Le Doux Leurre du Développement Personnel

Il y a quelques années, j’avais déjà écrit des textes en jouant sur la sonorité « douleur » et « doux leurre ». C’était « Le Doux Leurre l’Éveil » et « Le Doux Leurre de l’Instant-Présent ».

Maintenant, c’est au tour du développement personnel. Si je peux me permettre, il est mis à toutes les sauces. Pourtant, l’idée n’est pas neuve. J’avais déjà cité Socrate avec sa devise : « Connais-toi toi-même » 1️⃣. Sans oublier les stoïciens comme Marc Aurèle, Épictète 2️⃣ qui travaillaient sur la maîtrise de soi, la responsabilité intérieure, l’acceptation de ce qui ne dépend pas de Soi. Le bouddhisme, le taoïsme ou le yoga visaient la transformation intérieure sans obsession de la réussite personnelle. L’enjeu était la libération de la souffrance et de l’ego et, certainement, pas son « optimisation ».

Je suis, volontairement, provocateur en écrivant le doux leurre du développement personnel. La vraie question n’est pas : « le développement personnel est-il bon ou mauvais ? ». La question est : « Au service de quoi le met-on ? ». C’est un peu le même questionnement que dans le texte « La Spiritualité Ostentatoire ». La question n’est pas « Faut-il montrer sa Spiritualité ? ». La question est « Au service de quoi est-elle montrée ? ».

Pour prendre une métaphore, je dirais que le développement personnel est comme une lampe posée sur le chemin intérieur. Une lumière douce, destinée à éclairer les recoins, les angles morts, à éviter de trébucher, à aider à marcher un peu plus droit, un peu plus vrai, un peu plus juste, un peu plus en accord avec Soi. Pourtant, à force d’être fournie en kit par-ci, par-là, par les gourous du développement personnel, la lampe est devenue projecteur puis enseigne lumineuse. Elle n’éclaire plus. Elle aveugle.

Les gourous susurrent, murmurent, distillent que tout est possible. Tout est possible à la seule condition qui est d’y croire assez fort. Comme si la vie était une commande passée à l’univers. « Coucou Monsieur l’univers, dans la liste que j’ai reçue, il me faut un journal introspectif, un coach professionnel, des affirmations positives. Oups j’oubliais un élément important : une boussole pour aller mieux ».  

Y croire assez fort, comme si la souffrance était un simple « bug » de pensée. Dire à une personne épuisée, précaire, malade que « tout est dans son état d’esprit », c’est lui tendre un miroir déformant. Non seulement elle souffre et, en plus, elle se croit fautive de sa douleur. Elle ne peut accepter cette souffrance sans la remettre dans le contexte de sa Vie. C’est confondre le jardin et la météo. C’est reprocher à la graine de ne pas pousser pendant la tempête.

Après la « magie », il y a, comment dire, la dictature du positif. Les émotions sont repeintes en seulement deux couleurs, le lumineux et le toxique. Pas de nuances, c’est manichéen, bien et mal, bon et mauvais, blanc ou noir, vrai ou faux, endormi ou éveillé, victime ou coupable. La colère devient « basse vibration », la tristesse une « erreur de programmation », le malheur « une erreur de parcours ». Pourtant, vouloir être toujours en paix, c’est comme vouloir une mer sans vagues. Si la mer n’a plus de vagues, elle devient marais. Les émotions dites « négatives » sont souvent des messagères. Les faire taire, c’est casser le thermomètre et croire que la fièvre a disparu.

Et puis, il y a la dérive de l’ego dit spirituel. C’est un élément subtil où « je sais » n’est pas dit au bénéfice de « je suis éveillé ». « Je ne débats plus » au bénéfice de « Je vibre différemment ». « Je ne doute plus » au bénéfice de « Je fais confiance au processus ». La « Spiritualité » devient alors une tour d’ivoire parfumée à la sauge depuis laquelle les autres sont regardés comme des âmes en retard. C’est oublier que l’éveil véritable 3️⃣ ressemble moins à un sommet qu’à une descente vers plus d’humilité, plus d’humanité, plus de silence, plus d’écoute.

Alors, si l’on n’y prend pas garde, le développement personnel peut se transformer en consommation compulsive presqu’une addiction. Livres, stages, retraites, satsangs, coachings s’empilent, s’entassent comme des talismans. Les outils s’accumulent comme des clés collectionnées sans jamais oser ouvrir une porte. Le travail intérieur devient une fuite élégante, c’est un « travail sur soi » pour ne pas avoir à Vivre Vraiment, à Aimer maladroitement, à essuyer l’échec, à oser au risque de perdre. C’est comme un randonneur qui passe plus de temps à ajuster son sac qu’à marcher.

Et puis, surtout, il y a une dérive plus pernicieuse, plus silencieuse qui est l’oubli du Lien. Tout devient individuel, introspectif, autocentré. « Mon alignement », « ma vérité », « mon abondance ». L’Être HUmain se construit, aussi, dans le frottement, dans la friction, dans le collectif, dans l’injustice à réparer, dans le monde à porter ensemble. Une « Spiritualité » qui ne débouche pas sur plus de compassion concrète comme un geste, une présence, un engagement, reste un effluve sans parfum.

En même temps, le développement personnel n’est pas « mauvais » en soi. Comme le feu, il peut réchauffer ou brûler. Tout dépend de l’intention. S’il sert à devenir plus performant, plus lisse, plus invulnérable, il m’éloigne de l’essentiel. S’il m’aide à devenir plus vrai, plus responsable, plus humain alors il retrouve sa Juste Place.

Dans cette Juste Place, il n’est pas une fuite vers le haut, il est un enracinement.
Dans cette Juste Place, il n’est pas promesse de bonheur permanent, il est comme un apprentissage de la Vie telle qu’Elle Est.
(Im)Parfaite. Vivante. Sacrée. Divine.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Dayazell – 2016 – Nizhâm)

1️⃣ : Cette citation « Connais-toi toi-même » n’est pas exactement de Socrate. C’est une devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate a repris à son compte ;

2️⃣ : voir le texte « Marc Aurèle, Sénèque, Epictète, et moi, émois » ;

3️⃣ : voir le texte « Sortir de la Matrice ? ».

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