Immortel

Récemment, j’ai regardé sur une plateforme de streaming, le film « Destins Croisés ». Le titre original est « In the Blink of an Eye » qui se traduit par « En un clin d’œil ». Ainsi, le titre français ne correspond en rien au titre original. C’est souvent le cas. Pourtant, le fil parle de destinée. La traduction aurait pu être « En un instant », « En une fraction de seconde », « En un éclair » voire « En un battement de cils ». Bon, c’est « Destins Croisés » qui a été retenu.

Dans un passé lointain, une famille néandertalienne chassée de son foyer lutte pour survivre, protégeant ses enfants et apprenant à manier des outils primitifs dans un monde impitoyable.

De nos jours, Claire, une anthropologue diplômée et passionnée qui étudie les restes d’ancêtres proto-humains, entame une relation timide avec un camarade étudiant, Greg.

Au XXVème siècle, à bord d’un vaisseau spatial en route vers une planète lointaine, Coakley et un ordinateur de bord doué de conscience sont confrontés à une mystérieuse maladie qui menace au sein du vaisseau les plantes productrices d’oxygène.

Se déroulant sur plusieurs milliers d’années, ces 3 intrigues s’entrecroisent et amènent à s’interroger sur les notions d’espoir, de relations aux autres mais aussi sur le cycle de la vie 1️⃣.

Il est à noter que pour la partie se déroulant au XXVème siècle, Coakley est un être immortel. Je n’en dis pas plus. D’où le titre du présent texte et de son sujet, l’immortalité.

Que se passerait-il si l’Être humain devenait immortel ? Je ne parle pas ici de son Âme, de sa Conscience Supérieure, je parle ici du corps qui ne changerait pas, qui, d’une certaine façon, serait figé à un âge déterminé. Plus de maladie, plus de vieillissement.                  

Qu’est-ce que la mort ? La mort est l’arrêt définitif des fonctions vitales. Le cœur cesse de battre. Le cerveau n’émet plus d’activité. Le corps ne peut plus maintenir l’équilibre nécessaire à la vie. C’est aussi « simple » que cela. C’est comme une sorte de bouton « on/off ».

Je peux voir la mort physique comme un champ d’expériences dont je ne perçois pas la limite. Dans le sens, que cette limite est comme une bordure invisible autour de mes jours. Une sorte de limite au-delà de laquelle je passe pour aller vers un autre « ailleurs ». Pour moi, la mort physique donne au temps son paysage, son relief.

N’y a-t-il pas un paradoxe par le fait que nous embrassons plus fort la Vie parce que nous savons que tout peut s’arrêter en un battement de cils, en un battement de cœur ? La Vie c’est un peu comme un feu. Pour qu’il soit présent, il faut l’alimenter, il faut le nourrir, il faut le préserver. Notre finitude est comme ce feu discret, intérieur, qui nous chauffe. Quand le feu s’éteint, la Vie s’en va.

Ainsi se pose la question : « Un immortel, que ferait-il de ce feu intérieur éternellement alimenté ? »

« Demain » cesse d’être précieux car il est infini. Le pardon peut être repoussé à un prochain siècle. L’ambition peut attendre mille ans. L’amour lui-même pourrait devenir saisonnier comme un vêtement que l’on change selon l’époque traversée. Il n’y a plus d’attachements. Ainsi, l’immortalité dilue l’intensité de la Vie.

Pour moi, la mort, certain·e·s diront la « transition », est un miroir. Elle me rappelle ce que je suis fragile, passager, éphémère. Pour un immortel, la mort ne serait plus une « transition », ce serait un concept « abstrait » comme un ancien mot perdu dans la nuit de temps.

Je peux comprendre la définition du mot « tempête » sans jamais avoir senti le vent fouetter mon visage. Ainsi, en serait-il de la mort pour celle ou celui qui ne peut mourir, une simple idée voir un simple souvenir.

Comment craindre ce qui ne peut advenir ? Comment se recueillir devant ce qui ne me concerne pas ? Le deuil, pour un immortel, deviendrait peut-être une sorte de curiosité archéologique. Il verrait les générations naître et disparaître comme les vagues sur une plage sans jamais se sentir lui-même menacé par la marée.

Pourtant quelque chose d’étrange se produirait.

Car la mort ne façonne pas seulement la peur. Elle façonne la mémoire. Un immortel, saturé de siècles, verrait sa mémoire devenir un océan trop vaste. Les visages se confondraient.

Un fruit éternellement mûr finit par ne plus avoir de saveur. Il en perd sa richesse, sa spécificité.

Et, pourtant, l’immortalité pourrait aussi révéler autre chose comme une lenteur sacrée. Si l’éphémère pousse à l’urgence, l’éternité pourrait inviter à la patience. L’immortel pourrait aimer sans précipitation, apprendre sans peur d’échouer, construire des œuvres destinées à voir mille levers de soleil. Il deviendrait un jardinier du temps cultivant des projets que les mortels ne peuvent qu’esquisser.

En même temps, il lui manquerait peut-être ce tremblement, ce frisson, qui donne, à chaque instant, sa lumière particulière.

La mort, pour un immortel, serait comme l’horizon pour quelqu’un qui vit au centre d’un désert infini. Visible dans le discours des autres et, en même temps, jamais approchable, toujours éloigné. Elle deviendrait une frontière mythique, un récit transmis par des êtres qui passent.

Et peut-être qu’un jour, l’immortel envierait ceux qui s’éteignent.

Non par goût du néant, simplement parce que la fin est une forme d’accomplissement. Une phrase sans point final demeure suspendue. Une mélodie qui ne se conclut jamais finit par perdre sa magie. La mort, dans la condition humaine, est ce point final qui transforme la Vie en œuvre complète.

Je pose une question « profonde » : « La mort est-elle l’ennemie de la vie ou sa signature ? »

Peut-être que l’éternité véritable n’est pas de durer sans fin, simplement de vivre assez intensément pour que chaque instant soit plein, présent. Peut-être que l’immortalité biologique ne suffit pas à combler le désir spirituel parce que ce désir ne cherche pas la durée, il cherche le sens.

Et le sens, parfois, naît précisément parce que quelque chose peut se perdre.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : The Arc Light Sessions – 2025 – 3 – The Clairvoyance Of The Wise)

1️⃣ : Source : « sfstory.fr ».

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