Meraki
Je poursuis ma « visite » des pays. Autant j’ai peu voyagé physiquement, autant la découverte des mots m’amène vers des voyages insoupçonnés. Après le Portugal, l’Allemagne, c’est la Grèce qui s’invite.
J’ai déjà indiqué dans différents textes mon lien avec la Grèce. Ma Maman, paix à son Âme, est Grecque. Cependant, ma Mère n’est pas le sujet de ce texte.
« Meraki », le titre du présent texte, n’est pas directement traduisible en français. Il représente plus une attitude intérieure qu’une définition stricte reprise dans un dictionnaire ou autre.
Meraki, en français, ce serait l’art de faire les choses en y déposant un peu de Soi. Y déposer un peu de Soi comme l’on dépose une graine dans un terreau dont on ne sait si elle germera ou non. Ainsi, c’est faire quelque chose avec son Âme à l’Œuvre, avec son Cœur à l’Ouvrage, en y mettant Amour, Soin, Présence (oui ! oui !), Sincérité pour laisser une part de Soi dans ce que l’on fait permettant à cette graine de s’ouvrir au monde.
Je fais les choses lentement, non par paresse, uniquement par Présence. Je m’explique. Quand je fais quelque chose, j’ai déjà constaté que quand c’est le « bon » moment, tout est fluide, tout coule, pas d’obstacles ou très peu. Quand je me force à faire quelque chose, généralement à la demande de quelqu’un d’autre, c’est moins fluide, il y a des obstacles, des contraintes, des freins. C’est comme si quelqu’un me soufflait à l’oreille : « Pas maintenant ! ».
Je sais que quand j’agis, il n’y a pas que le résultat qui est important. Il y a le fait que je dépose une partie de Moi. Non pour rester à une « certaine » postérité, non pour laisser une « trace », non pour être félicité (même si ça me fait plaisir), non pour être reconnu, simplement y déposer cette part de Moi, en silence, comme un souffle, une intention, une attention.
Je mets de mon Cœur dans les gestes simples du quotidien. Un mot choisi avec soin, une écoute offerte sans distraction, un pas posé en Conscience plutôt qu’en urgence. Je sais désormais que ce que je fais me façonne autant que je le façonne.
Oh ! Je sais que je n’avance pas toujours avec assurance et, en même temps, j’avance habité, ancré. Je préfère la sincérité à la perfection, la profondeur à la complexité, le sens au bruit.
Quand je crée, quand j’écris, quand je parle, quand j’aide, je ne sépare plus l’action de mon Âme. Je laisse mes émotions, mes doutes, mes élans, mes intuitions donner une couleur unique à ce que je fais. C’est ainsi que le « banal » devient vivant. C’est ainsi que l’ordinaire devient extraordinaire.
Je choisis de vivre chaque geste comme une offrande discrète au monde.
J’entends la question : « Tout ceci c’est bien beau Michaël mais dans la Vie comme fait-on ? ». Je sais que ce n’est pas toujours facile quand on est happé par le bruit du monde aussi bien intérieur qu’extérieur.
Dans le quotidien, ceci ressemble parfois à peu de choses, et pourtant. Pourtant ! Préparer un café comme on préparerait une offrande, en sentant la chaleur de la tasse contre les paumes, en respirant l’odeur avant même la première gorgée.
Ou alors, ranger un espace non pour qu’il soit impeccable simplement pour qu’il respire. Répondre à un message en choisissant les mots non pour aller vite uniquement pour être Juste. Ce sont de petites choses, invisibles aux yeux pressés et, en même temps, profondément vibrantes, lumineuses pour qui sait (res)sentir.
Spirituellement, Meraki me rappelle que chaque geste est une prière sans mots. Allumer une bougie intérieurement lorsque je commence quelque chose. Bénir ce que je fais avant même de commencer à le faire. Me rendre disponible pour aider quelqu’un qui le demande. Je ne cherche plus à contrôler le résultat, seulement à être Présent dans le mouvement de la Vie. Comme l’eau qui épouse la forme d’une rivière sans jamais perdre sa nature.
Je me reconnais plus dans le jardinier que dans l’architecte. Même si je sais que je suis aussi l’architecte de ma Vie. Je sème sans certitude, j’arrose sans exigence, j’accepte les saisons, j’accepte les aléas climatiques. Certaines graines dorment longtemps sous la terre, invisibles, silencieuses, et, pourtant, elles sont bien présentes, vivantes. D’autres ne lèveront jamais. Et c’est tout aussi bien ainsi. La valeur n’est pas dans la récolte. Elle est dans le soin apporté au geste de semer.
Dans les moments de doute, quand je me sens lent dans un monde qui court, dans un monde bruyant, je me rappelle que la montagne ne se déplace jamais à la hâte. Pourtant elle est là, stable, immuable, ancrée. Les racines des arbres ne font pas de bruit quand elles s’enfoncent profondément. Pourtant, c’est grâce à elles que l’arbre tient debout face aux tempêtes. Moi aussi, je pousse parfois vers l’intérieur avant de grandir vers l’extérieur.
Meraki me parle aussi d’humilité. Faire sans s’approprier. Offrir sans attendre. Laisser partir ce que j’ai fait comme on laisse un bateau quitter le port, sans savoir quels rivages il atteindra. Ce que je dépose dans le monde ne m’appartient plus vraiment. Il devient rencontre, écho, résonance, vibration chez l’Autre. Parfois, ce n’est qu’un passage et c’est tout aussi bien ainsi.
Il m’arrive encore de trébucher, de douter, de me disperser. En même temps, je suis invité à la douceur. À la Douceur dans le Cœur. À ne pas me blesser intérieurement. À regarder mes imperfections comme des fissures par lesquelles la Lumière peut passer. Car ce sont souvent elles qui rendent une œuvre HUmaine, Vivante, Vraie, Sincère.
Alors je continue d’avancer ainsi, à mon rythme, pas après pas, mes petits pas japonais en déposant mon Cœur, mon Âme dans ce que je fais comme on dépose une main sur l’épaule d’un Âmi·e. Sans bruit. Sans démonstration. Avec AMOUR et Sincérité.
Meraki me rappelle que vivre n’est pas une performance, n’est pas une représentation, c’est une Présence. Que l’essentiel ne se mesure pas, ne se compare pas, ne se montre pas toujours. Vivre Pleinement, ce n’est pas remplir ses journées, c’est les habiter. Ce n’est pas faire plus, c’est faire avec Justesse et Sincérité. C’est Être là, Ici et Maintenant. Entier. Vrai. Totalement Entier et Vrai.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD)
(Illustration : Image générée)
(Musique lors de l’écriture : Vangelis – 1979 – Odes)

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