Fernweh

Décidément, depuis quelques jours, des mots venus d’autres langues se présentent à moi. Ils surgissent dans mon fil d’actualités comme s’ils me cherchaient. Je sais bien qu’il y a des algorithmes derrière tout cela, des calculs, des recoupements d’informations qui suivent mes centres d’intérêt. Et, pourtant, certains mots arrivent avec une résonance particulière comme s’ils ne faisaient pas que passer. Ils frappent à ma porte et me proposent de les laisser entrer.

Il y a quelques jours, c’était un mot portugais. Aujourd’hui, c’est un mot allemand.

« Fernweh », en allemand, décrit le manque d’un lieu. Un lieu dans lequel une personne n’est jamais allée. J’ai donc fait quelques recherches et, en français, je n’ai pas trouvé d’équivalent. En tout cas, d’équivalent en un seul mot.

« Fernweh », c’est le contraire du mal du pays, ce serait « le mal de l’ailleurs ». Un ailleurs qui est inconnu. C’est étrange d’avoir « mal » pour quelque chose que l’on ne connait pas.

Je suis issu d’une famille ouvrière avec cinq frères et sœurs. Quand j’étais étudiant à l’université, j’étais un des rares élèves, issu d’une famille ouvrière, à avoir fait des hautes études. Certains étudiants, vu mon milieu modeste, me demandaient si çà ne me manquait pas de ne pas aller en vacances, de ne pas avoir de voitures à la maison, de ne pas aller au restaurant. Ma réponse a toujours été simple : « Pourquoi aurais-je le manque de quelque chose que je ne connais pas ? ». J’étais déjà très philosophe pour ne pas dire spirituel 😉

Comment avoir le manque d’un lieu où je n’ai jamais posé le pied ? Comment avoir le manque d’une personne que je n’ai jamais rencontré ? N’est-il pas étrange d’avoir « mal » de ce que je ne connais pas. Pourtant et c’est aussi étrange ce que je vais écrire, ce mot me connaît car il s’est présenté à moi. D’une certaine façon, il met de la lumière sur quelque chose qui vit, en moi, sans en avoir la connaissance. Un peu comme un chemin entre ici et je ne sais où.

(aparté : à la relecture du texte, me revient en mémoire l’échange avec Sylvain concernant la Quête et la Conquête 2️⃣).

C’est un peu comme si je partais vers un ailleurs inconnu et qu’une petite « voix » me dit : « Prends ceci avec toi, ça va te servir ». Tout en sachant que je ne sais pas à quoi ça va me servir et, en même temps, je sais que c’est « nécessaire ».

Pourtant, je ne peux avoir faim d’un plat dont j’ignore le goût même si une odeur suffit à me troubler sans que je sache d’où elle vient. Je peux être curieux, être tenté et, en même temps, ce n’est pas une faim en soi. C’est d’abord une découverte. Et si la découverte me plaît, je pourrais alors avoir faim de ce plat. Et si la découverte ne me plaît pas, je dirais peut-être qu’il manque ceci ou cela, que je n’étais pas bien ce jour-là. Bref, une série d’excuses pour ne pas nécessairement renouveler l’expérience, en tout cas, dans une certaine temporalité.

Et je peux reproduire, ceci, pour un ensemble de rencontres. Quand j’écris « rencontre », ce peut être une musique, un paysage, un regard, une personne, un film, une série, que sais-je d’autres.

Et puis, je me dis : « Michaël, il existe des faims ne passant pas par l’expérience. Il existe des faims qui passent par la ‘mémoire’ de l’Âme ». Oui effectivement ! Et, en même temps, cette « mémoire de l’Âme » s’est, quand même, construite sur l’expérience des « précédentes » incarnations.

Ainsi, je me dis que « Fernweh » n’est pas le désir d’un pays sur une carte, d’une rencontre dans une ville, d’un plat dans un restaurant, de la connaissance d’une « précédente » incarnation. C’est le souvenir d’un état qui passe, qui transperce le voile de l’oubli 1️⃣. C’est comme si mon Être avait déjà respiré un air plus pur, avait déjà marché dans une lumière plus lumineuse. Ce serait comme une nostalgie sans passés, une boussole sans nord visible, une carte sans chemins.

En fait, je ressens ceci comme un appel du large alors que je suis encore sur une rive, comme un regard vers l’horizon sans savoir ce qui m’attend de l’autre côté.

Je ressens tout ceci, dans mes silences, quand le monde ralentit sa course effrénée. Dans un ciel hivernal lorsque la neige émerveille mes souvenirs d’enfance, dans une musique qui me traverse sans prévenir, dans un livre qui semble écrit pour moi, dans un témoignage qui éveille des frissons dans tout mon Corps, d’un message d’une personne dont je n’avais plus de contacts depuis très longtemps.

Alors, quelque chose, en Moi, se lève, non pour fuir ce que je suis, uniquement pour me souvenir ce que je suis aussi.

Pour moi, ce « mal de l’ailleurs » n’est pas un manque à combler, c’est une direction à honorer, un chemin à découvrir. Ce n’est pas une fuite, c’est un (r)appel. Il me dit que je ne suis pas enfermé dans mon origine, dans ma présente incarnation. Il me dit que je ne suis pas limité par ce que j’ai connu, par ce que je connais. Il me dit que l’Âme voyage avant le Corps et que certains lieux ne se trouvent pas, ils se reconnaissent.

Ainsi, comme dans les films Avatar, tout ceci me dit : « Je te Vois tel que Tu Es ».

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Tracy Hitchings – 2026 – New Horizons)

1️⃣ : voir le texte « S’aimer soi-même, c’est semer » ;
2️⃣ : voir le texte « C’est ma Prière ».

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