Hubris or not Hubris
Récemment, lors d’un retour des visites en tant que bénévole, j’écoute la radio et j’entends la chronique « Comment des élites ont-elles pu se faire piéger par E….n ? » de Amid Faljaoui.
En voici le résumé : « La chronique explique que les élites impliquées dans l’affaire E….in ne se sont pas fait piéger par naïveté. C’était par arrogance et, surtout, excès de confiance. Habituées au pouvoir et à la gestion du risque, elles ont cru contrôler la situation et ont sous-estimé E….n, le voyant comme un simple intermédiaire mondain. En réalité, en cédant à la flatterie, au sentiment d’appartenance à un cercle exclusif et à l’illusion d’impunité, elles se sont elles-mêmes enfermées dans un système de dépendance et de compromission. La chronique y voit une leçon sur la démesure des élites, persuadées d’être au-dessus des règles qu’elles imposent aux autres ».
« Hubris », « Ubris », « Hybris », différentes orthographes pour une même signification.
Ainsi, l’hubris est la démesure de l’être humain. Emporté par son orgueil, il se croit au-dessus des limites qui lui sont propres. D’aucuns pourraient dire de leur propre moralité. L’hubris se manifeste quand une personne confond sa puissance, son savoir, son pouvoir, son succès avec un droit absolu, au point d’oublier les autres, le monde et toute forme de règle. Dans la pensée grecque, l’hubris n’est pas seulement un défaut moral, c’est une rupture de l’équilibre, qui appelle inévitablement une chute ou un rappel à l’ordre, afin de rétablir la juste mesure. La chronique précitée va donc bien dans ce sens.
Ma question est : « Existe-t-il une Hybris Spirituelle ? ». Ma réponse est « Oui ».
L’hybris spirituelle sait se faire discrète. Elle ne crie pas, elle chuchote. Elle ne se présente pas comme une faute, plutôt comme une élévation, une ascension. Elle naît lorsque la quête de sens, au lieu de s’ouvrir, de s’épanouir commence à se durcir, à se ferme. Elle naît lorsque l’ego prend toute la place, lorsqu’il n’y a plus d’écoute, lorsque l’on croit tout savoir, tout maîtriser, tout mériter. Elle naît lorsque l’ego, chassé par la porte de la réussite, revient par la fenêtre de la sagesse. L’habit ne fait pas le moine dit l’adage.
Il est très « facile » de la reconnaître au quotidien. Ce sont des petits signes presque invisibles. Quelqu’un médite, prie, lit des textes sacrés et, peu à peu, se sent « au-dessus » de celles et ceux qui ne le font pas. Un autre parle d’amour universel, d’amour inconditionnel, puis soupire intérieurement face à la lenteur, à l’ignorance des autres. Un troisième se dit détaché de l’ego et, en même temps, se sent blessé quand sa parole n’est pas reconnue comme profonde. L’hybris spirituelle aime les vêtements simples et les mots lumineux. Pourtant, elle garde, en elle, un regard qui mesure, compare, hiérarchise.
La spiritualité devient alors un miroir poli, avec soin, dans lequel sa propre lumière est admirée. Oubliant que la lumière n’est jamais la propriété de celle ou celui qui la reflète. À force de vouloir être éveillé, la Présence n’existe plus. C’est comme un crépi sur un mur de carton. À la moindre tempête, tout s’efface. Ainsi, à force de vouloir comprendre, plus rien n’est écouté.
Dans la vie de tous les jours, l’hybris spirituelle comme l’ambition spirituelle ressemble à quelqu’un qui grimpe une montagne. Arrivé sur un point de vue, il se met à crier, aux autres, qu’ils sont encore dans la vallée. Il a oublié que le sommet véritable est silencieux. Elle est aussi représentative de ce jardinier arrachant les mauvaises herbes avec tant de fougue, de zèle qu’il finit par déraciner les fleurs. À vouloir être parfait, on devient imparfait. À vouloir être pur, on devient parasité. À vouloir être juste, on devient sans pitié.
En fait, cette hybris est un oubli de la Source. Elle transforme le chemin en trophée, l’expérience en identité, la foi en certitude. Elle confond profondeur et hauteur, verticalité et séparation. Or, plus une Spiritualité est vraie, moins elle a besoin de se montrer. Comme l’eau, elle descend toujours vers le point le plus bas. Comme l’arbre, elle pousse vers le ciel seulement parce que ses racines plongent profondément dans la terre.
Je n’ai pas de remèdes miracles pour celles et ceux qui sont dans cette hybris. Sans jugement, peuvent-ils le reconnaître ? Je m’y suis moi-même trouvé, à un moment de ma Vie, dans cette hybris, cette illusion.
Pour ma part, un « outil » passe par le retour à la Simplicité. Accepter de ne pas savoir. Se souvenir que chaque Être marche à son propre rythme, parle son propre langage intérieur, fait de son mieux. C’est aussi comprendre que le silence enseigne davantage que les discours. Que l’humilité n’est pas une posture, c’est un choix. Là où l’hybris spirituelle dit « J’ai compris », la sagesse murmure « J’apprends encore ». Là où elle dit « Je Suis Tout », la sagesse dit « Je Fais Partie ».
Et, dans cet espace ouvert, la Spiritualité redevient ce qu’elle ne doit jamais cesser d’être : « Un lieu de rencontre, de partage et de Présence ».
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Karnivool – 2026 – In Verses)

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