L’Intelligence du Cœur

Il y a longtemps, bien longtemps, je pensais détenir des vérités si pas la Vérité, pour autant qu’il y en une, mais bien, en tout cas, ma vérité. C’était un peu comme si mes mots, mes paroles, mes silences étaient gravés dans le marbre. J’avais des arguments bien alignés, des syllogismes 1️⃣ impeccables, des débats « enflammés » où chacun.e cherche à « fissurer » voire à « démolir » les certitudes de l’autre. Je me voyais comme un chevalier blanc habillé de sa cuirasse étincelle brandissant l’arme de ma raison contre celles et ceux qui n’étaient pas d’accord avec moi. Si « l’adversaire » était « faible », ma victoire se mesurait au silence de l’autre, à ses hésitations ou à l’éclat de ma dernière phrase. Si « l’adversaire » était « fort », ma défaite se mesurait à mon silence, à mes hésitations ou à l’éclat de ma dernière phrase de l’autre. Parfois j’étais « gagnant », parfois j’étais « perdant ».

Mais la posture de « gagnant », aussi solide qu’elle paraisse, a une faille que j’ai découverte à travers les années. Ma vérité, à travers mes expériences, ne se livre pas à la pointe d’une argumentation. Elle ne s’offre pas dans les joutes, verbales, écrites voire silencieuses, où l’un doit vaincre et l’autre céder. Ma vérité se cache ailleurs. Elle se cache dans un territoire bien plus fragile, bien plus vulnérable, bien plus subtil qui est celui de la Rencontre.

Je me souviens d’un jour en particulier où cette évidence a pris tout son sens. J’étais assis face à une personne avec qui j’avais souvent eu des discussions profondes. Ce jour-là, cependant, un sujet particulièrement « épineux » nous opposait. Nos idées divergeaient si profondément que, très vite, la conversation est devenue une arène. Elle avançait un argument et je répondais par un autre, plus structuré, plus logique. À chaque échange, je sentais mon esprit s’échauffer, ma volonté de « gagner » prendre le dessus. Et pourtant, au fur et à mesure que nos mots s’entremêlaient, je percevais aussi autre chose : « Un mur invisible se dressait entre Nous ».

Ce mur n’était pas fait des désaccords en eux-mêmes mais de la manière dont nous abordions ces désaccords. Chacun de nous s’accrochait à ses certitudes comme à une bouée, refusant de lâcher prise, de se laisser troubler par le monde intérieur de l’autre. Nous étions deux êtres, en duel, incapables de se rejoindre.

C’est alors que, dans un moment de silence inattendu, j’ai levé les yeux vers elle. J’ai vu son visage, non pas comme celui d’une adversaire, mais comme celui d’un Être humain. J’ai vu la tension dans ses traits, la fatigue dans ses yeux, quelque chose en moi s’est brisé, s’est fracturé.

À ce moment précis, j’ai compris que mes mots, aussi justes qu’ils puissent être pour moi, n’avaient aucune valeur s’ils ne cherchaient pas d’abord à toucher son Cœur. J’ai compris que ce que je voulais, au fond, ce n’était pas avoir raison, mais la retrouver, elle. Retrouver, avec cette personne, cet espace d’intimité et de confiance où nos différences n’étaient pas des obstacles mais des invitations à grandir ensemble.

Alors, j’ai pris une décision inhabituelle pour moi. J’ai cessé d’argumenter. J’ai écouté 2️⃣, réellement, profondément. Pas pour trouver des failles dans son raisonnement mais pour entendre ce qu’elle ressentait, ce qu’elle portait en elle. J’ai cherché, derrière ses mots, les émotions, les peurs, les espoirs qui les animaient. Et plus j’écoutais, plus je voyais le mur se fissurer, s’effriter.

Ce jour-là, nous n’avons pas trouvé de solution parfaite à notre désaccord. Mais nous avons trouvé quelque chose de bien plus précieux : « Une Reconnaissance Mutuelle ». Quelque part, nous étions d’accord sur nos désaccords. J’ai quitté cette conversation en étant transformé avec le sentiment d’avoir touché, pour la première fois, une vérité qui dépassait nos idées respectives.

Cette expérience m’a conduit à revisiter de nombreux aspects de ma vie. Combien de fois avais-je privilégié la raison au détriment du lien humain ? Combien de fois avais-je cherché à convaincre plutôt qu’à comprendre ? Ma vérité, me suis-je rendu compte, n’est jamais une possession individuelle. Elle naît dans l’espace fragile et sacré de la relation. Elle est là où deux Âmes se rencontrent sans armes, sans défense, uniquement avec le désir sincère de s’approcher l’une de l’autre.

Ce chemin n’est pas facile. Laisser tomber ses certitudes, ouvrir son Cœur à la perspective de l’autre, c’est un acte de courage. Cela demande de renoncer à l’illusion de contrôle, d’accepter l’inconnu, l’imprévisible, l’inattendu. Mais c’est aussi là, à mon sens, que réside la vraie intelligence : « La véritable intelligence n’est dans la capacité à dominer mais dans celle à se laisser transformer ».

Je repense, de temps en temps, à cette conversation qui a changé ma manière de voir le monde. Elle m’a appris que comprendre quelqu’un ne signifie pas nécessairement être d’accord avec lui. Cela signifie entrer dans son univers, avec respect et humilité, accueillir ce qui s’y trouve même si cela défie mes propres convictions.

Aujourd’hui, quand je me trouve face à un désaccord, j’aborde la situation différemment. Je ne dis pas que j’y arrive toujours. Mon ego, ou plutôt ce qu’il en reste, aime encore avoir raison. Et puis, je me rappelle ce précieux apprentissage : « Les vérités les plus profondes ne se trouvent pas dans les mots, mais dans les silences partagés, dans les regards, dans les instants où deux Cœurs s’ouvrent et se reconnaissent au-delà des apparences ».

Et c’est là, à mon sens, que réside la clé de cette citation de Thomas d’Ansembourg : « Il y a beaucoup plus d’intelligence dans deux Cœurs qui essaient de se comprendre que dans deux intelligences qui essaient d’avoir raison ».

(Mon Essence Spirituelle)
(Michaël « Shichea » RENARD (20241119-1 & 20241120-1))
(Illustration : Microsoft Designer suivant mes directives)
(Musique lors de l’écriture : Echoverse – 2024 – Whispers Between Worlds)

1️⃣ :  la définition donnée par Aristote est : « Le syllogisme est un raisonnement où, certaines choses étant prouvées, une chose autre que celles qui ont été accordées se déduit nécessairement des choses qui ont été accordées ». Un exemple célèbre : « Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel ».

2️⃣ :  voir le texte « La plupart des gens n’écoutent pas dans l’intention de comprendre, ils écoutent dans l’intention de répondre » (Stephen Corey) ».

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