Faut-il cacher son Bonheur ?

(sous-titre : « Les gens heureux n’ont pas d’histoires »)

Qui n’a pas entendu cette phrase : « Les gens heureux n’ont pas d’histoires ».

Est-ce une façon de dire que les vies harmonieuses, sans conflits, ni drames, ont peu de « matière » à raconter contrairement aux vies tourmentées où les accidents, les ruptures, les épreuves créent des histoires, des récits plus « intéressants ».

Ceci me ramène il y a plus de 25 ans lorsque je travaillais à Bruxelles. Généralement, quand les collègues se croisaient, c’était « Ça va ? », la réponse était laconiquement « Oui, ça va et toi ? » et la suite était « Moi aussi ». Un jour, alors que mon chef de service me pose la question « Ça va ? », je lui réponds « Non, ça ne va pas ! ». S’en est suivi un échange sur ce qui n’allait pas. Et, à ce moment-là, je me suis dit : « Le fait de dire que çà n’allait pas, à créer un échange ». Au lieu d’être laconique, c’était enrichissant, il y avait une écoute.

N’est-il pas possible de créer un échange quand tout va bien ? Ainsi, si deux personnes parlent et que chacune vit sur une vague de bonheur, l’échange est chaleureux. Par contre, si l’une des personnes ne va pas bien, est-il possible que si, pour moi, tout va bien, je dois me mettre au niveau du « malheur » de l’autre ?

Quand je fais mon bénévolat, je suis dans l’écoute bienveillante de l’autre. J’écoute ce que l’autre me dit. Je ne montre pas ma JOIE d’être Présent dans ce moment d’échange. En fait, je ne montre pas ma JOIE intérieure d’être reconnaissant de vivre cet échange comme dans une bulle. J’ai constaté que ce n’est pas mon mental qui parle, c’est mon Âme. Je n’analyse pas ce qui est dit. Je ne mentalise pas ce qui est partagé pour « préparer » une réponse. Comme je l’ai écrit, nous sommes dans une sorte de bulle hors du temps et de l’espace pour être dans une relation sincère et authentique, sans jugement, sans peur.

Les personnes que je visite, en hôpital, me parlent souvent de leur « malheur », de leur situation, de leur condition. Parfois, je « parviens », sans chercher à le faire, à ajouter de la légèreté, de la simplicité en ramenant des souvenirs heureux. Je sais que ceci ne dure qu’un instant dans la Vie et, en même temps, c’est un instant où les « malheurs » s’évaporent.

Et je me souviens de la citation de Stephen Covey 1️⃣ : « La plupart des gens n’écoutent pas dans l’intention de comprendre, ils écoutent dans l’intention de répondre » 2️⃣. Cette phrase vient de son livre « Les 7 habitudes des Gens Efficaces » paru en 1989. Dans ce livre, il critique une façon courante d’écouter qui n’est pas réellement une écoute. Il y parle d’une préparation à répondre ou à défendre son point de vue plutôt qu’à vraiment comprendre l’autre. En même temps, il met en avant l’écoute empathique comme un lien essentiel pour établir de vraies relations, résoudre des conflits et communiquer en profondeur (merci Wikipedia). Ainsi, dit d’une autre façon, l’humain a tendance à avoir souvent l’oreille tournée vers sa propre réponse avant même d’avoir entendu l’autre, ce qui empêche la communication vraie et mutuelle.

J’entends la question : « Ok Michaël, mais qu’est-ce que tout ce que tu viens d’écrire à avoir avec les gens heureux n’ont pas d’histoires ? ».

Est-ce une indécence de montrer son bonheur devant quelqu’un qui se tient devant la souffrance ? Non pas montrer son bonheur pour narguer l’autre, non simplement être heureux, là, ici, maintenant dans l’instant. Est-ce que je dois baisser la Lumière de ma JOIE pour ne pas blesser ceux qui traversent l’ombre. C’est un peu comme si un sourire devenait une « erreur », une « faute » quand d’autres pleurent. C’est un peu comme si un enfant riait dans une église parce qu’il a vu un angelot et que quelqu’un lui dise : « Chuuuuuuut ! ». Être heureux n’est pas un manque de respect. Alors l’enfant se retient, l’enfant se fait plus petit, l’enfant se bride, il étouffe son rire. Il découvre le monde des adultes.

En fait, souvent, les personnes minimisent ce qui va bien dans leur Vie. Je ne sais pas si c’est par pudeur, par compassion, par peur du regard des autres.

Pourtant, le bonheur n’est pas une provocation. C’est une flamme étincelante. Une flamme n’humilie pas la nuit, elle l’éclaire.

Cacher son bonheur, ce n’est pas soulager la douleur du monde. La tristesse d’un cœur ne se nourrit pas de l’extinction des autres lumières. Au contraire, une JOIE simple, vraie, authentique, paisible peut devenir un point d’appui invisible. Elle dit sans mots : « Regarde, la lumière existe encore. Même si toi, tu ne la vois pas aujourd’hui ». Le bonheur authentique n’est pas bruyant, il n’est pas arrogant, il n’est pas dans la « démonstration », il ne s’exhibe pas comme un trophée. Il rayonne, doucement, comme une Présence qui rassure.

Alors la question n’est pas : « Faut-il cacher son Bonheur ? ».

C’est plutôt : « Comment l’habiter avec Conscience ? ».

Je sais qu’il y a une joie qui peut écraser. C’est celle qui compare, qui se vante, qui s’affiche pour prouver quelque chose. Celle-là peut blesser car elle naît de l’ego et non du Cœur.

Je sais surtout qu’il y a une JOIE qui console. C’est celle qui reste humble, qui écoute sans juger, qui sait se taire quand l’autre parle de sa peine, qui ne nie pas la souffrance et, en même temps, qui ne renie pas la Lumière non plus. Celle-là ne fait pas de bruit. Elle est dans le Cœur. Elle apaise.

Je vais encore plus loin en écrivant qu’être heureux en présence de quelqu’un de malheureux, c’est parfois un acte Spirituel. Ceci demande du doigté, de la finesse : « Ne pas nier sa propre Lumière et, en même temps, ne pas l’imposer ». Dit d’une autre façon, c’est comme être comme un feu dans le foyer. La flamme n’est pas jetée au visage de celle ou celui qui a froid. Bien, au contraire, l’autre est invité à s’en approcher quand il est prêt.

En fait, je me rencontre que « Les gens heureux n’ont pas d’histoires » est un grand malentendu. Les gens heureux ont aussi traversé des orages, des tempêtes. Leur Paix n’est pas de l’ignorance, c’est la traversée d’un pays qu’ils ont déjà connu. Leur sourire n’est pas une naïveté, c’est une « cicatrice » devenue Lumière. Et cette lumière peut donner du courage à d’autres naufragés en quête d’une nouvelle île.

Si j’éteins mon bonheur pour ne pas déranger la souffrance, le monde perd une source de chaleur.
Si je l’offre avec douceur, avec humilité, sans supériorité, sans comparaison, il devient un possible refuge.

Le bonheur n’a pas à se cacher.
Il a simplement à Être ce qu’il devrait toujours Être : « Bienveillant ».

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Anton Roolaart – 2007 – Dreamer)

1️⃣ : Stephen Richards Covey, né le 24 octobre 1932 à Salt Lake City et mort le 16 juillet 2012 à Idaho Falls, est un auteur, homme d’affaires et conférencier américain (merci Wikipedia) ;

2️⃣ : voir le texte du même titre.

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