Limérence
Limérence ? Kesako ?
Au départ, quand j’ai entendu ce mot, ce qui m’a interpellé c’est « errance ». En même temps, il y a aussi le son « lime ». Serait-ce une contraction de mots signifiant l’usure de l’errance ? Que nenni !
En faisant quelques recherches, j’ai trouvé que ce mot est un mot inventé par la psychologue américaine Dorothy Tennov. Il a été introduit, en 1979, dans son livre « Love and Limerence: The Experience of Being in Love » qui se traduit par « Amour et Limérence : l’expérience d’être amoureux ».
Ce qui est amusant, c’est que j’ai publié très récemment le texte « Être Amoureux ou Aimer ? ». Toujours est-il que le mot « limérence » même si je comprends qu’il parle d’amour, ne me dit toujours pas grand-chose. Un petit tour par l’étymologie et je trouve le mot latin « limerentia » signifiant « avoir le mal d’amour ».
En complément, voici ce que j’ai trouvé sur le site « Oxford Language Club » :
Inventé par la psychologue Dorothy Tennov dans les années 1970, le terme « limerence » est apparu comme un moyen de décrire un engouement intense et involontaire ou une obsession romantique. Dérivé du mot latin « limerentia », qui signifie « avoir le mal d’amour », Tennov a défini la « limerence » comme un état de désir profond, de pensées intrusives et de dépendance émotionnelle accrue envers une autre personne. « Limerence » diffère de l’amour, car il englobe principalement les étapes initiales de l’engouement, caractérisées par l’obsession, l’idéalisation et le désir.
Ainsi, la limérence est un état intérieur intense, souvent confondu avec l’amour, possédant une nature bien particulière. C’est un peu comme si j’interprétais des gestes, des regards, des sourires, des paroles, comme un signe possible d’amour. Ainsi, la joie peut devenir immense au moindre indice estimé « favorable » tandis que l’absence pourrait provoquer une souffrance.
Se pourrait-il alors que l’être aimé soit un être idéalisé. Je verrai en lui, en elle, une perfection lumineuse, un lien d’âme à âme, une évidence, un lien sacré. Est-ce le cas ou est-ce une interprétation de la réalité ? Est-ce une nouvelle illusion ? Est-ce l’âme qui reconnaît un lien comme essentiel ou est-ce l’ego qui se fourvoie, qui se joue de moi ?
Tout comme il existe un ego humain et un ego spirituel 1️⃣, existe-t-il une limérence spirituelle ? Dans cette perspective, l’élan puissant qui pousse l’être humain vers l’autre serait aussi le reflet d’une aspiration de l’âme vers une unité plus grande. L’attachement passionné deviendrait alors le symbole d’une conquête intérieure qui serait celle de la complétude, de la communion, de la rencontre avec ce qui dépasse le simple « plan humain ».
La limérence spirituelle apparaîtrait lorsque cette énergie d’adoration, d’élévation, ne se dirige plus seulement vers une personne, plutôt vers une dimension sacrée de l’existence. L’être humain découvre alors que ce qu’il cherchait dans l’autre comme la plénitude, la reconnaissance absolue, la fusion, correspond peut-être à un désir plus vaste inscrit au cœur de la Conscience. Dans cette vision, la fascination pour une personne devient une porte, une initiation involontaire vers la découverte d’un Amour plus vaste que soi.
J’ai toujours été étonné, surpris, des personnes qui entre en religion. Des personnes qui laissent leur vie derrière elle pour vivre dans un état de béatitude. Ces personnes parlent souvent d’un Amour brûlant pour le Divin, d’une présence intérieure occupant toutes les pensées, d’un désir de proximité absolue avec une réalité transcendante.
Ainsi, les « symptômes », si je peux les appeler ainsi, peuvent rappeler ceux de la limérence humaine. La pensée constante de la « chose » aimée, la joie intense lors de la sensation de proximité, la douleur de la distance, la souffrance du silence. Cependant, en tout cas, pour moi, il me semble que la différence réside dans la direction de cet élan. Au lieu de s’enfermer dans l’idéalisation d’un individu, il s’ouvre vers une relation intérieure avec le mystère de l’Existence.
Se pourrait-il alors que la limérence puisse être vue comme une sorte d’énergie « brute », d’énergie « primale », d’énergie primordiale de l’Âme, de la Conscience Supérieure. Si elle reste uniquement attachée à l’image d’une personne, elle peut devenir source d’illusion, de dépendance, de souffrance. Si elle est « comprise », accueillie, transformée, elle révèle une puissance spirituelle étonnante. Cette puissance qui est celle de la capacité humaine à aimer intensément, à aspirer à l’unité, à chercher un sens profond dans la relation.
Avec cet éclairage, avec cette lumière, la limérence n’est plus seulement une confusion entre amour et obsession. Elle devient un miroir. Elle montre combien le cœur humain est capable d’idéaliser, de projeter, de désirer une perfection. Et peut-être que cette perfection, que l’on croit voir dans un autre être, est en réalité le reflet d’une réalité plus grande que l’âme pressent sans toujours savoir la nommer.
Ainsi, la limérence spirituelle serait alors la transformation de ce feu intérieur. Le désir de fusion ne disparaît pas, il s’étend, il s’élargit. L’amour cesse d’être uniquement une quête de possession ou de validation. Il devient un mouvement de conscience vers quelque chose d’infini. Là où la limérence humaine cherche l’autre pour combler un manque, la limérence spirituelle découvre que l’élan lui-même est déjà une ouverture vers la profondeur de l’être.
Et, dans ce passage, l’être humain comprend peut-être que le vertige amoureux qui l’a bouleversé n’était pas seulement une histoire entre deux personnes. C’était une invitation silencieuse à rencontrer le mystère de l’amour lui-même.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Le Silence)
1️⃣ : voir le texte « L’ego spirituel ou l’apprentissage de l’Humilité ».

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