentent simplement à Être Ici et Maintenant.
Peut-être est-ce cela, finalement, la sagesse du grand âge, comprendre que la Vie n’a jamais promis l’absence d’usure. Elle propose autre chose. Une manière plus simple d’habiter le temps. Une manière plus humble aussi de recevoir ce qui demeure.
Car tant qu’un être humain peut encore être touché par un poème, ému par quelques notes de musique, émerveillé par la beauté tranquille d’un instant, alors tout n’est pas perdu, rien n’est perdu.
Le Cœur, lui aussi, possède ses saisons.
Et certaines Lumières ne deviennent visibles qu’au crépuscule.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Amarok – 2024 – Hope)

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