Le Souffle de la Vie
Il m’est arrivé dans mon existence d’avoir des journées trop chargées, trop courtes, trop longues, trop chaudes, trop froides. Je pouvais avoir des journées de trop ou de peu, de tout ou de rien. Des jours où je courrais d’une tâche à une autre comme si je traversais une gare sans jamais regarder les destinations. Des jours où j’attendais un train qui était tout le temps en retard.
Je sais que j’ai fait, que j’ai réalisé beaucoup de choses. Certaines avec succès, d’autres sans succès. J’ai aidé, j’ai été aidé. J’ai accompagné, j’ai été accompagné. J’ai été montré du doigt. J’ai été récompensé. Dans cette période-là de ma vie, dans mes relations, je ne m’étais, qu’à de rares exceptions, rencontré moi-même. Le matin, je me levais alors que mon esprit était déjà ailleurs. Je préparais mon petit déjeuner, j’avalais mon café sans le gouter, je répondais même à des messages avant même d’avoir pris le temps de respirer profondément.
Ma journée commençait et elle ne m’attendait pas. À force de vouloir aller vite, je vivais comme on mange debout, ça nourrit mal même si ça remplit. Dans ma course, mon esprit devenait un atelier bruyant où les machines ne s’arrêtaient jamais. Il calculait, comparait, anticipait, analysait, projetait. C’était un peu comme un moteur qui tournerait en permanence à plein régime. Pourtant, en tant qu’ingénieur, je sais qu’un moteur sans pause, sans assistance finit par chauffer. Alors mon intérieur s’asséchait, semblable à une rivière détournée de son lit, l’eau était toujours là et, en même temps, elle ne coulait plus où elle devait.
Peu à peu, les choses simples perdaient leur saveur. Un repas devient un simple ravitaillement, une promenade un déplacement utile, une rencontre une case cochée. Mon cœur, lui, se mettait en veille, comme un jardin qu’on n’arrose plus faute de temps. Je ne l’ai pas abandonné volontairement, je l’ai simplement oublié.
À force de se contraindre, l’élan naturel de la vie se crispe. Le Cœur n’a plus le loisir d’écouter. L’Âme n’a plus le temps de respirer. Ce n’est pas la Vie qui manque. C’est la Présence à la Vie. Et, sans cette Présence, le monde perd ses couleurs. Les gestes deviennent mécaniques, les relations superficielles.
Ainsi quand la Vie n’est plus adaptée par la Présence, par la lenteur, par l’écoute, par le partage, elle peut sembler intimidante presque hostile. Elle est regardée comme est regardé un animal derrière un grillage. Pas de chaleur, pas de souffle, même parfois, de la crainte, de la peur. Ce n’est pas la Vie qui est menaçante, c’est la distance qui est mise entre Elle et Soi.
Pourtant, il suffit parfois d’un petit geste pour rouvrir la porte. Marcher sans but précis, écouter quelqu’un sans préparer sa réponse, rester immobile quelques minutes sans écran ni projet. Ces instants ressemblent à des clairières lumineuses dans la forêt du quotidien. Rien n’est produit et, pourtant, tout s’y retrouve.
Aimer la vie ne demande pas d’efforts uniquement moins de tension. C’est comme desserrer les poings après les avoir serrés trop longtemps. Là, dans ce relâchement discret, quelque chose recommence à circuler. La vie, alors, cesse d’être un poids à porter et redevient un Souffle à habiter, redevient un Souffle de Vie, un Souffle Sacré.
Aime la Vie c’est consentir à être, Ici et Maintenant, totalement, sans chercher à gagner quoi que ce soit, sans chercher à perdre quoi que ce soit. Là où cette douceur revient, la Vie respire et recommence à murmurer qu’elle vaut la peine d’être vécue.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Temporal Luminance – 2026 – In the Garden of Time Immemorial)

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