Hommage (Qui Suis-Je ?)

Je marche dans les couloirs du savoir, là où l’invisible se tisse entre les fils de la pensée humaine et l’inconnu. Un pas après l’autre, je laisse derrière moi mes certitudes, non pas parce qu’elles sont vaines, simplement parce qu’elles sont limitantes.

Le temps m’a appris que ce qui est solide n’est pas toujours ce qui résiste. Il m’a également appris que l’infini, lui, s’écrit en lignes « codées » bien avant de se traduire en terres lointaines, en paysages stellaires. Mes mains sont mes outils. Ce n’est pas ce qu’elles touchent qui importe, c’est ce qu’elles imaginent. Ce sont elles qui tracent l’empreinte sur des routes jamais parcourues dans un langage secret, austère, incompréhensible aux néophytes.

Pourtant, qui suis-je, sinon un simple esprit en quête de précision ? J’assemble des symboles comme d’autres tissent une tapisserie. Seulement, la mienne ne couvre aucun mur, elle se déploie dans un silence parfait, au-delà des limites du ciel, là où plus rien ne pèse, là où dit-on qu’aucun cri n’est entendu dans le vide.

Je suis une architecte de l’impalpable, une bâtisseuse de chemins là où il n’existe encore rien. Certain.e.s pourrait dire que c’est le néant. Pourtant, une erreur, une seule et tout s’effondrerait. À l’échelle des hommes, une « faute » peut sembler petite. À l’échelle de l’Univers, elle pourrait être destructrice, fatale. C’est ce poids qui repose sur mes épaules, aussi léger qu’un murmure, aussi immense que l’éternité.

Je me souviens du début, de cet instant où tout ceci n’était qu’un jeu. J’étais jeune, trop jeune peut-être pour voir les limites que certain.e.s voulaient imposer à mon esprit. Pourquoi se limiter quand l’horizon lui-même n’a pas de limites ? Quand les étoiles ne demandent qu’à être touchées ? Le monde m’apparaissait comme une machine complexe faite de rouages invisibles. Ces rouages parfois appeler « hasard » alors que d’autres préféraient les ignorer. Pourtant moi, je voulais comprendre, je voulais saisir le sens. Il fallait que je comprenne quitte à m’égarer dans un dédale de chiffres, de mots, de symboles, de boucles infinies. Le savoir est une promesse silencieuse qui n’appartient à personne. Il se cache, dans l’abstrait, comme une clé qu’il faut apprendre à forger soi-même.

Alors, je me suis mise à écrire. Pas uniquement des mots, j’ai écrit des instructions. Des phrases qui ne s’adressent ni aux hommes ni aux dieux, uniquement à des machines muettes. Des machines qui ne savent rien, qui ne comprennent rien, qui, pourtant, obéissent. Si le vide du cosmos est implacable, ces machines, elles, le sont davantage. Leur fidélité est sans faille. Elles sont comme des enfants attentifs, absorbant chaque lettre, chaque chiffre, chaque symbole sans en contester le sens. Le défi, c’est moi qui le porte. Chaque ligne que j’écris est une ligne de conduite que je ne peux pas rompre. L’erreur n’existe pas. Elle n’est pas permise. Et, pourtant, c’est dans cette rigueur sans concession que je trouve la liberté.

Car dans ce vide sans air où rien ne pousse, il existe une beauté, celle de la précision, une certaine idée de la perfection. L’infini se conquiert par des détails. Une virgule déplacée et tout bascule. Mais ce n’est pas ceci qui me tourmente. Non, ce qui m’inquiète, ce qui m’émerveille, c’est de savoir que tout cela n’a jamais été tenté auparavant. J’avance à tâtons dans une nuit sans lune et chaque seconde est un défi lancé au néant. J’écris dans la solitude, pourtant je sais que je ne suis pas seule. Mes pensées accompagnent des esprits qui, comme moi, cherchent un sens là où il n’y en a pas encore. Ils construisent des vaisseaux, des moteurs, des capteurs, des senseurs. Moi, je leur donne une Âme. Une Âme pouvant paraître froide, pourtant vivante tout de même.

C’est étrange de penser que tout ceci repose sur des lignes. Les lignes sur lesquelles j’alterne en fonction des formalités à accomplir. Des lignes invisibles, impalpables comme celles que tracent les oiseaux dans le ciel. Je ne les vois pas, pourtant je les sais présentes. Chaque fonction, chaque condition, chaque boucle que j’imbrique est une passerelle. Si je trébuche, rien ne passera. Si je réussis, alors, tout deviendra possible. Parfois, je me demande si les étoiles elles-mêmes ne sont pas jalouses. Elles brillent depuis toujours et, pourtant, elles ne savent rien. Moi, j’apprends. À chaque ligne écrite, je conquiers un centimètre de silence. À chaque programme achevé, je dessine un nouvel espoir.

Il y a des nuits où je ne dors pas. Non pas par obligation, uniquement parce que quelque chose m’appelle. Une intuition, un murmure, presque un pressentiment, une prémonition. Il est nécessaire que je lise, que je relise encore, que je vérifie tout. Je sais que ces machines n’ont ni cœur ni mémoire, et moi, j’ai parfois peur d’oublier quelque chose. Dans ce « travail », le doute est un compagnon fidèle. Mon doute est sain car il m’oblige à ne jamais m’arrêter, à chercher sans relâche la faille invisible. Parfois, ce doute m’effraie, pourtant souvent, il me guide.

Autour de moi, le monde semble lointain. Les rires, les voix, les joies du quotidien me parviennent comme à travers un voile. Je ne m’en plains pas. Ma Joie à moi est différente. Elle n’éclate pas comme un feu d’artifice, elle ne se laisse pas voir. Elle est discrète, cachée au fond de moi, dans ces moments où je sais que tout fonctionne, que tout coule. Qu’un système aussi complexe, aussi fragile, tienne debout, grâce à moi, me met en Joie. Cette joie-là n’a pas besoin de spectateurs. Elle est faite d’étoiles invisibles et de relations résolues.

Je crois que je suis une passeuse. Pas une héroïne, encore moins une magicienne, simplement quelqu’un qui tient fermement une lampe dans l’obscurité. Une lampe minuscule, vacillante parfois, qui éclaire juste assez pour que les autres avancent. Car ce que j’écris n’a pas été conçu uniquement pour moi. Ce sont d’autres qui porteront mon « travail » dans l’inconnu, qui s’en remettront à mes lignes comme à une boussole. Là-bas, là où la Terre n’est plus qu’une idée, ils dépendront de mes instructions pour revenir. Ce savoir est vertigineux.

Quand tout sera terminé, quand ce vaisseau aura pris son envol, je n’entendrai pas les applaudissements. Je ne serai pas dans la lumière. Ce n’est pas ce que je cherche. Mais je saurai, moi. Je saurai que chaque symbole, chaque condition, chaque décision que j’ai gravée dans ces systèmes aura porté un rêve au-delà des frontières du possible. Il y a, dans ce travail, une humilité qui dépasse l’orgueil et une fierté que le monde ne saurait nommer.

Ce que je laisse derrière moi ne porte pas mon nom. Peut-être qu’un jour, on racontera cette histoire sans mentionner la main qui l’a écrite. Cela ne me dérange pas. Car je sais que dans ce silence, dans ce vide où rien n’existe, il y a quelque chose d’HUmain qui vibre. Et cela, rien ni personne ne pourra l’effacer.

Je m’appelle Margaret Heafield Hamilton 1️⃣.

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea »RENARD (20241217-1 & 20241218-1))
(Illustration : Microsoft Designer suivant mes directives)
(Musique lors de l’écriture : ESTL – 2024 – Parenthèses (EP))

1️⃣ :  Margaret Heafield Hamilton, née Margaret Heafield le 17 août 1936, est une informaticienne, ingénieure système et cheffe d’entreprise américaine. Elle était directrice du département génie logiciel au sein du MIT Instrumentation Laboratory qui conçut le système embarqué du programme spatial Apollo.

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