Un éléphant, çà trompe énormément
Un titre bien étrange pour un texte spirituel. Je ne vais pas parler du film éponyme d’Yves Robert dont le scénariste Jean-Loup Dabadie disait : « Chronique très agitée des démêlés de certains hommes avec certaines femmes qui ne sont pas nécessairement les leurs » 1️⃣.
En fait, ce texte, je viens de m’en rendre compte, va parler de « tromperie ». Tromperie et non coucherie. Je souris car, en écrivant ce texte, j’ai regardé l’étymologie du verbe « tromper ». Le verbe vient de l’ancien français « trompe ». La « trompe » qui a donné le mot « trompette » car « tromper », c’est « jouer de la trompe ». Ainsi, avec le temps, « tromper » va passer de jouer d’un instrument à vent à « se jouer de quelqu’un » à « abuser », « induire en erreur », « se méprendre », « avoir tort » à « être infidèle à quelqu’un » 2️⃣. Quelle riche langue nous avons !
J’ai déjà souvent parlé des silences 3️⃣. Il y a des silences qui sont plus lourds, plus grands, plus forts que les paroles. Ce sont des absences habillées de routines. Des fines, subtiles, presque imperceptibles fissures dans les murs de mes journées. Des fissures que je recouvre d’un sourire, d’un agenda rempli, d’un « tout va bien » bien répété.
Je me lève. Je prépare le café. Je consulte les messages. Je réponds. J’avance. Je m’organise. À table, je parle de tout et de rien. Je fais la conversation comme l’on dit. Au travail, j’accompli ce qui est attendu. Je fais aussi la conversation comme l’on dit. Le soir, je me distrais pour ne pas trop penser. Je regarde la télé. Je lis parfois. Ma vie semble « fonctionner ». Les murs de ma « maison » tiennent debout. Les conversations circulent. Un mouvement est là. Mais quel mouvement ?
Oui, quel mouvement ? Car quelque chose occupe l’espace, bien trop d’espace. Des pensées incessantes. Des remises en question. C’est une sensation diffuse dans ma tête. Une « vérité » que je contourne. Un choix remis à plus tard. Une fatigue qui n’est pas seulement physique. Mon ego en fait le tour avec habileté. Dans ma « maison », je place les meubles autrement. Je baisse un peu la lumière. Je regarde par la fenêtre. En fait, j’évite de regarder au centre.
D’une certaine façon, il y un art subtil, très subtil de vivre autour de ce qui nous dérange. Il y a un raffinement dans l’évitement jusqu’à le rendre invisible voire inexistant. Ceci me rappelle un « outil » thérapeutique pour aller justement au centre et déjouer tous les « pièges » tendus, par le mental, pour éviter d’aller au centre. Ce serait comme un match de foot où l’équipe adverse m’empêche d’aller au but en ayant oublié que l’équipe adverse c’est moi aussi. Magnifique paradoxe que ce jeu contre moi-même.
En même temps, mon Âme, elle, elle sait. Elle ressent la densité, la lourdeur de ce qui n’est pas nommé. Puis un jour, parfois dans un moment de fatigue, parfois dans un moment de déconnexion, parfois même dans un instant de grâce, le regard se pose enfin au centre de ma « maison ».
Et là, je découvre qu’il y avait là un éléphant. Un éléphant immense, calme, patient. Oh, je sais qu’il n’est pas venu pour détruire ma « maison ». Il est là pour empêcher le mensonge de devenir permanent. Il porte le poids de ma vérité non exprimée. Il occupe l’espace que je refusais d’habiter.
Ainsi, s’approcher de lui demande du courage. C’est reconnaître que je ne suis plus stable, que je ne suis plus aligné, que j’ai peur de changer, que je me suis éloigné de moi-même et des autres 4️⃣.
Pourtant, au moment, dans l’instant, où la vérité est prononcée, l’air change. La « maison » respire. L’éléphant cesse d’être une menace. Il devient un guide silencieux. Il ne grandissait que parce qu’il était ignoré.
Ma Vie ne se transforme pas lorsque tout devient parfait. Elle se transforme lorsque je cesse de détourner le regard. Car ce que j’ai tant évité n’était pas un obstacle. C’était une porte.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : K A B – 2023 – Pause-Reflect)
1️⃣ : Wikipedia ;
2️⃣ : Littré et Wikitionnaire ;
3️⃣ : voir les textes « Chut ! Silence, on ressent ! », « Le Silence est d’Or … et moi dedans », « Ma Voix dans le Silence », « Réduite au Silence », « Ode au Silence » ;
4️⃣ : voir le texte « I.S.A. ».
P.S : Tout ceci est venu avec l’expression « Un éléphant dans la pièce » signifiant « Un problème évident que tout le monde évite d’aborder ».

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