La Danse de la Vie
(Tant que le cœur s’émerveille)
Récemment, j’ai lu un témoignage de l’acteur Anthony Hopkins sur la mortalité : « Je suis conscient de ma mortalité, mais à 87 ans, je me lève chaque matin avec l’envie intacte de goûter à de nouvelles aventures. L’âge n’est jamais une barrière lorsque l’on trouve une passion dans ce que l’on fait. Le secret réside dans la curiosité, dans l’apprentissage continu et dans le refus de laisser la peur du temps nous priver du plaisir de vivre. Chaque jour est une chance d’inventer, de rire et de prouver qu’il n’est jamais trop tard pour avancer avec enthousiasme ».
Et le jour d’avant, je regardais un reportage sur le fait que des milliardaires cherchant à s’échapper de leur propre mortalité par des thérapies génétiques, du transhumanisme voire même de « transférer » leur cerveau sur un ordinateur. Dans ce reportage, il y avait aussi la démonstration d’applications permettant de « dialoguer » avec un défunt via l’utilisation d’une intelligence artificielle. Ces IA mimaient la gestuelle, la voix, le ton, le phrasé du défunt. C’était très étrange.
Pour ma part, me savoir mortel n’assombrit plus ma vie. J’ai utilisé le « plus » et non le « pas ». Car, dans une certaine période de ma vie, être mortel me faisaient peur. Avec les décès de personnes de ma famille, d’amis, alors que j’étais relativement jeune, j’ai vu ce que c’était d’être mortel. C’était comme être « abattu en plein vol » sans rien avoir demandé à personne. C’était comme tomber d’une falaise après avoir trébuché sur un caillou. J’ai pensé même à une injustice.
Maintenant, j’ai une autre vision. Être mortel, c’est comme marcher avec une bougie dans la nuit. La flamme est fragile, elle vacille, elle est sensible aux vents, oui, et, en même temps, c’est justement pour cela que chaque pas devient précieux. Lorsque j’ouvre les yeux le matin, je me dis que c’est un autre jour, un autre chemin, une autre aventure, une autre rencontre. Je me dis, même, que le relatif silence de l’aube ressemble à un cadeau discrètement déposé devant ma porte. Demain est toujours un autre jour.
Oh, je sais ! Je sais que mon temps sur terre n’est pas infini. Être mortel me dit de regarder mieux, de poser mon regard. Je regarde cette ride au coin de mes yeux comme la trace d’un rire partagé. Je regarde les taches de vieillesse sur mes mains après avoir jardiné. Je regarde mon corps plus lourd, plus lent qu’avant, il est chargé d’histoires, de rencontres, de chemins empruntés. Pourtant, rien ne se fane sans avoir fleuri d’abord.
En prenant conscience de toute ceci, (re)naît l’envie d’aventure. Ce n’est pas forcément de traverser des océans, de conquérir des nouveaux territoires. C’est oser un nouveau chemin pour aller quelque part peu importe le lieu, l’endroit. C’est apprendre des mots dans une autre langue. C’est goûter un plat inconnu. C’est oser aller vers quelqu’un pour lui parler. En même temps, ce n’est pas une liste de cases à cocher sur une feuille de papier pour dire que j’ai eu une vie bien pleine, bien remplie. Non, c’est Être dans l’Aventure de la Vie.
L’Aventure de la Vie, c’est l’Âme qui refuse de s’endormir dans l’habitude. C’est l’Enfant Intérieur qui tire sur ma manche en disant : « Regarde, on peut essayer ! ».
L’âge n’est qu’un calendrier accroché au mur. L’Aventure de la Vie, c’est le feu dans la cheminée. Tant que le feu brûle, la maison est vivante, peu importe l’ancienneté des pierres. Je vois des personnes âgées apprendre la musique, se lancer dans le jardinage, écrire leurs premiers poèmes, chanter dans une chorale, danser dans un club de danse.
En même temps, je vois des jeunes gens qui sont déjà fatigués, blasés. C’est comme si leur flamme avait été mise sous verre, étouffée dans un monde qu’ils estiment ne pas être le leur. Ce n’est pas le nombre d’années qui fatigue, c’est se résigner, c’est l’abandon de la découverte, de la curiosité. La curiosité dit à la Vie : « Je suis encore disponible ». Apprendre, c’est rester accessible au monde. C’est comme une terre qui accepte encore la pluie. C’est comme un corps qui accepte encore l’amour. Chaque chose nouvelle comme une idée, une rencontre, une sensation, devient une graine. Certaines ne germeront pas, d’autres deviendront des forêts intérieures, de magnifiques paysages.
Par contre, la peur du temps, elle, ressemble à une ombre qui chuchote : « À quoi bon ? C’est trop tard ». Il n’est jamais trop tard. Pourtant le temps n’est pas un voleur, c’est un sculpteur. Il enlève ce qui est superflu pour révéler l’essentiel. Oser malgré l’âge, c’est comme planter un arbre dont je ne verrai peut-être pas toute la splendeur. Je le fais, quand même, parce que planter est déjà un Acte de Vie.
Anthony Hopkins parlait d’inventer, de rire, d’être enthousiaste.
Pour moi, chaque jour est un jour de (ré)création. J’invente des histoires, j’écris, je lis, je partage, j’échange, j’écoute, je parle. Je ris tous les jours, parfois quelques secondes, parfois quelques dizaines de secondes. Parfois même un fou rire s’invite. Le rire, c’est un peu comme dire que je suis encore, ici et maintenant, présent. Présent à la Vie.
L’envie d’avancer, l’enthousiasme, ne dépend pas du corps. Il dépend du regard. C’est une manière de dire oui, un grand OUI. Oui à la Lumière qui entre par la fenêtre. Oui à la conversation imprévue. Oui même aux difficultés qui sont parfois des pierres sur lesquelles j’apprends à mieux poser le pied.
Vivre ainsi, conscient de ma fin et, en même temps, amoureux du chemin, c’est transformer chaque journée ordinaire en journée extraordinaire. Ce n’est pas nier le temps qui passe, c’est apprendre à composer avec lui. Et tant que la musique de la Vie joue, même doucement, l’Âme peut encore danser. La danse de la JOIE. La danse de la Vie.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Genesis – 1972 – Foxtrot (2007 Stereo Mix))

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