La Flamme Silencieuse du Cœur
Il est des jours où je sens le poids de l’existence s’alourdir en moi. C’est comme si je m’enfonçais, chaque jour, de plus en plus dans le sol. Comme si aussi bien mon poids physique que mon poids psychologique voulaient m’entraîner dans un espace dans lequel je ne veux pas aller. C’est comme si chaque pensée était un grain de sable ajouté à des sables mouvants.
Alors, je résiste, parfois facilement, parfois plus difficilement. Parfois, il y a une lassitude qui me dit de me laisser aller dans le fond du fond afin de disparaître. D’autres fois, c’est alors que s’éveille une étincelle du fond de mon Être. Ce n’est pas de la bipolarité, c’est plus de la dichotomie.
En botanique, la dichotomie est un mode de ramification par divisions successives en deux branches. Et bien c’est un peu ceci que je vis avec une subtilité. Cette subtilité est qu’au lieu de me diviser, encore et encore, comme une sorte d’arbre généalogique, je pars de l’inverse. Je remonte, quelque part, cet arbre généalogique en partant de la division la plus « extrême » pour revenir à ce que d’aucun.e.s appellent « L’Unité ».
Une autre analogie, c’est comme si je commençais par le réseau racinaire d’un arbre pour arriver au sommet de celui-ci. Ce que je ressens, c’est une invitation « muette » à me tourner vers l’intérieur, là où tout commence, là où tout converge. C’est dans cet espace intime, souvent inexploré, que je découvre que « Mon Cœur est le Sanctuaire où réside le Divin ».
Je me demande souvent ce que signifie vraiment habiter son propre Cœur 1️⃣. Est-ce une fuite vers soi, une sorte d’égoïsme raffiné, un cheminement vers une présence plus vaste ? Les anciens mystiques disent que Dieu se trouve là, au plus profond de l’Être, mais comment y accéder quand tout autour de moi semble chaotique ? La réponse est simple en apparence. Il faut déblayer, libérer l’espace, déposer les fardeaux inutiles. Chaque peur, chaque regret, chaque attachement à ce qui ne me nourrit pas, je dois les examiner, les accueillir puis les laisser partir.
Alors, c’est bien « beau », les « Il faut », les « Je dois ». J’ai beau l’intellectualiser, ce n’est pas pour ceci que le Sanctuaire m’ouvre ses portes. L’Homme supplie Dieu d’ouvrir les portes du ciel. Dieu, lui, supplie l’Homme d’ouvrir celles de son Cœur. Cette image est simple et, pourtant, très forte. Je comprends alors que mon chemin n’est pas une ascension à travers les étoiles. C’est une descente vers la source, ma propre source vers ce lieu où l’Infini rencontre l’Humain.
Saint Augustin 2️⃣ disait : « Rentre en toi-même, et va au-delà de toi-même ! ». Qu’est-ce que ceci veut dire pour moi ? Est-ce un voyage intérieur pour se découvrir ? Si c’est ceci, à quoi cela sert-il ? Est-ce pour découvrir un chemin à prendre avec la conscience que l’Âme humaine doit se transcender pour atteindre sa véritable finalité ? Et quelle est cette finalité ? Celle de l’Union avec Dieu ? Beaucoup de questions n’est-il pas ?
Ainsi, quelque part, c’est un dépassement de soi à atteindre. Ainsi, l’Homme ne peut pas se suffire à lui-même. Je dois aller au-delà de mes limites, de mon ego 3️⃣, pour me tourner une Source Ultime de plénitude.
Parfois, je m’arrête devant le Sacré-Cœur, ce mystère du Cœur de Jésus tel qu’il est représenté dans l’art religieux. Ce cœur, hors du Corps, transpercé, enflammé, symbolise à mes yeux un AMOUR transcendant toute limite. J’y vois une invitation à me laisser transformer, à ouvrir moi aussi mon Cœur dans un acte de FOI.
Je ne peux m’empêcher de penser à Sainte Lutgarde 4️⃣qui échangea son Cœur avec celui du Christ dans une vision mystique. Ce qu’elle demandait, je le ressens parfois en silence : « Prends mon Cœur, Seigneur, prends-le de telle manière qu’il ne soit plus séparé du tien ».
Pourtant, ce n’est pas sans peur que je m’aventure dans cette offrande. J’hésite à cause de mes doutes, de mes blessures dont certaines ne sont pas encore cicatrisées ? Pourtant, un moment, un instant, une respiration lorsque je me décide enfin à avancer, quelque chose se produit. Ce que je pensais être un lieu étroit, sombre s’ouvre en une immensité lumineuse. Ce Cœur que je croyais être mien devient un espace où d’autres peuvent entrer, un lieu de communion. Est-ce là ce que signifie « Aimer son prochain comme soi-même » ? Non pas se perdre en l’autre, humblement lui offrir cet espace où il peut aussi rencontrer le Divin.
À l’écriture de ce texte, en début d’année, je pense aux mages de l’Épiphanie. Ils ont suivi une étoile, traversé des terres inconnues pour finalement arriver devant un enfant. Leur sagesse résidait dans leur capacité à changer de chemin, à écouter les avertissements et à revenir différemment. Ceci me parle. Chaque rencontre Authentique 5️⃣ avec le Sacré me pousse à réorganiser ma vie, à faire des choix différents. Ceci exige de moi un discernement 6️⃣ constant, une écoute attentive à cette voix intérieure qui murmure ce que les yeux ne peuvent voir.
Il y a aussi cette autre leçon des mages, à savoir, « Le Tri ». Ils ont laissé derrière eux ce qui ne servait plus. Je ressens l’urgence de faire de même, non par rejet, simplement pour faire de la place à l’essentiel. Dans ma vie, combien de relations, d’activités, de pensées ne font que m’éloigner de ce que je suis appelé à Être ? Il y a des lieux à éviter, non parce qu’ils sont mauvais en soi, simplement parce qu’ils ne me mènent pas vers la vérité, ma Vérité, mon Essence. Il y a des personnes que j’aime et qui, peut-être, ne sont pas faites pour m’accompagner dans ce voyage. Ce n’est pas facile de se détacher pour vivre sa propre Vie en accord avec son Âme, avec sa Conscience Supérieure.
En fait, au centre de tout ceci, il y a la Présence. Autant la Présence à Soi que la Présence à celles et ceux qui croisent ma route, mon chemin, mon regard. Une Présence qui ne juge pas. Une Présence qui accueille, qui partage, qui accompagne. J’ai, devant moi, dans mon bureau, sur une petite étagère, des statuettes de Marie, de Notre-Dame de Lourdes (je n’y ai jamais été) et même un autel miniature (une mini-chapelle) avec elle. J’apprécie Marie 7️⃣ car en l’évoquant, j’entre dans une relation d’intimité spirituelle. Elle est proche comme une Mère marchant à mes côtés, discrète, solide. Je sais que j’ai besoin de son accompagnement dans mes moments, dans mes instants de doute.
Je sais que chaque jour est une chance de rénovation, de me déconstruire pour me reconstruire. Même dans le bruit, même dans les tumultes, il y a ce Cœur en moi, ce Sanctuaire toujours accessible. Dans ce lieu, je peux rencontrer la Paix, une Paix qui ne vient pas de l’extérieur. Elle vient d’un accord profond avec ce que je suis appelé à devenir.
Ainsi, je me tiens entre Ciel et Terre, porteur de mon histoire. Dans cette « tension » entre mon Humanité fragile et ma Présence Divine, je trouve un chemin. Peut-être est-ce ceci, habiter pleinement son Cœur. Être prêt à accueillir l’Autre et le Divin comme une seule et même réalité.
(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD (20250111-1))
(Illustration : Microsoft Designer suivant mes directives)
(Musique lors de l’écriture : Art & Intel – 2024 – All in All)
1️⃣ : voir le texte « Revenir dans le Cœur » ;
2️⃣ : Augustin d’Hippone ou saint Augustin, dont le nom latin est Aurelius Augustinus, né le 13 novembre 354 à Thagaste et mort le 28 août 430 à Hippone, est un philosophe et théologien chrétien romain originaire d’Afrique romaine qui, après une carrière de rhéteur, occupe la fonction d’évêque à Hippone. Canonisé en 1298, il est avec Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, l’un des quatre premiers Pères de l’Église latine à se voir conférer le titre honorifique de docteur de l’Église (merci Wikipedia) ;
3️⃣ : voir le texte « La Nuit Noire de l’ego » ;
4️⃣ : Marie Lutgarde de Tongres (en néerlandais: Maria Lutgardis van Tongeren) et à l’état civil Juliette Verlinde, née à Tongres en 1182, dans l’actuelle Belgique et morte le 16 juin 1246 à l’abbaye d’Aywiers est une des grandes mystiques du XIIIe siècle. Avec Sainte Gertrude de Helfta et Mechtilde de Hackeborn, elle est l’une des premières propagatrices de la dévotion au Sacré-Cœur. Considérée comme sainte, elle est liturgiquement commémorée le 16 juin, jour de sa mort (merci Wikipedia) ;
5️⃣ : voir le texte « Oser Être Authentique » ;
6️⃣ : voir le texte « Le Discernement » ;
7️⃣ : J’invite, et ce n’est qu’une invitation, à écouter la chanson : « La première en chemin, Marie ».

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