Sortie 8

Récemment, j’ai regardé le film « Exit 8 ». À la fin du film, j’ai recherché sur internet les avis concernant ce film déconcertant s’il en est. En fait, est-il réellement si déconcertant que cela quand je prends un peu de « hauteur », une mise en perspective, un autre point de vue ?

Ce film est inspiré du jeu du même nom. Voici le résumé que j’ai trouvé sur la plateforme Steam : « Vous vous retrouvez coincé(e) dans un passage souterrain infini. Observez bien ce qui vous entoure pour atteindre la sortie 8. Ne négligez aucune anomalie. Si vous trouvez une anomalie, faites demi-tour sans attendre. Si vous ne trouvez pas d’anomalie, ne faites pas demi-tour. Sortez par la sortie 8. The Exit 8 est une courte simulation de marche inspirée des passages souterrains japonais, des espaces liminaux et des backrooms ».

Donc, le personnage marche, déambule dans un couloir banal, habituel. Des néons. Des affiches. Des portes de sécurité. Un homme qui passe. Rien d’extraordinaire dans tout ceci. Rien ? Réellement Rien ?

Avant d’aller plus loin dans le présent texte, c’est quoi la banalité ? Si j’en crois les définitions des dictionnaires : « La banalité désigne le caractère de ce qui est commun, dépourvu d’originalité, d’intérêt ou de distinction, souvent qualifié de plat ou d’insipide ».

Par contre, ce que j’ai appris, dans « Le Larousse », c’est qu’au Moyen Âge, « La banalité était un droit du seigneur de contraindre tous les habitants de sa seigneurie à utiliser, moyennant une redevance en argent, l’équipement technique (four, moulin, pressoir, etc.) qu’il a réalisé à ses frais sur son domaine ». Dit d’une autre façon, ces « équipements » étaient dits « banals » (four banal, moulin banal, pressoir banal, …) non pas parce qu’elles étaient ennuyeuses, simplement parce qu’elles étaient communes, imposées à tous, partagées par obligation.

Ainsi, avec le temps, peu à peu, le sens a changé. Ce qui est commun à tous est devenu ce qui est sans distinction. Ce qui est partagé est devenu ce qui est prévisible. Et finalement, ce qui est banal est devenu ce qui est sans relief, sans surprise, sans valeur apparente. Donc, à l’origine, la banalité n’est pas le vide. C’est le commun. Ce n’est que plus tard qu’a été projetée l’idée d’ennui ou de médiocrité.

Voici pour les définitions et les explications que j’ai trouvées 1️⃣.

Ainsi, banal ? Rien d’extraordinaire ? Et pourtant, tout repose sur l’attention 2️⃣, une attention évidente : « Voir ce qui ne va pas ». Déceler l’anomalie même minuscule, presqu’imperceptible. Un détail déplacé, une répétition étrange, une absence qui cloche, une inversion. Si je ne vois rien, j’avance. Si quelque chose déraille, je fais demi-tour. Sinon, je me perds. Encore. Et encore.

Est-ce que la vie pourrait ressembler à ce couloir ?

Chaque matin, le réveil sonne, le café coule, les transports s’enchaînent. Les mêmes gestes, les mêmes phrases : « Ça va ? », « À ce soir », « On se rappelle », « OK pour la semaine prochaine », « Je t’embrasse », « Je t’aime », « À bientôt ». À première vue, rien ne change. Et pourtant, parfois, une fissure apparaît. Un craquement se fait entendre. Une fatigue qui n’est pas juste de la fatigue. Une irritation disproportionnée pour un détail insignifiant. Une joie soudaine, inexplicable, au milieu d’une journée ordinaire. Ce sont des « anomalies », des « inattendus », des futurs « bienvenus ». Ce ne sont pas des « erreurs » à corriger, ce sont des signes à observer.

Dans le jeu ou le film, le « piège » n’est pas un « monstre ». Le « monstre », c’est l’automatisme. Le fait de marcher sans regarder. De croire que parce que ce couloir a déjà été vu mille fois, il est (re)connu. Spirituellement, c’est là que beaucoup se perdent. La vie devient une succession de réflexes. On répond sans écouter. On prie sans présence. On aime par habitude plus que par choix.

L’anomalie, dans le quotidien, peut être aussi simple qu’un silence trop long. Une conversation où l’on sent que quelque chose n’est pas dit. Un dimanche soir où l’angoisse arrive sans raison apparente. Ce ne sont pas des « bugs du système ». Ce sont des invitations. Dans le jeu, ignorer l’anomalie renvoie en arrière. Dans la vie, l’ignorer fait tourner en rond.

Il y a aussi cette règle étrange. Parfois, la bonne décision est de continuer, parfois de revenir sur ses pas. Spirituellement, c’est inconfortable. Qui n’aimerait pas une règle claire comme « avance toujours » ou « ne regarde jamais en arrière ». Mais le jeu/film dit autre chose : « Avance seulement si tout est Juste ». Sinon, aie l’humilité de revenir. S’excuser. Reconsidérer. Faire un pas en arrière n’est pas échouer, c’est affiner son regard.

Le couloir du film est impersonnel, presque vide. Comme les routines. Pourtant, c’est là que se joue « l’éveil ». Pas dans les grandes révélations mystiques, simplement dans l’attention portée à l’ordinaire. Le Spirituel n’est pas ailleurs. Il est dans la façon dont je remarque que mon cœur s’est un peu fermé aujourd’hui. Ou dans ce moment où je réalise que je ris moins qu’avant sans savoir pourquoi.

Atteindre la sortie, ce n’est pas s’échapper du monde 3️⃣. C’est apprendre à le traverser avec lucidité. À marcher lentement. À accepter que le chemin se répète jusqu’à ce que je voie vraiment. Le salut, dans ce sens, n’est pas une récompense finale, c’est une qualité de Présence.

Et peut-être que le message le plus profond du jeu/film est celui-ci : « Je ne suis pas perdu parce que le chemin est long. Je suis perdu quand je cesse de regarder. Tant que j’observe, tant que je doute, tant que je reste attentif aux lumières montrées par mon Âme, Je Suis déjà en Chemin ».

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Art Garfunkel – 1998 – The Best of Art Garfunkel)

1️⃣ : « Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales », « Le Larousse », « Dictionnaire de l’Académie française » et …. « Google » ;

2️⃣ : voir le texte « Attention ! Attention ! Vous avez dit Attention ! » ;

3️⃣ : voir le texte « Sortir de la Matrice ? ».

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