De ma Colère

Il y a quelques semaines, un jeudi, j’étais seul chez moi. C’était ma dernière journée de travail. En fait, télétravail. Tout semble ordinaire. Tout était calme. De la musique à la radio. Du soleil dans le jardin. Et pourtant, au fil des heures, quelque chose est monté en moi. Je n’en ai pas pris conscience tout de suite.

Avec le recul, je me suis « retrouvé » dans ce que dit Pierre-Teilhard de Chardin 1️⃣ dans « Le Phénomène Humain » : « Lorsque, en tous domaines, une chose vraiment neuve commence à poindre autour de nous, nous ne la distinguons pas. Pour la bonne raison qu’il nous faudrait voir dans l’avenir son épanouissement pour la remarquer à ses débuts ». C’est un peu comme « Si j’avais su » ou « Ah ! C’était cet évènement-là qui a fait que » ou « Ah ! Je me souviens maintenant ».

J’ai ressenti, à un moment, une tension plus nette. Comme un fil tendu prêt à lâcher. J’ai reconnu cette Présence. C’était la colère.

Ce n’était pas une colère dirigée contre quelqu’un. Ce n’était pas une colère dirigée contre moi. Elle n’a pas cherché de « cible ». Elle n’a pas réclamé de responsable, de coupable. Elle était là, simplement, comme un mécanisme qui se dérègle sans raison évidente. J’ai senti que quelque chose s’enrayait en moi. Un grain de sable apparaît, puis un autre, puis encore un autre. Comme s’il fallait que j’en prenne conscience. Tant que je n’y prêtais pas attention, les grains de sable étaient semés par une Présence invisible.

Alors, peu à peu, j’ai pris conscience de ce qui se passait. Je n’étais plus seulement emporté, je regardais. Je ressentais et, en même temps, j’observais aussi. Et soudain, une évidence s’est formée en moi. J’étais en colère et, en même temps, je n’étais pas la colère. Elle me traversait sans me définir. C’est comme la tristesse qui, parfois, s’invite sans jamais être moi tout entier. Je suis triste et, en même temps, je ne suis pas la tristesse.

Je sais que les émotions surgissent, rapides, presque instinctives. Elles naissent d’un instant, d’un déséquilibre, d’une perception. Elles vivent dans le corps, dans le souffle, dans les battements du cœur. Puis il y a ce que je construis après comme les sentiments, plus durables, plus enracinés. Mais là, ce que j’ai vécu échappait à cette catégorisation binaire : « émotion » ou « sentiment ». Cette colère allait et venait. Elle fluctuait. Elle insistait sans s’installer complètement.

Alors j’ai cessé de vouloir la définir. « D’où viens-tu ? », « Que me veux-tu ? », « Quel est ton sens ? », « Pourquoi maintenant ? ». Ces questions étaient superflues. Ainsi, j’ai choisi plutôt de l’accueillir, peu importe sa signification, son origine, sa portée.

Je ne l’ai pas repoussé. Je ne l’ai pas caché dans un coin comme quelque chose de honteux ou d’inutile. Je l’ai laissé Être. Même si, au fond, je sentais bien que ce qui l’avait déclenché était dérisoire. Sur le moment, cela semblait important. Suffisamment important pour faire naître cette agitation en moi.

J’aurais pu me juger. Me dire que cela n’en valait pas la peine. Que d’autres vivaient des choses bien plus graves, bien plus difficiles. Mais ce serait refuser la réalité de mon Instant Présent. Car, dans cet instant, ce que je ressentais était Vrai. Même si, plus tard, cela m’a paru futile.

Ainsi, si je peux être traversé par la colère pour une chose insignifiante, je peux aussi être traversé par la JOIE pour quelque chose de tout aussi simple. Le son léger d’un pic-épeiche 2️⃣ qui tambourine. Un détail presque invisible du monde et, pourtant, cela peut m’emplir de bonheur.

Et, là, personne ne viendrait me dire que cette joie est déplacée.

Je me suis ouvert à cette évidence. Ce n’est pas l’importance subjective des choses qui donne de la valeur à ce que je ressens. C’est la Présence que je mets dans l’instant.

Je suis l’espace dans lequel la colère apparaît et disparaît.
Je suis l’espace dans lequel la joie surgit et vagabonde.

Je n’ai pas à hiérarchiser mes ressentis, ni à les juger.
Je peux simplement les accepter, les accueillir, les traverser.

Et, dans cet accueil, quelque chose en moi s’apaise.

Car je découvre que je ne suis ni mes colères passagères, ni mes bonheurs éphémères.
Je suis celui qui les voit, celui qui les vit, celui qui leur donne un espace pour exister.

Et, dans cet espace, je retrouve doucement ma Liberté d’Être.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Einar Solberg – 2026 – Vox Occulta)

1️⃣ : Pierre Teilhard de Chardin, né le 1ᵉʳ mai 1881 à Orcines dans le Puy-de-Dôme et mort le 10 avril 1955 à New York, est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe. J’y ai souvent fait référence d’autant plus avec l’échange que j’ai eu avec l’Archange Sandalphon ;

2️⃣ : voir le texte « Pic-Épeiche ».

Publié par

Categories: ,

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Ma Spiritualité

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture