Le Chemin de la Réunification
Depuis quelques visites, à l’hôpital, lors de mon volontariat en gériatrie, j’ai, dans ma liste, des personnes qui sont en fin de vie. La première fois que j’ai eu cette « mention » sur ma liste, je n’ai pas « osé » aller dans la chambre car je sais que la personne n’est plus dans un « état » de communication.
Puis, je me suis souvenu des personnes qui étaient dans le coma et qui étaient réceptives à ce que les personnes environnantes disaient. Ainsi, lorsque j’ai eu une nouvelle personne en fin de vie, je lui ai rendu visite. J’ai pris sa main et j’ai prononcé quelques mots.
Pourquoi est-ce que je parle de cette expérience ? Dans mon expérience de Vie, j’ai été entouré par la mort. Une Frère, mon Père, une Sœur, des amis, des connaissances, j’en ai déjà parlé dans différents textes 1️⃣. Je sais que la mort est un processus de la Vie. Dans la déclaration de Dieu (peu importe le nom) à Adam, il est dit : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3:19).
Pour moi, la mort ressemble à une lente dispersion dans le vent. C’est comme une poignée de sable qui file entre les doigts. Ce qui était uni se défait. Ce qui chantait à l’unisson se tait en poussière. Alors, chaque particule reprend son chemin. C’est comme si l’harmonie n’avait été qu’un instant suspendu dans l’éternité. Mourir, ce n’est pas seulement cesser d’être, c’est retourner à l’état d’un fragment d’Uni-vers.
En parlant de la mort, je parle aussi de la Vie. La Vie, elle, est un miracle inverse. Elle est rassemblement, appel silencieux lancé aux éléments épars pour qu’ils s’accordent et forment une seule respiration. Là où tout était dispersé, quelque chose dit « Viens » et les forces répondent. Une main invisible assemble, tisse, relie. Et soudain, une unité apparaît, fragile et lumineuse.
Quand un enfant est conçu, dans l’obscurité chaude du sein maternel, des particules anonymes deviennent Présence, Conscience en devenir. C’est une architecture vivante où chaque cellule trouve sa place. L’unisson de chaque cellule forme un Être HUmain UNique. Il y a un mot qui résume cet unisson, c’est « Synthèse ».
Ce mot « Synthèse » qui provient du grec « Sunthesis », formé à partir « sun-« , préfixe signifiant « ensemble », « avec », et « thesis » signifiant « action de poser » 2️⃣. Ainsi, selon son étymologie, ce mot signifie donc « mise en commun ». Ainsi la synthèse est l’action de composer, d’arranger, d’assembler des parties en un Tout. Ce Tout qui est à l’Unisson.
Et justement, à propose de synthèse, n’est-ce pas le but de la Vie que de Créer et d’Aimer ? N’est-ce pas le but de la Vie que de rassembler ce qui semblait opposé, que de faire dialoguer ce qui se croyait séparé 3️⃣. La vie avance toujours dans ce mouvement d’unification. C’est comme une rivière qui cherche la mer. C’est comme une lumière qui refuse de se fragmenter en ombres.
Quand un rayon de lumière traverse un prisme, cette lumière blanche, pure, immaculée, se divise en sept couleurs distinctes, les couleurs de l’arc-en-ciel. Bien que ce soit magnifique, cette fragmentation représente l’état de dispersion, de séparation. Si je veux retrouver la puissance originelle de la Lumière, il me faut faire le chemin inverse, réunir toutes ces couleurs pour reformer le blanc éblouissant. Le but de la Vie et de la Mort, c’est précisément ce retour à la blancheur spirituelle.
Pourtant, l’esprit humain s’est pris d’une fascination pour la division. Il découpe, il analyse, il dissèque, pensant atteindre la vérité en multipliant les fragments. La science elle-même, dans sa quête rigoureuse, a appris à séparer pour comprendre, à briser pour observer. Et ce geste, nécessaire en un sens, est devenu une habitude profonde pour voir le monde comme une somme de parties plutôt que comme une totalité vivante.
Mais ce regard finit par se refléter dans les cœurs. Les êtres se séparent comme les idées. Chacun·e se replie dans ses certitudes, érige des frontières invisibles. Les liens se distendent, les voix se durcissent. Au lieu d’avoir une symphonie, il n’y a plus qu’un chœur dissonant. L’analyse, poussée à l’extrême, engendre la solitude puis la confrontation.
Ainsi, il y a, à mon sens, une autre voie, une autre voix. Ce n’est pas renoncer à comprendre, c’est apprendre à relier. Non pas nier les différences, les faire dialoguer jusqu’à ce qu’elles révèlent une unité plus vaste. Cette réunification est un art du Cœur autant que de l’Esprit. C’est une manière de voir au-delà des fragments, de sentir l’invisible fil qui relie toute chose.
Et ici, je pose la question : « S’il y avait une tâche la plus importante, la plus urgente, qu’elle serait-elle ? ». Ne serait-ce pas de redevenir des Artisan·e·s d’UNité ? Rassembler en Soi ce qui est dispersé, réconcilier ce qui s’oppose, et offrir au monde non pas des divisions supplémentaires, uniquement des passerelles, des ponts. Car là où la Réunification s’éveille, la Vie reprend sa Place. Ce qui semblait voué à la dispersion retrouve doucement le Chemin de l’UNité.
Celle ou Celui qui réunit le ciel de son Esprit et la Terre de sa matière, partout où il/elle passe, sans même avoir besoin de parler, il/elle agit comme un Soleil. Il/Elle éclaire les situations obscures par sa Sagesse, réchauffe les Cœurs refroidis par son Amour et revitalise les Êtres épuisés par sa seule Présence.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Mietzke – 2024 – Spring a Symphonic Poem)
1️⃣ : voir, notamment, le texte « Reste un peu » ;
2️⃣ : voir https://lettres.tice.ac-orleans-tours.fr/php5/coin_eleve/etymon/phys/synth.html ;
3️⃣ : Judicaël disant à propos du péché : « Dès que tu crées une séparation, dès que tu juges, dès que tu penses que tu es à côté de… tu n’es plus unifié. Je t’ai déjà expliqué que le péché n’était pas ce que ta religion t’a dit. Péché voulait dire ‘Être à coté, être séparé’ ».

Laisser un commentaire