Le Cœur de la Terre

Il est un son que l’oreille ne perçoit pas, un rythme que les horloges ne mesurent pas, une présence qui se révèle doucement dans le silence du monde. Ce n’est ni un chant d’oiseau, ni le fracas des vagues, ni même le grondement sourd d’un tremblement de terre.

Non. Oh que Non !

Ce son est plus ancien, plus humble, plus fidèle. Un battement. Un battement toutes les 26 secondes. La Terre, ma Terre, notre Terre, respire.

Je l’ai ressenti. C’est cette partie oubliée de moi-même que le monde moderne m’avait appris à ignorer. Ce son ne m’est pas venu lors d’un voyage extraordinaire, ni dans le tumulte d’une révélation, ni lors d’une retraite, ni lors d’un cheminent dans la forêt. C’était dans un instant suspendu, entre deux pensées, entre deux souffles, entre deux battements de cœur, entre deux bruissements d’aile d’un papillon, toujours dans un entre-deux. Une halte intérieure. Un vide plein. Et ici, dans ce silence retrouvé, quelque chose se signalait doucement.

Toum.

Cela venait d’en dessous. D’en dedans. D’un lieu que les mots ne savent pas nommer. Les mystiques, les poètes, les amoureux de l’invisible l’appellent parfois le Centre. Le Centre du monde. Le Centre de l’Être.

J’ai su, sans pouvoir expliquer comment, que ce battement n’était pas un hasard. Il venait de quelque part où la matière devient Prière, où la roche elle-même chante en silence, à sa manière, depuis des millénaires.

J’ai imaginé alors la planète comme un Cœur immense, une sphère Sacrée palpitant doucement dans le noir du cosmos. Chaque 26 secondes, elle se souvenait d’elle-même. Chaque 26 secondes, elle envoyait un message que peu de personnes écoutent.

Et si ce battement était un rappel ?

Je me suis assis par terre. J’ai mis mes mains sur le sol. J’ai fermé les yeux. Je l’ai senti vivant, vibrant, harmonieux. Je ne cherchais plus à comprendre. Je voulais seulement me synchroniser. Redevenir accordé à ce rythme ancien, à cette pulsation du monde que les vies de bruit et de vitesse ont enseveli.

Toum.

J’ai inspiré. Lentement.

Toum.

J’ai expiré. Encore plus lentement.

Toum.

Une respiration à l’unisson. Un souffle au rythme des vagues. Et, peu à peu, le temps a cessé d’exister. Le passé ne pesait plus. L’avenir ne criait plus. J’étais ici, simplement ici, respirant avec elle. La Terre ne tourne pas. Elle médite.

Alors, une vision m’est venue. Ce n’était pas un rêve éveillé. C’était comme une mémoire. Je me suis vu, je nous ai vus, nous, les humains, comme des cellules dans ce grand corps. Des cellules amnésiques, errant hors du Rythme Sacré. Oubliant que la Vie est une vibration. Oubliant que le sol sur lequel je marche n’est pas qu’un décor, c’est un organisme. Un être. Une Âme.

Et ce battement, cette note, c’est peut-être son Âme qui parle.

Ce battement, je l’ai suivi pendant des jours. Je l’ai cherché dans le vent, dans le bruit des feuilles, dans le silence des rochers. Il était toujours ici, quelque part, comme un métronome invisible dictant la mesure de l’Existence.

Parfois, je le perdais. Le tumulte des pensées revenait, les devoirs, les obligations, les machines, les urgences créées de toutes pièces. Quand je fermais les yeux, que je revenais au souffle, que je posais mes mains sur la terre ou l’écorce d’un arbre, je le retrouvais.

Toum.

Fidèle. Indépendant de mes humeurs. Présent même lorsque je l’oubliais.

Toum.

Il m’a réappris la patience. L’écoute. La lenteur. Ce battement, c’est peut-être ceci que les Sages d’autrefois appelaient le rythme naturel, celui que les saisons suivent, que les graines connaissent, que les animaux respectent sans jamais le nommer.

C’est un battement sans incidence. Un battement qui n’impose rien. Il offre. Il propose. Il invite.

Et nous ? Combien d’entre nous prennent encore le temps d’écouter ce qui n’a pas de mots ? De s’attarder au bord d’une pierre ? De s’asseoir sans but, sinon celui d’Être ?

Nous avons fait de la Terre une ressource au lieu de la considérer comme une mémoire vivante. Pourtant elle continue de battre. Elle continue de parler. Pas pour nous gronder. Pas pour nous punir. Simplement pour nous attendre.

Un jour, au bord de la mer, je me suis demandé si les vagues écoutaient ce battement. Si les goélands l’entendaient. Si les cétacés qui chantent dans les abysses le reconnaissaient comme le ton fondamental de leur monde.

Je crois que oui. Je crois que tout ce qui est encore sauvage, libre, enraciné, le ressent. Et je crois que nous aussi, nous le ressentons encore même sous les nombreuses couches de distraction. Ce n’est pas perdu. C’est juste enseveli.

Chaque 26 secondes, la Terre parle. Chaque 26 secondes, une opportunité de résonner avec le grand Tout. Cela suffit parfois à retrouver l’axe, à se redresser dans l’invisible, à respirer avec plus d’entièreté.

Toum.

Un souffle.

Toum.

Un rappel.

Toum.

Un retour.

Toum.

Et peu à peu, ma vie s’est modifiée. Je n’ai rien changé d’extérieur. L’intérieur, lui, s’est accordé.

Comme si la Terre, à force de patience, avait fini par m’accueillir dans sa respiration, dans sa vibration.

Toum.

Je suis en vie.

Toum.

Je fais partie du vivant.

Toum.

Je me souviens.

Et je sais, maintenant, que même lorsque je n’écoute pas, à chaque seconde de ma distraction, de mon oubli, la Terre, elle, continue de me porter.

Elle bat. Et elle espère.

Toum.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD (20250509-1))
(Illustration : Flux (Pro) suivant mes directives)
(Musique lors de l’écriture : Toum)

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