Au-delà du Réel
Il existe des portes qui ne possèdent ni poignée, ni serrure, ni code secret, et qui, pourtant, peuvent s’ouvrir. Ce ne sont pas des portes physiques, ce sont des portes spirituelles. Elles ne donnent pas sur un autre lieu, sur un autre temps, elles donnent sur une autre vision, sur une autre profondeur 1️⃣.
Beaucoup de personnes cherchent à comprendre l’Esprit (avec un E majuscule). L’Esprit ne se comprend pas, Il se Vit. À force de vouloir comprendre, ils ont fini par se dissoudre en Lui comme une poignée de sel jetée dans un océan. Ils pensaient observer le changement, ils sont devenus l’eau.
Certains chercheurs veulent trouver la Conscience comme si l’on démontait une horloge. Ils sont persuadés qu’en retirant chaque rouage, chaque ressort, chaque mécanisme, ils finiraient par trouver le temps lui-même. Aller dans la Conscience, c’est comme descendre dans une grotte sans avoir de lampes avec soi. Au début, la peur serre la poitrine. Le cœur bat plus fort. La respiration se fait plus saccadée. L’obscurité semble absorber chaque pensée.
Pourtant, à force de cheminer dans cette obscurité, les yeux apprennent à voir autrement. Il y a des formes dans l’ombre. Ainsi, l’obscurité n’est pas vide, c’est une matrice. Ce que j’appelle « Moi » est alors une simple stalactite suspendue à un plafond immense. Une stalactite formée, goutte après goutte, par des milliers d’expériences accumulées.
Beaucoup passent leurs journées à polir la surface de leur existence faite de carrières, de certitudes, de besoins, sans soupçonner que, sous cette surface, s’étend une mer ancestrale. Lorsqu’on y plonge, volontairement ou par « accident », le choc peut être perturbant voire violent. Les repères s’effondrent. La vie cesse d’être linéaire. Elle se dilate, se replie, se superpose. Un instant peut contenir l’éternité et l’éternité se condenser dans un battement de cœur.
Je me rappelle de l’expérience que j’ai vécue dans une forêt proche de l’Abbaye d’Orval 2️⃣. Lors d’une balade solitaire, je m’arrête un instant sur un chemin. J’entends, je sens, je ressens le vent qui se lève. Je me place dans le sens du vent et je ferme les yeux. À cet instant, à ma première inspiration, j’inspire la forêt. C’est comme si elle entrait en moi. À ma première expiration, j’expire la forêt. C’est comme si elle sortait de moi. Comme si et, en même temps, avec quelque chose de nouveau, comme si l’avoir inspiré avait enclenché un processus de modification qui s’exprimait à l’expiration. Je respirais et la forêt respirait en moi.
Cette porosité, ce voile traversé n’a pas effrayé mon esprit. Je sais que le corps n’est pas une frontière, c’est un seuil, un passage. Ainsi, il peut paraître troublant que lorsque l’ego se fissure, s’ouvre, ce n’est pas le néant qui apparaît, c’est une plénitude. Comme si derrière le masque se trouvait une énergie ancestrale, primordiale, lumineuse. Je pourrais la qualifier de tempête, d’étreinte, d’embrassement. Elle peut prendre la forme d’un cri primal ou d’un silence absolu.
Quand je suis revenu de mon expérience furtive dans cette forêt, ce ne sont pas les visions que j’ai eues, ni les sensations physiques qui ont été les plus « marquantes ». C’est le moment du « retour ». Revenir dans mon corps, dans mes habits, dans ma voix, dans mon nom, c’était comme réapprendre à Être Humain. J’ai réalisé que ce qui est appelé « normalité » n’est en réalité qu’une construction fragile, un équilibre maintenu par habitude.
Pourtant, il ne s’agissait pas de fuir le monde. Je suis descendu, sans le savoir à ce moment-là, dans mon Être et ma « vraie » transformation c’est quand je suis remonté. La lumière du jour paraît différente après avoir fréquenté les cavernes intérieures 3️⃣. Les gestes simples deviennent presque sacrés.
Ces visions, ces sensations, ces perceptions ne sont pas des anomalies. Elles sont des (r)appels. Des fragments de mémoire surgissant à travers nos fissures. Elles disent que nous ne sommes pas seulement des individus, des êtres de chair et de sang. Nous sommes des processus en mouvement, des métamorphoses permanentes. À chaque instant, je suis quelqu’un de différent. Que sous mon visage humain sommeille une histoire plus vaste, inscrite dans la mémoire du monde.
Et si, en fait, la véritable conquête c’est d’oser, d’accepter, cette traversée intérieure ? D’accepter que nous soyons à la fois l’Être qui cherche et le Mystère à accueillir. Alors, au lieu de craindre la dissolution, je peux y avoir que la vague qui découvre qu’elle est l’océan, et qui, sans cesser d’être vague, accepte enfin son Immensité.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : The Gift – 2026 – Seven Seasons)
1️⃣ : voir, notamment, les textes « Hubris or not Hubris », « Procol Harum » ;
2️⃣ : voir, notamment, les textes « Vivre » et « La Formule Magique ou la JOIE (re)trouvée – Jour 3 : À l’Image de Dieu » ;
3️⃣ : voir, notamment, le texte « La Caverne de l’Ignorance ».

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