Procol Harum
Pour celles et ceux de ma génération, Procol Harum est surtout connu pour sa célèbre chanson « A Whiter Shade of Pale ». Au-delà des paroles, ce que j’apprécie c’est l’orgue. J’ai toujours été attiré par les orgues. Peut-être une ancienne incarnation, qui sait ? Dans la chanson, la musique est inspirée par la Suite n°3 en Ré Majeur de Johann Sebastian Bach. C’est ce qui donne à la chanson, pour moi, une dimension presque sacrée. D’où mon « attirance » pour les orgues.
J’ai fait quelques recherches sur cette chanson et j’ai trouvé que Keith Reid, le compositeur du groupe, a expliqué que les paroles sont volontairement impressionnistes. Il ne voulait pas livrer une histoire claire mais provoquer une sensation comme un tableau un peu flou qu’on contemple longtemps.
Toujours est-il qu’au départ, je pensais que « Procol Harum » était une locution latine. Que nenni ! En fait, c’est un « assemblage » de mots construit autour d’une erreur de compréhension au téléphone (de l’époque il s’entend). Comme souvent, il est nécessaire d’appliquer son discernement quand une information est reçue. J’ai cru, comme beaucoup de personnes, que « Procol Harum » signifiait « Loin de ces choses » ou « Au-delà de ces choses ».
En fait, le « véritable » nom du groupe aurait du être « Procul Harun ». Ce nom est le nom d’un chat de race d’un ami du premier manager du groupe. Vous me connaissez, j’ai creusé encore un peu (merci le Net). Ça ressemble à du latin, çà a la consonnance du latin, çà a la saveur du latin et, en même temps, ce n’est pas tout à fait du latin correct.
D’un point de vue purement grammatical, assembler ces mots pour dire « loin de ces choses » est une erreur. En latin, la préposition « procul » doit être suivie de l’ablatif et non du génitif (du chinois pour moi). La traduction correcte et rigoureuse serait en réalité « Procul Hīs ». Je reconnais que ça claque moins bien que « Procol Harum ».
Après cette introduction sémantique et historique, j’apprécie cette vision de « Loin de ces choses », « Au-delà de ces choses ». Je vais même plus loin, je perçois comme « Loin du tumulte », « À l’écart du vacarme », « Loin du bruit ».
Des mots simples et, en même temps, qui ouvrent un espace immense. C’est l’appel discret à me retirer non pas du monde, simplement du bruit du monde. Ce n’est pas fuir les autres, ni les mépriser, ni les juger, c’est choisir un lieu intérieur où le tumulte ne commande plus mes pensées. C’est le pas en arrière que je fais pour mieux voir l’ensemble. C’est le pas de recul comme celle ou celui qui s’éloigne d’un tableau pour en saisir l’Harmonie.
Avec l’âge, je trouve que le monde extérieur est, de plus en plus, bruyant, accaparant. Des notifications qui sonnent, des opinions qui s’affrontent, des urgences qui se multiplient, des sociétés qui accaparent, des confrontations entre pays, des démocraties qui s’effritent, en veux-tu en voilà.
Le vacarme extérieur devient, peu à peu, un vacarme intérieur. La société court après le temps comme si le temps nous poursuivait. Et je me dis : « Éloigne-toi un instant, non pour abandonner, uniquement pour respirer ».
Dans la vie quotidienne, ceci peut être simple, si simple, tellement simple. C’est le café du matin que je bois sans « scroller » sur mon écran de smartphone. C’est la décision de ne pas répondre immédiatement à un message. C’est la marche silencieuse au milieu des immeubles, quand, malgré la circulation, je prête attention au rythme de mes pas. Là, au cœur même de la ville, je peux choisir d’être loin du tumulte.
Il suffit de regarder la mer. À la surface, les vagues vont et viennent, se heurtent, se brisent, éclaboussent. Quand je plonge, l’eau devient paisible. Mon esprit est semblable à la mer, à l’océan. À la surface, mille pensées. En profondeur, une clarté, une stabilité. Je choisis la profondeur. Ce mot « profondeur » qui revient souvent depuis quelques textes.
Être loin du tumulte, ce n’est pas une retraite permanente dans une montagne lointaine, dans un monastère isolé, dans une abbaye au cœur de la forêt. Ce n’est pas être un ermite même si j’apprécie la solitude. Être loin du vacarme, c’est une chambre secrète au centre du Cœur. Je peux être entouré de voix, de cris, de hurlements, de pleurs et, pourtant, demeurer calme, tranquille, en paix. C’est un peu comme un arbre enraciné au bord d’une route avec beaucoup de passage. Les voitures (dé)filent, les champs permutent les cultures, les saisons changent et, en même temps, l’arbre est toujours là avec ses racines plongeant plus profond que l’environnement.
Je ne refuse pas le monde tel qu’il est, tel qu’il évolue. Simplement que je ne lui donne pas tout pouvoir sur ma Paix Intérieure. Pourtant, le tumulte a sa place. Il stimule. Il réveille. Il (re)construit. En même temps, si je ne sais pas m’en éloigner, même brièvement, même furtivement, je deviens semblable à une cloche qui sonne sans cesse. Elle finit par se fendre. Elle finit par sonner faux.
Ainsi, je suis invité à retrouver le Centre, à me (re)Centrer. À accepter que la distance la plus importante n’est pas géographique, elle est intérieure. Je peux traverser de multiples tempêtes, j’en sais quelque chose, et, garder en Moi, un Phare Lumineux.
Chaque soir, avant de dormir, lorsque le silence revient, je peux me demander : « Aujourd’hui, ai-je su m’éloigner du tumulte ? Ai-je trouvé cet espace où mon Corps vit, mon Cœur bat, mon Âme respire, mon Esprit éclaire ? ».
Ici, Là, loin du vacarme, commence la Véritable Écoute de Soi.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Youtube : Années 60 – The Beach Boy – Procol Harum – Aphrodite’s Child – The Mamas Et The Papas, …)

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